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“Petite martyre de l’A10” : ses parents trahis par l’ADN, après une enquête de trente ans

L’énigme autour de la mort d’une fillette, dont le corps a été découvert en 1987 au bord de l’autoroute A10, est en passe d’être résolue, avec l’identification et la mise en examen de ses parents. Elle s’appelait Inass Touloub.

Sur le monument funéraire du cimetière de Suèvres (Loir-et-Cher) est gravée cette simple inscription : “Ici repose un ange”. Un ange qui est en passe d’enfin retrouver son identité. Trente ans et dix mois après la découverte du corps sans vie d’une petite fille au bord de l’autoroute A10, ses parents ont été identifiés et interpellés. Jeudi 14 juin, ils ont été mis en examen, dans le cadre d’une enquête ouverte pour “meurtre”, “recel de cadavre” et “violences habituelles sur mineur de moins de 15 ans”. Le procureur de la République s’est félicité qu’elle “ait désormais un nom et un prénom : Inass Touloub.”

>> “Martyre de l’A10” : retrouvez la conférence de presse du procureur

La fillette, dont la photo avait été placardée dans toute la France, avait jusqu’ici été surnommée “la petite martyre de l’A10”. Retour sur un mystère en passe d’être résolu.

Le 11 août 1987 vers 15h20, au cœur de l’été, deux agents d’entretien de l’autoroute découvrent la dépouille d’une fillette aux boucles brunes, abandonnée derrière la glissière de sécurité de l’autoroute, au niveau de la commune de Suèvres, à quelques kilomètres au nord de Blois. D’après les médecins légistes, la victime est âgée de 3 à 5 ans et le créneau de la mort se situe entre 11 heures et 13 heures, soit deux à quatre heures avant la découverte du corps.

C\'est dans ce fossé, derrière la glissière de sécurité de l\'A10, au niveau de la commune de Suèvres, que le corps de la petite fille a été découvert, le 11 août 1987.C’est dans ce fossé, derrière la glissière de sécurité de l’A10, au niveau de la commune de Suèvres, que le corps de la petite fille a été découvert, le 11 août 1987. (MAXPPP)

La petite fille est habillée d’un short et d’un tee-shirt, avec une robe de chambre à carreaux bleus et blancs. Une simple couverture dissimule les traces des sévices qu’elle a subis. Les expertises révèlent des traces de brûlures dues à un fer à repasser, des fractures non consolidées, ainsi que des cicatrices et des plaies. L’enquête démontrera que ces dernières ont pu être provoquées par une petite mâchoire, qui pourrait être celle d’une femme. Le juge d’instruction de Blois, chargé à l’époque du dossier, estime alors qu’il s’agit “pratiquement d’un cas d’anthropophagie avec prélèvement de chair”.

Mais qui est cette fillette ? Et quel calvaire a-t-elle subi ? Qui lui a infligé ces blessures ? Ces questions vont hanter les enquêteurs pendant plus de trente ans. Pour tenter de retrouver la piste de ses tortionnaires, les gendarmes lancent la plus grande diffusion judiciaire jamais entreprise en France. Le groupe d’enquête, basé à la brigade de Marchenoir (Loir-et-Cher), diffuse 30 000 portraits-robots de la fillette, la photo de son visage tuméfié ayant été jugée trop choquante. A partir de la rentrée de septembre, 65 000 écoles sont démarchées pour savoir si une élève est absente et 6 000 médecins ou assistantes maternelles sont interrogés pour essayer de donner un nom à la jeune victime. Son signalement est également diffusé dans plus de 30 pays et sa photographie placardée dans tous les lieux publics.

Les enquêteurs pensent d’abord que la fillette pourrait être étrangère et s’être trouvée là parce qu’elle traversait la France, son corps étant abandonné en plein mois d’août sur la “route des vacances”, dans le sens nord-sud, rappelle La Nouvelle République.

On s’est toujours demandé pourquoi le corps avait été abandonné là, de façon à être retrouvé, alors qu’il y avait un petit bois à proximité.Un gendarme chargé de l’enquêteà “La Nouvelle République”

Mais l’analyse de ses vêtements, en décembre 1987, et notamment “l’analyse de fragments de quartz et de plastique – des morceaux de cônes de chantier – retrouvés dans les fibres de sa robe de chambre atteste qu’elle a bien séjourné dans la région”, rappelle La République du Centre. Ils déterminent même un périmètre plus précis délimité par Blois, Oucques, Ouzouer-le-Marché, Marchenoir et Meung-sur-Loire.

