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TRIBUNE. « ETA doit assumer toutes ses victimes » : une association demande aux ex-dirigeants de l’organisation dissoute de collaborer avec la justice

Le directeur général de l’Association française des victimes du terrorisme et une avocate ayant défendu en France des victimes d’ETA réagissent, sur franceinfo, à l’annonce par l’organisation terroriste basque de sa dissolution.

Elle s’est arrêtée après presque soixante ans de lutte. L’organisation séparatiste basque ETA, créée en 1959, a annoncé jeudi 3 mai sa dissolution et la fin de toute activité politique. Elle avait déjà déposé les armes en 2017, après avoir renoncé à la lutte armée le 20 octobre 2011. Dans une tribune à franceinfo, Guillaume Denoix de Saint Marc, le fondateur et directeur-général de l’Association française des victimes du terrorisme, et Maître Géraldine Berger-Stenger, avocate au barreau de Paris, insistent sur « la nécessité d’instruire tous les dossiers » des victimes de l’organisation. Ils demandent aux « dirigeants d’ETA d’assumer pleinement leurs actes » pour « apporter aux victimes et à leurs familles les réponses qu’elles attendent »C’est à ce prix-là, selon eux, que la « réconciliation » et la paix tant attendues pourront advenir. Ils s’expriment ici librement.


Jeudi 3 mai 2018, l’organisation terroriste ETA a annoncé son autodissolution et l’arrêt de toutes ses « activités », pratiquement un demi-siècle après sa création par un groupe d’étudiants nationalistes basques d’inspiration marxiste-léniniste, le 31 juillet 1959. Cet acte est un symbole fort sur le plan de la communication mais ne constitue pas une réelle surprise pour ceux qui connaissent l’organisation, tant celle-ci paraissait essoufflée et incapable de renouveler ses structures opérationnelles après les nombreuses arrestations de ses militants.

Pour autant, avant de parler de « réconciliation » et de processus de paix, encore faudrait-il que la société démocratique puisse bénéficier d’une volonté réelle des dirigeants d’ETA d’assumer pleinement leurs actes, d’assumer toutes les victimes de ces dernières décennies, quelles que soient les circonstances dans lesquelles elles sont décédées [le 20 avril, l’organisation avait demandé pardon aux victimes collatérales du « conflit », laissant entendre que les autres, comme les policiers, pouvaient être des cibles légitimes].  

Au gré des scissions internes et des résolutions stratégiques, l’organisation ETA s’est structurée comme une véritable entreprise de terreur dont le bilan humain s’élève à plus de 800 personnes décédées et plusieurs milliers de blessés et traumatisés. A ce bilan extrêmement lourd, il conviendrait d’ajouter ces dizaines de milliers de citoyens espagnols contraints sous la menace de quitter leur emploi, leur ville, leur région natale pour s’exiler hors ou au sein de leur propre pays. Ces faits sont documentés en Espagne, notamment au Pays basque, mais trop peu connus en France. La matrice nationaliste chère à ETA doit être étudiée. L’organisation s’est militarisée de manière radicale à la fin des années 1970 dans une période post-franquiste : 95% des personnes tuées l’ont été dans une période où l’Espagne était une démocratie moderne en voie de construction. Qu’est-ce qui a pu nourrir cette radicalisation basque ? 

Lors des procès en France dans lesquels l’Association française des victimes du terrorisme (AFVT) s’est constituée partie civile contre ETA, ces dernières années, nous avons pu mesurer l’ampleur des actes et des préjudices causés par l’organisation, y compris sur le territoire français. Les exemples de témoins qui se désistent, de victimes encore traumatisées, terrorisées et absentes du banc des parties civiles ne manquent pas. Au cours des audiences, la lecture des documents internes à l’organisation faisait froid dans le dos : bien loin d’une éventuelle émancipation ou autonomisation de la communauté basque, c’était bien la société démocratique qui était visée pour ce qu’elle était.

La stratégie de la terreur était assumée, froide, réfléchie, allant jusqu’à proposer comme cibles les trains à grande vitesse.L’Association française des victimes du terrorismeà franceinfo

Les éléments de langage à utiliser en cas d’arrestation étaient également documentés. La naïveté n’est donc pas de mise.  

Un processus de paix ne peut faire l’économie de la vérité judiciaire, c’est-à-dire la nécessité d’instruire tous les dossiers – y compris ceux qui seraient prescrits – afin d’apporter aux victimes et à leurs familles les réponses qu’elles attendent.

Une reconnaissance officielle de la responsabilité des membres d’ETA dans ces actes criminels est primordiale.L’Association française des victimes du terrorismeà franceinfo

Le travail est énorme, au vu de la temporalité de l’organisation, mais il doit être entrepris, sans donner non plus de faux espoirs aux familles des victimes. Dans de nombreux dossiers, elles n’auront malheureusement jamais de réponse pour leurs proches disparus. Or l’esprit de vengeance ou de revanche doit être écarté au profit de la lucidité et de la dignité. Cela suppose une forme de collaboration avec l’appareil judiciaire qui n’a pourtant jamais été considéré comme légitime par ETA, y compris en France, comme nous l’avons constaté lors des procès auxquels nous avons participé.

Enfin, la communication d’ETA doit accorder la même place à toutes les victimes. Les policiers et les militaires, les hommes politiques considérés comme « traîtres » doivent être pleinement admis pour ce qu’ils sont : des victimes du terrorisme d’ETA. Il ne saurait donc y avoir d’impunité accordée à une (ex-)entreprise de terreur. Rappelons que les membres d’ETA condamnés, en France ou en Espagne, l’ont été pour leurs actes, pas pour leurs opinions politiques.


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