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Le plaidoyer de Mark Rutte pour une Europe allégée

Mark Rutte n’est pas que ce sympathique chef de gouvernement qui passe la serpillière quand il renverse son café. Ce libéral franc du collier est sans doute le principal obstacle à l’approfondissement de la zone euro qu’Emmanuel Macron porte depuis plusieurs mois. Si les discussions en cours sont « très difficiles » avec la chancelière allemande, qu’en sera-t-il, à la table du Conseil européen, quand Mark Rutte, leader naturel des pays du Nord, opposera son veto définitif ?

Il sera, de fait, beaucoup moins malléable qu’Angela Merkel (qui n’est déjà guère commode), car, contrairement au gouvernement de son homologue allemande, la coalition de partis qu’il dirige aux Pays-Bas ne comprend plus les sociaux-démocrates depuis les élections de 2017. Mark Rutte, Premier ministre depuis près de huit ans, n’est pas dans le « en même temps » macronien.

Pas de budget pour la zone euro

Pour le camp français, le discours du leader néerlandais devant le Parlement européen n’a, du reste, rien de rassurant. Le dirigeant batave n’ignore pas que la zone euro a besoin de mécanismes de stabilisation, mais il ne cède rien sur ses conceptions : « Si les 19 membres de la zone euro mettent leur budget et leurs dettes nationales en ordre, cela sera probablement suffisant à la stabiliser. » Et si, en dépit de ses efforts, un pays devait subir un choc économique, le Néerlandais considère que, spontanément, les 18 autres membres de la zone euro se mobiliseraient pour l’aider. Du reste, Mark Rutte considère que l’outil existe déjà à travers le Mécanisme européen de stabilité (MES).

Autrement dit : la zone euro n’a pas besoin de budget. D’autant plus que, selon Rutte, les milliards des fonds structurels servent ou devraient servir à la convergence économique des États de l’Union. Il s’agit ni plus ni moins d’une fin de non-recevoir à toutes les propositions françaises. Emmanuel Macron, qui souhaiterait rayonner comme Louis XIV, devra donc ferrailler avec l’héritier de Guillaume d’Orange…

Moins de PAC

Sur le futur budget européen multiannuel (2021-2027), le président français ne pourra davantage compter sur l’appui de Mark Rutte. Pour le chef du gouvernement néerlandais, les choses sont « logiques » et claires : les Britanniques partis, l’addition des 27 doit baisser. Toutefois, il considère que les pays les plus prospères – donc le sien – devraient « payer plus mais de manière proportionnée ». Les Pays-Bas sont donc prêts à prendre leur part si d’autres pays comparables y consentent également. Il ne dit rien, en revanche, des « rabais » consentis au fil des ans par l’Union à partir du « rabais britannique »… Autre mauvaise nouvelle pour la France : il lui semble « logique » que les fonds de la PAC fondent au profit des nouvelles priorités (sécurité, défense, innovation, frontières).

Lire aussi Budget européen : le testament malmené de Juncker

La conception néerlandaise de l’Union européenne se tient : des missions moins nombreuses mais mieux remplies. « L’Europe doit promettre moins et apporter plus », dit-il. Ses priorités sont commerciales. Il n’a pas tort de dire que le principal apport de l’Union européenne est le marché unique. Bien sûr, cette Union commerciale – la plus vaste du monde – ne parle pas directement aux peuples puisqu’elle est construite autour d’une harmonisation aride et technique des normes (une seule pour 28 États membres) afin de fluidifier les flux commerciaux en Europe. Mark Rutte en appelle précisément à l’achèvement rapide du marché unique numérique qui, tant qu’il n’est pas effectif, ferait perdre, selon lui, « un trillion d’euros par an » aux économies européennes.

Une Europe durable

Sa seconde priorité porte sur la réduction des gaz à effet de serre et le réchauffement climatique, « une crise insidieuse », selon ses mots. Il se veut plus ambitieux encore que l’objectif européen actuel (une réduction de 40 % des émissions d’ici à 2030). « Je propose 55 % de réduction des gaz à effet de serre d’ici 2030, lance-t-il devant les eurodéputés. Pas seulement pour atteindre nos obligations, mais aussi parce qu’une Europe compétitive et tournée vers l’avenir est, par définition, une Europe durable. » Lors du débat avec les parlementaires, il a pris ses distances avec une Europe de la Défense très intégrée. De même qu’il considère que la Bulgarie et la Roumanie sont deux pays trop corrompus pour intégrer l’espace Schengen.

Une Europe allégée, plus efficace, plus économe en budget, tournée vers le commerce numérique, et unie face aux périls extérieurs comme « les charriots en cercle » dans les westerns, c’est à peu près le grand dessein de Mark Rutte pour regagner la confiance des peuples ébranlée depuis plus d’une décennie. « La confiance arrive à pied et repart à cheval », glisse-t-il, en citant un proverbe néerlandais. Mark Rutte ne manque jamais d’humour et d’humilité lorsqu’on l’interroge sur l’avenir de l’Europe. Il a commencé son intervention à Strasbourg en citant, à ce propos, le grand Winston Churchill : « La politique consiste à avoir la capacité de prédire ce qui va se passer demain, la semaine prochaine et l’année prochaine. Et, après cela, d’être capable d’expliquer pourquoi cela n’est pas arrivé. »


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