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Canal de Suez : le rêve de pharaon

Inauguré en novembre 1869, le canal de Suez, auquel l’Institut du monde arabe (IMA) consacre actuellement une exposition (1), existe en réalité depuis près de quatre mille ans ! C’est, de fait, au pharaon Sésostris III que revient, le premier, l’idée d’avoir voulu relier le Nil aux rives de la mer Rouge en creusant un passage maritime de Zagazig, au nord du Caire, aux lacs Amer.

Cette première voie navigable, creusée vers 1 850 avant notre ère à travers le désert et à faible profondeur (les navires de l’époque ayant peu de tirant d’eau), a été utilisée pendant près de deux millénaires. Il est ainsi attesté par la chronique que l’empereur de Perse, Darius Ier (550-486 avant J.-C.), veilla à entretenir ce passage précieux pour sa flotte commerciale comme pour son armada.

C’est par ce « canal des pharaons », dit-on, qu’Octave (63-14 avant J.-C.) fit passer les embarcations rapportant les épices utilisées lors du banquet offert le soir de son sacre, sous le titre d’Auguste. De Trajan (53-117) à Aurélien (214-275), Rome veilla scrupuleusement à en garder le contrôle.

Un canal historique

Porte d’entrée de la Terre sainte, ce canal, placé sous l’autorité du « commandeur des croyants » Amr ibn al-As à partir de 640, reste en activité jusqu’au VIIIe siècle. Le calife abbasside Al-Mansur (714-775) décide, au VIIIe siècle, de le combler de crainte que Constantinople ne l’utilise pour attaquer Médine.

Le souvenir de cette voie navigable reste cependant longtemps vivace. Au point que la République de Venise envoie un émissaire auprès du sultan ottoman Bajazet II, souverain d’Égypte, en 1504 pour voir dans quelle mesure on peut recreuser un passage.

Nouveau chantier

Son lointain successeur, Mourad III (1546-1595), envisage de lancer un chantier de reconstruction, mais doit y renoncer. Faute de moyens. Si Bonaparte fait étudier, par les savants qui l’accompagnent, la possibilité de percer l’isthme de Suez lors de sa campagne d’Égypte en 1798, il faut attendre le Français Ferdinand de Lesseps pour que le rêve de Sésostris III redevienne réalité. « Notamment grâce au soutien de Saïd Ismaël Pacha, vice-roi d’Égypte, qui veut faire entrer son pays dans une nouvelle ère », explique Claude Mollard, commissaire de l’exposition.

À travers maquettes, peintures, pièces archéologiques et vidéos, l’exposition de l’IMA revient sur l’extraordinaire aventure du canal de Suez. « Un trait d’union entre deux mondes : l’Occident et l’Orient », énonce Gilles Gauthier, directeur scientifique de l’exposition.

Un verrou stratégique convoité par toutes les puissances régionales, à l’origine de plusieurs conflits de 1882 à 1956, mais dont le réchauffement climatique pourrait remettre en cause l’utilité alors même qu’il a été agrandi en 2015. « L’ouverture de nouvelles voies navigables, rendues possibles par la fonte des glaces dans le Grand Nord, est susceptible de rebattre, à terme, les cartes », énonce Claude Mollard.

Cette exposition, visible à Paris jusqu’au 5 août, sera ensuite présentée au musée d’Histoire de Marseille du 17 octobre 2018 au 31 mars 2019. Elle sera alors transférée en Égypte, où le nouveau musée des Civilisations au Caire doit la programmer pour le 150e anniversaire du Canal.

(1) L’épopée du canal de Suez : des pharaons au XXIe siècle (jusqu’au 5 août 2018). Institut du monde arabe. 1, rue des Fossés-Saint-Bernard, Paris 5e. Du mardi au vendredi de 10 heures à 18 heures. Samedi, dimanche et jours fériés de 10 heures à 19 heures. Plein tarif : 12 euros ; tarif réduit : 10 euros ; moins de 26 ans : 6 euros. Plus d’information sur le site de l’IMA : imarabe.org.


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