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De Saint-Cyr à Trèbes en passant par l’Irak, qui était Arnaud Beltrame, mort en héros dans l’Aude ?

L’officier de gendarmerie, qui s’est sacrifié le 23 mars pour sauver une otage, a consacré une grande partie de sa vie à protéger la France, sur son territoire et à l’étranger.

Le mot « héros » est accolé pour toujours à son nom. L’officier de gendarmerie Arnaud Beltrame, assassiné après s’être substitué à une otage du jihadiste de l’Aude, reçoit un hommage national, mercredi 28 mars. La France salue l’ultime sacrifice de ce gendarme, qui a toute sa vie mis son énergie au service de la nation.

Pour ses proches, l’acte de bravoure du lieutenant-colonel Beltrame, fait colonel à titre posthume, était une évidence. L’homme de 44 ans avait la patrie chevillée au corps et avait consacré sa vie à la protéger. Arnaud disait « souvent ‘ma patrie, c’est avant ma famille’, ce que j’acceptais », a témoigné sur RTL sa mère, Nicolle. « Tu t’es comporté dans tes derniers instants comme tu t’es comporté durant toute ta vie : en patriote, en homme de bien, en homme de cœur », a écrit son frère Damien, sur Facebook.

Né le 18 avril 1973, à Etampes (Essonne), l’officier a gravi un à un les échelons de la gendarmerie, après s’être engagé comme officier de réserve, à 21 ans. En 2001, il sort major de l’Ecole militaire interarmes de Saint-Cyr Coëtquidan. Cette année-là, c’est lui qui porte le drapeau des Saint-Cyriens sur les Champs-Elysées pour le défilé du 14-Juillet. Ses supérieurs avaient décelé en lui un militaire « qui se bat jusqu’au bout et n’abandonne jamais », selon l’Elysée. Et ses camarades de la promo « Campagne d’Italie » se souviennent encore de ce « leader », qui considérait faire partie des « derniers chevaliers », raconte l’un d’eux aux Inrocks.

Arnaud Beltrame est aussi sorti major de l’Ecole des officiers de la gendarmerie (EOGN) de Melun, en 2002. L’année suivante, il est retenu avec six autres gendarmes sur 80 candidats, pour intégrer le GSIGN (devenu le GIGN). Puis, il rejoint l’Escadron parachutiste d’intervention de la gendarmerie nationale (EPIGN), une unité d’élite avec laquelle il a effectué des missions sensibles en Irak.

Le 7 septembre 2005, par exemple, Arnaud Beltrame et ses hommes reçoivent l’ordre de porter secours à une Française, militante pacifiste. Elle souhaite jouer le rôle de bouclier humain sur plusieurs sites de Bagdad, pour empêcher les bombardements américains. Mais l’humanitaire française se retrouve terrée dans un hôtel de Bagdad, « otage idéale » pour les groupes terroristes, raconte L’Obs. Les détails de l’opération restent secrets, mais selon la Direction générale de la gendarmerie nationale, Arnaud Beltrame conduit alors « au péril de sa vie une mission complexe de récupération d’un ressortissant français menacé par un groupe terroriste ». La réussite de cette mission lui vaut d’être décoré « de la Croix de la valeur militaire avec citation à l’ordre de la brigade », rapporte l’hebdomadaire.

Devenu par la suite commandant de compagnie au sein de la Garde Républicaine, affecté pendant quatre ans à la sécurité de l’Elysée, il est devenu commandant de la compagnie d’Avranches (Manche) jusqu’en 2014, puis conseiller auprès du secrétaire général du ministère de l’Écologie, avant de devenir numéro 3 du groupement de l’Aude, il y a un an.

« Pour lui, être gendarme, ça veut dire protéger », confirme encore sa veuve, Marielle, à l’hebdomadaire chrétien La Vie. « C’est le geste d’un gendarme et le geste d’un chrétien, on ne peut pas séparer l’un de l’autre », assure celle qui a partagé sa vie, et qui est vétérinaire de la réserve africaine de Sigean. Le couple, marié civilement en 2016, préparait son mariage religieux, prévu le 9 juin, en Bretagne, où Arnaud Beltrame avait ses racines. « Seule sa foi peut expliquer la folie de ce sacrifice, qui fait aujourd’hui l’admiration de tous », estime aussi le père Jean-Baptiste, chanoine de l’abbaye de Lagrasse (Aude), qui accompagnait le couple dans sa préparation au mariage et a donné l’extrême-onction au gendarme, samedi, à l’hôpital de Carcassonne. « Il savait que sa vie (…) était aussi à Dieu, à la France, à ses frères en danger de mort », écrit le prêtre sur le site du diocèse, évoquant l’« authentique conversion » du gendarme, à près de 33 ans.

L’officier était aussi initié de la Grande Loge de France depuis 2008. Et si La Croix affirme qu’il avait « depuis quelques années pris ses distances » avec la franc-maçonnerie, Philippe Charuel, grand-maître de la Grande Loge de France, assure au contraire qu’il « était très assidu et remontait régulièrement du sud de la France aux ‘tenues' ». « Notre frère Arnaud Beltrame participait encore à une tenue maçonnique un mois seulement avant sa mort. Et il était actif au sein de la Fraternelle de la gendarmerie », assure encore Philippe Charuel à L’Express. Les deux communautés sont émues par la mort d’Arnaud Beltrame.

La France entière aussi est émue, tant par sa mort que par le geste héroïque qui y a conduit. A Trèbes, vendredi 23 mars, le Super U est bouclé par les gendarmes et le GIGN. Les enfants sont confinés dans leur école. La citadelle de Carcassonne est évacuée. Le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame se porte volontaire pour prendre la place d’une otage. Dans la salle des coffres du supermarché, le gendarme engage une négociation avec Radouane Lakdim, qui exige la libération de Salah Abdeslam.

Le gendarme a laissé son téléphone portable en ligne. A 14h16, trois coups de feu retentissent dans le magasin, le GIGN lance l’assaut et abat Lakdim. Deux gendarmes sont blessés. Dans le magasin, on retrouve des munitions, un couteau de chasse, un pistolet et trois engins explosifs que Lakdim a menacé « de faire péter ». Arnaud Beltrame, lui, présente des lésions par balles et une plaie gravissime à la trachée et au larynx par arme blanche. Il est entre la vie et la mort. Transporté à l’hôpital, il succombe à ses blessures le lendemain.

La famille Beltrame avait déjà été endeuillée cette année. Disparu depuis plusieurs mois en mer, Jean-François Beltrame, 72 ans, le père d’Arnaud, avait été inhumé le 16 mars. Selon Midi-Libre, il avait laissé une note déclarant qu’il « ne reviendrait plus ». Son bateau avait été retrouvé au bout d’un mois, son corps avait été repêché longtemps après par un chalutier, au Grau-du-Roi (Gard), en février.

Depuis sa mort, Arnaud Beltrame symbolise le « sens du devoir », la « bravoure », le « courage » et « l’héroïsme » et plusieurs municipalités comme Pau ou Alès (Gard) ont déjà décidé de donner son nom à une rue ou un lieu public. Mercredi, Arnaud Beltrame doit être décoré à titre posthume des médailles de la sécurité intérieure, de la gendarmerie nationale et de celle pour acte de courage et dévouement. Il est également cité à l’ordre de la Nation pour son « courage exemplaire » et sa « totale abnégation ». Il sera aussi élevé au grade de commandeur de la Légion d’honneur. Ses obsèques auront lieu jeudi en la cathédrale de Carcassonne, avant l’inhumation à Ferrals-les-Corbières (Aude) où il résidait avec son épouse.


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