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Royaume-Uni : 78% des entreprises admettent payer plus les hommes que les femmes

Le ministère de l’Intérieur a demandé aux entreprises de plus de 250 salariés de publier leurs écarts de salaire entre employés et employées. Plus de 10 000 d’entre elles ont répondu.

Près de huit grandes entreprises sur dix au Royaume-Uni admettent payer davantage les hommes que les femmes, d’après une liste publiée par le gouvernement (en anglais), jeudi 5 avril. Le ministère de l’Intérieur avait donné jusqu’à mercredi minuit aux entreprises de plus de 250 salariés de tous secteurs, ainsi qu’à la plupart des administrations, pour publier leurs écarts de salaires entre employés et employées. Un peu plus de 10 000 d’entre elles ont fourni ces données.

Dans le détail, 92% des sociétés qui ont répondu ont admis l’existence de différences salariales entre les hommes et les femmes – 78% en faveur des hommes et 14% en faveur des femmes. En moyenne, un homme gagne 12% de plus qu’une femme. La compagnie aérienne Ryanair s’affiche dans les registres parmi les cancres de l’égalité salariale. L’entreprise irlandaise y révèle en effet que ses employées sont payées en moyenne 71,8% de moins que ses employés.

L’écart est mesuré en mettant dos à dos les revenus horaires médians – c’est-à-dire les salaires intermédiaires entre les moitiés les mieux et les moins bien payées – des employés de chaque sexe. Le calcul ne tient pas compte du type de poste occupé ou de l’ancienneté. Le gouvernement n’a pas imposé de publier les différences de salaire à poste équivalent, une discrimination interdite par la loi britannique depuis 1970.

Pour se défendre, Ryanair a pointé du doigt un mode de calcul ne prenant pas en compte le fait que le métier de pilote, hautement rémunéré, est très majoritairement masculin. Sa concurrente EasyJet affiche pour la même raison un écart de 45%. L’argument n’a semble-t-il pas échappé à la Première ministre, Theresa May, pour qui “les écarts de salaires sont les symptômes d’un problème plus large, celui de la sous-représentation des femmes dans le monde des affaires”. Celle-ci a toutefois qualifié les différences salariales entre sexes d’“injustice brûlante” à abattre au plus vite, dans une tribune publiée mercredi dans le Daily Telegraph (en anglais).

Le secteur bancaire s’est fait lui aussi remarquer pour ses mauvaises performances. L’écart de salaire médian atteint ainsi 32,8% chez Lloyds Banking Group et grimpe encore pour les établissements tournés vers la banque d’affaires, à 36,4% chez Goldman Sachs et à 43,5% chez Barclays International. Quelques grandes marques ont au contraire fièrement fait part de la parfaite équité de leurs grilles de rémunération, telles les chaînes de restauration Starbucks et McDonald’s.

Quant aux entreprises récalcitrantes qui n’ont pas publié leur situation salariale, le gouvernement britannique a annoncé qu’elles s’exposaient à des poursuites légales immédiates. “Les organisations qui refusent de publier leurs écarts de salaire n’ont absolument aucune excuse”, a prévenu la ministre de l’Intérieur Amber Rudd. Le symbole de la démarche gouvernementale est salué à travers le pays, mais son efficacité est d’ores et déjà remise en cause, principalement du fait de la méthode de calcul adoptée.

“Les données récoltées ignorent trop de facteurs significatifs comme le poste occupé ou le type de contrat en cause – plein temps ou temps partiel – pour dévoiler clairement les discriminations de genre dans le monde du travail”, observe l’économiste Kate Andrews, dans un rapport de l’Institut des Affaires Economiques. Plusieurs organisations, malgré tout, ont décidé de réduire un écart salarial jugé trop élevé, comme le Guardian, qui a lui même critiqué l’écart de 12,1% des salaires médians en son sein en faveur des hommes employés. Le quotidien britannique a promis de corriger ce problème au plus vite.


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