Six ans plus tard, l’enquête est relancée par l’émission “Témoin numéro un” de Jacques Pradel. La France entière découvre ou redécouvre avec horreur le calvaire subi par cette petite fille, toujours sans identité. Le procureur de l’époque comptait sur cette médiatisation pour faire avancer l’enquête. Mais aucun appel ne conduit à une réelle avancée. En l’absence de piste et de suspect, une ordonnance de non-lieu est rendue en octobre 1997.

Un appel à témoins de la petite inconnue de l\'A10, le 24 septembre 2012, à Blois (Loir-et-Cher).Un appel à témoins de la petite inconnue de l’A10, le 24 septembre 2012, à Blois (Loir-et-Cher). (MAXPPP)

Pour autant, les enquêteurs n’abandonnent pas. En 2007, une information judiciaire est ouverte par le parquet de Blois, pour retarder l’échéance de la prescription. En 2012, un nouvel appel à témoignages est lancé. “On compte toujours sur un remords d’un membre de la famille, sur un témoin qui, à l’époque des faits, n’aurait pas fait le lien avec la disparition, un petit élément anodin”, expliquait alors le procureur de la République de Blois. En vain. 

Après autant d’échecs, les enquêteurs n’ont qu’un espoir : que les traces ADN prélevées en 2007 sur la couverture entourant le petit corps parlent enfin. Impossible à l’époque de trouver une correspondance dans le fichier national des empreintes génétiques (FNAEG). En revanche, comparées à l’ADN de la petite fille, elles permettent de confirmer qu’elles appartiennent à des membres de la famille de la petite victime, sans doute un frère et ses parents. Ce sont ces traces qui vont faire basculer l’enquête.

Coup de théâtre à l’automne dernier, révèlent Europe 1 et La Nouvelle République, jeudi 14 juin, avec l’arrestation d’un homme dans une affaire judiciaire n’ayant aucun rapport avec l’enquête. Comme l’exige la loi, un prélèvement ADN est effectué en 2017 sur une personne en garde à vue. Celui-ci est comparé aux profils ADN contenus dans le FNAEG et il “matche”. Pour les enquêteurs, il pourrait s’agir du frère de la fillette, qu’on n’a toujours pas identifiée. Grâce à cette information cruciale, les gendarmes de la section de recherches d’Orléans parviennent ainsi à retrouver ceux qui pourraient bien être ses parents. Ils sont appréhendés mardi 12 juin et placés en garde à vue. 

Aujourd’hui sexagénaires et originaires du Maroc, ils ont eu sept enfants, trois filles et quatre garçons. Parmi eux, une petite fille, Inass, née le 3 juillet 1983 à Casablanca. La petite fille a bien été “déclarée dans les fichiers de la CAF, inscrite sur des passeports et sur un livret de famille”, a expliqué le procureur de la République de Blois lors d’une conférence de presse. Elle a même été “inscrite dans une école maternelle mais sans jamais être scolarisée”. Depuis 1987, elle manque à l’appel.

En garde à vue, le couple, qui vit séparé depuis 2010, a donné des versions contradictoires sur ce qui a pu se passer lors de la disparition de leur enfant. Le père, qui affirme “avoir vécu un enfer avec son épouse” qui se montrait “violente avec lui et ses trois filles“, a constaté la mort d’Inass en rentrant du travail le 10 août 1987. Il aurait alors décidé de “partir vers le Maroc” et d’abandonner la dépouille de la petite fille le long de l’A10. 

La mère a d’abord indiqué n’avoir “aucun souvenir” et affirmé que sa fille “n’était pas décédée”. Devant le juge d’instruction, elle a fini par reconnaître qu’elle “pouvait être violente avec Inass” mais elle a nié toute implication dans la disparition de sa fille. Les enquêteurs vont devoir désormais s’atteler à faire la lumière sur ce qui a pu se passer ce jour-là, dans cette famille et au bord de l’autoroute. “Un jour, sans doute, la justice pourra se prononcer de manière définitive sur l’implication des uns et des autres”, espère le procureur de la République.


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