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Pierre Rabhi : « C’est en lisant les philosophes que j’ai trouvé des réponses »

L’agroécologiste et fondateur du mouvement Colibris, Pierre Rabhi, le 14 novembre 2017, à Paris.

Je ne serais pas arrivé là si…

Si je n’avais pas perdu ma mère à l’âge de 4 ans. Mon père, forgeron, s’est retrouvé seul avec mon petit frère et moi dans notre village de Kenadsa, une oasis fondée au milieu du désert algérien par un thaumaturge soufi. Nous étions sous colonie française, les Français avaient découvert de la houille dans la région et avaient commencé à l’exploiter, ce qui fait que mon père se dit : « Le futur est entre les mains des Européens ; si mon fils n’a pas les secrets de cette nouvelle civilisation, il ne réussira pas dans la vie. » Il se trouve qu’il y avait un couple de Français sans enfant à Kenadsa, un ingénieur et une institutrice, qui ont proposé de me prendre en charge et de m’instruire. C’est comme ça que je suis passé, sans transition, d’une organisation sociale séculaire à la modernité.

Comment vivez-vous ce changement brutal ?

Avec une immense douleur. Je vivais par alternance chez mes parents adoptifs et dans ma famille d’origine, et cette situation paradoxale a provoqué en moi toutes sortes de contradictions. D’un côté, on me disait qu’il ne fallait pas manger de porc ni boire d’alcool, de l’autre, ma mère adoptive, bourguignonne, aimait le vin et la bonne chair. D’un côté, j’avais l’impression d’être très propre, de l’autre, je ne l’étais pas assez. J’allais à l’école française, mais mon père exigeait que je passe aussi à l’école coranique… J’avais un quart d’heure de route à faire pour passer d’un monde à l’autre. Mon petit frère, lui, est resté dans la famille, ainsi que les enfants que mon père a eus par la suite. Je suis le seul à avoir été élevé ailleurs. C’était un écartèlement.

Quels souvenirs gardez-vous de votre mère ?

Le chagrin que je porte toujours à 80 ans, c’est de n’avoir aucune image d’elle – il n’y avait pas de photos au village. Quand j’évoque ma mère, c’est presque un ectoplasme. Je n’ai pas de souvenirs forts,…


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