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TRIBUNE. « Proposer moins d’Europe, c’est vouloir traiter le mal… par le mal »

La polémique fait rage au sein des Républicains depuis que Laurent Wauquiez, entouré des chefs de groupe parlementaire, a commencé à esquisser, dans une tribune au Figaro , sa conception d’un projet européen. Son attaque virulente contre l’Union européenne décrite comme « un laboratoire d’une mondialisation déracinée et apatride » a suscité de vifs débats au sein de la délégation française des Républicains.

Françoise Grossetête © JEFF PACHOUD / AFP

Françoise Grossetête © JEFF PACHOUD / AFP

L’eurodéputée Françoise Grossetête, membre du bureau des Républicains et vice-présidente du groupe PPE.

© JEFF PACHOUD / AFP

Indignée, comme son collègue Jérôme Lavrilleux, par le ton de cette tribune, l’eurodéputée Françoise Grossetête, membre du bureau des Républicains et vice-présidente du groupe PPE, l’une des figures les plus respectées à Strasbourg, lui répond.

« Dans une récente tribune, plusieurs cadres des Républicains évoquaient une défiance à l’égard du projet européen, due, selon eux, aux dysfonctionnements profonds d’une Union européenne qui serait devenue sourde au message de ses peuples. Une analyse que je conteste, car elle se base sur une erreur de diagnostic. Si l’Europe n’est certes pas parfaite (elle est par nature toujours en construction), c’est en réalité le manque d’intégration et de cohésion européenne qui, au fond, alimente son impuissance et donc la colère de nos concitoyens.

Prenons le résultat des élections en Italie, où l’arrivée au pouvoir de forces résolument eurosceptiques surprend et inquiète, d’ailleurs à juste titre. De nombreux commentateurs y ont vu l’affirmation d’un sentiment anti-européen préoccupant, dans l’un des pays fondateurs de l’UE. La situation paraît en réalité plus complexe.

Beaucoup d’Italiens semblent en effet avoir fait ce choix parce qu’ils se sont sentis abandonnés par leurs partenaires européens face à la vague migratoire. Si ce constat est juste, le problème ne peut être résolu que par une meilleure coopération et une plus grande solidarité au niveau européen en matière de gestion des flux migratoires. C’est donc bien le manque d’Europe qui est en cause ! Personne ne se risque à croire qu’une Italie isolée et lâchée par tous ses partenaires pourrait mieux répondre seule à l’afflux de migrants.

Comme l’explique très bien le directeur général de la Fondapol, Dominique Reynié, il existe ainsi une demande frustrée de puissance publique européenne. Les résultats du dernier Eurobaromètre le démontrent : il y a une très forte attente vis-à-vis de l’Union européenne. Cette attente, lorsqu’elle ne reçoit pas de réponse appropriée, est la source d’espoirs déçus qui alimentent le rejet de l’Europe.

L’Europe n’est pas parfaite, mais c’est le manque d’intégration et de cohésion européenne qui alimente son impuissance.

Or les Européens sont en demande de protection face à un monde instable et une mondialisation qu’ils perçoivent comme hors de contrôle. Une demande à laquelle l’Europe, parfois désunie malgré les enjeux, peine encore à répondre. Ainsi en est-il de la timidité des Européens face à Trump, qui s’explique en partie par la dépendance, notamment des pays de l’Est, aux capacités militaires américaines. Une Europe plus forte et plus autonome en matière de défense nous permettrait une plus grande indépendance sur la scène internationale. Mais cela implique davantage d’intégration.

Il en va de même des atermoiements de l’UE en matière de lutte contre la fraude fiscale, qui renforcent l’image d’une Europe aux mains des puissants, là où nos concitoyens attendent une action résolue. Nous pourrions avancer plus facilement en la matière si l’on revoyait la règle de l’unanimité au Conseil pour les questions fiscales. Mais cela implique aussi davantage de convergence et d’intégration.

Proposer moins d’Europe, c’est donc en fait vouloir traiter le mal… par le mal. Tout comme, par le passé, on affaiblissait les patients en croyant les guérir avec des saignées, on affaiblirait notre capacité à répondre aux défis actuels et aux attentes des peuples en vidant l’Europe de sa substance. L’Europe des États-nations à laquelle certains voudraient revenir, c’est en réalité l’Europe d’aujourd’hui, où rien ne se décide jamais sans l’aval des États membres. Une Union souvent freinée et rendue impotente par l’incapacité des 28 à s’entendre. Proposer une Europe plus intergouvernementale, c’est justement proposer plus de ce qui ne marche pas.

Osons, au contraire, plus d’Europe face à l’euroscepticisme ! Une Europe plus efficace, plus capable de répondre aux inquiétudes de ses citoyens, donc plus offensive, plus solidaire et plus souveraine. »

* Françoise Grossetête est eurodéputée LR, vice-présidente du groupe Parti populaire européen (PPE).


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