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Etats-Unis : non, ce clip choc pour dénoncer le passage d’enfants migrants seuls devant la justice ne met pas en scène de vrais sans-papiers

Pour alerter sur la situation des mineurs sans papiers isolés, qui comparaissent devant la justice sans avocats commis d’office, une réalisatrice a fait rejouer des scènes, mais sa vidéo est parfois prise pour un vrai reportage.

Face au durcissement de la politique migratoire des Etats-Unis par Donald Trump, le traitement des migrants entrés illégalement dans le pays, et notamment des enfants séparés de leur famille par l’administration, attire de plus en plus l’attention. Dans ce contexte, une vidéo a provoqué de nombreuses réactions : on y voit des enfants, présentés comme sans-papiers et hispanophones, comparaître face à un juge, sans avocat, et sans comprendre ce qu’on leur dit. Reprise par le site américain Now This puis par le site français Konbini News, mercredi 4 juillet, elle avait été vue près de 800 000 fois, vendredi matin.

Les personnes qui ont visionné cette vidéo ont-ils compris qu’ils ne voyaient pas des images d’une véritable audition, filmées dans un véritable tribunal ? Sur Facebook, Konbini prévient que “ces images sont des reconstitutions d’audiences réelles”. Sur son site, Konbini parle de “fiction basée sur des faits réels”. Mais pour les internautes qui se contenteraient de voir la vidéo, le seul indice est que Konbini décrit ces images comme “un film”, sans plus d’explication. “Voici à quoi cela ressemble”, explique en revanche la vidéo américaine après six secondes, un message un peu moins ambigu. Dans la version originale du film, ce n’est qu’à la fin qu’il est précisé qu’il s’agit d’une reconstitution.

Les images sont l’œuvre de la réalisatrice Linda Freedman, qui explique sa démarche sur un site dédié au clip (inacessible vendredi, son texte était toujours visible en cache). Sensible au sort des enfants sans papier contraints de comparaître seuls devant la justice, elle explique avoir voulu réaliser “un court-métrage qui galvaniserait le grand public, et l’encouragerait à agir”. Le film a été produit par l’Immigration Counseling Services (ICS), une organisation américaine d’aide aux migrants, et s’accompagne d’un appel aux dons.

Linda Freedman explique qu’elle aurait aimé filmer de véritables enfants face à de véritables juges, mais qu’il est interdit de capter des images lors des audiences judiciaires concernant les questions d’immigration aux Etats-Unis. Le juge est joué par un ancien magistrat à la retraite, et les enfants sont ceux d’amis et d’employés de l’ICS. Les situations filmées, elles, sont inspirées par des mois passés à “interviewer des avocats” qui représentent ces enfants bénévolement, et à “assister à des audiences”. Elles ne sont d’ailleurs pas particulièrement liées à l’actualité récente : la réalisatrice explique qu’elle a découvert cette situation en 2014, et a mis quatre ans à monter le film. Celui-ci a été mis en ligne dans sa version originale en mai, bien avant d’être repris par les médias.

Bien que rejouées, les situations mises en scène sont saisissantes. La vidéo montre notamment un très jeune enfant secouer la tête pour répondre “non” quand le juge lui demande : “Sais-tu ce qu’est un avocat ?” Aux Etats-Unis, les mineurs arrêtés pour entrée illégale sur le territoire n’ont pas le droit à un avocat commis d’office, et ont d’autant plus de mal à en trouver un qu’ils ne parlent souvent pas l’anglais. Une situation devenue plus courante sous l’effet de la politique de l’administration Trump, qui a causé la séparation de plus de 2 000 enfants sans-papiers de leur famille, expliquent des avocats de tout le pays à l’agence de presse américaine Kaiser Health News.


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