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Cinq questions sur les agents Novitchok, ces mystérieux poisons qui ont contaminé quatre personnes au Royaume-Uni

Deux personnes ont été contaminées avec un agent innervant de ce type, samedi, dans un village proche de Salisbury. Quatre mois après l’empoisonnement de Sergueï et Iulia Skripal.

Tient-on déjà le mot de l’année ? Quatre mois après l’empoisonnement d’un ancien espion russe et de sa fille à Salisbury (Royaume-Uni), le Novitchok a fait son retour dans l’actualité, mercredi 4 juillet, quand les autorités britanniques ont annoncé en avoir identifié des traces dans l’organisme d’un couple hospitalisé dans un état critique dans la même ville. Cette famille de neurotoxiques russes, des agents innervants réputés particulièrement dangereux, restent mal connus.

D’où viennent-ils ?

Ces poisons ont été développés secrètement par les autorités soviétiques en pleine guerre froide, dans les années 1970 et 1980, afin de rattraper le retard de l’URSS sur les États-Unis en matière d’armes chimiques, relate une enquête du Spiegel (en anglais). Surnommés Novitchok (“Nouveau venu”), ils ont été présentés, dès 1992, comme étant dix fois plus létaux que leur équivalent américain de l’époque, le puissant gaz VX, par le scientifique russe révélant leur existence dans The Baltimore Sun (en anglais).

Ces produits appartiennent à la quatrième génération de gaz toxiques, après la première (époque Première Guerre mondiale : chlore, gaz moutarde…), la deuxième (années 1930 : sarin…) et la troisième (époque après-guerre : VX…). Déclinés dans plus d’une centaine de formulations moléculaires différentes selon Sky News (en anglais), ces agents innervants sont développés à partir de produits chimiques destinés à l’agriculture. Une telle composition visait à dissimuler leur fabrication, selon plusieurs experts.

Comment sont-ils utilisés ?

La plupart des agents de type Novitchok sont dits “binaires” : de conception très poussée, ils sont le fruit de deux composés chimiques qu’il suffit de mélanger avant emploi. Les deux “ingrédients” étant moins toxiques que le résultat, cela facilite notamment le stockage et le transport du poison. C’est le cas par exemple du Novitchok-5 (ou A-232), produit à partir de pesticides qui peuvent être fabriqués légalement par l’industrie agrochimique, selon un scientifique russe cité par le Washington Post (en anglais) en 1998.

Ces armes chimiques peuvent être utilisées sous forme de gaz, de poudre très fine ou de liquide (huile, gel…), avec des risques d’inhalation, d’ingestion ou d’absorption cutanée. “Elles sont faites pour persister dans l’environnement et ne pas s’évaporer ni se décomposer rapidement, avance Andrea Sella, chimiste à l’université londonienne UCL, citée par le Science Media Centre (en anglais). Cela veut dire que si un contenant ou une surface a été contaminé, il peut rester dangereux longtemps.” La résistance de ces produits à l’environnement extérieur varie toutefois d’une formulation à l’autre.

Comment agissent-ils et comment les contrer ?

Comme leur nom l’indique, ces agents innervants attaquent le système nerveux. Les muscles ne sont plus contrôlés, ce qui provoque des spasmes, puis la paralysie, et éventuellement la mort par suffocation ou arrêt cardiaque.

Selon les experts, en cas d’empoisonnement avec un agent innervant, il faut stabiliser les fonctions vitales du corps et administrer au patient de l’atropine. Ce médicament stoppe l’action du poison en bloquant les récepteurs d’une enzyme qui, lors de la contamination, s’accumule anormalement. “Il faut toutefois garder en tête que les victimes de ce genre de produits organophosphorés peuvent garder à vie des séquelles neurologiques, même si elles se remettent des effets aigus de l’empoisonnement”, avertit le professeur Andrea Sella.

Quels sont les précédents ?

Il existe peu de cas connus d’utilisation d’un Novitchok, ce qui explique le mystère qui entoure encore ces substances, leur composition et leur comportement. Selon Le Figaro, le premier cas public d’empoisonnement avec une telle substance remonte à 1995, avec la mort en Russie d’un banquier influent et de sa secrétaire. “Un morceau de coton, trempé dans cet agent chimique, avait été frotté contre le micro du combiné téléphonique d’Ivan Kivelidi”, affirme au site The Bell (en anglais) un scientifique russe qui affirme avoir été l’un des développeurs des Novitchok.

De son côté, le Guardian (en anglais) évoque également le cas d’un jeune scientifique soviétique, impliqué dans le développement des Novitchok et victime d’un accident en laboratoire en 1987. Malgré des injections d’atropine, il est mort des suites de la contamination en 1993.

Que sait-on des cas britanniques ?

En mars, après l’empoisonnement de l’ex-espion russe Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia, les autorités britanniques ont annoncé que la substance utilisée était un “agent neurotoxique de la famille dite Novitchok”. Après des analyses indépendantes, en avril, l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques a “confirmé les conclusions britanniques sur l’identité” du poison, qualifié de “très pur” et de “résistant aux conditions météo”. Le nom précis et la structure de l’arme chimique n’ont toutefois pas été rendus publics.

Selon le gouvernement britannique, c’est “exactement le même agent innervant” qui a été retrouvé dans l’organisme du couple retrouvé dans un état critique à Amesbury et hospitalisé à Salisbury le 1er juillet. Toutefois, “ce sera aux scientifiques de déterminer s’il vient du même lot” que celui utilisé contre les Skripal, a précisé le chef du contre-terrorisme britannique. Selon une source gouvernementale, “une des hypothèses envisagées est que l’un des deux a ramassé le contenant utilisé pour stocker l’agent neurotoxique utilisé contre les Skripal. Le Novitchok aurait été étalé sur la porte d’entrée des Russes et aurait pu être jeté à un autre endroit”.

Quoi qu’il en soit, l’origine du produit reste encore incertaine. Bien que démentant son implication, la Russie est pointée du doigt par la communauté internationale. Cité par le Guardian (en anglais), le scientifique russe à l’origine de la révélation du programme en 1992 affirme lui-même qu’“aucun pays n’a des capacités telles que la Russie, qui a inventé, testé et militarisé le Novitchok”. Toutefois, comme le souligne le Spiegel (en anglais), de “petites quantités de substances Novitchok” ont déjà été produites au Royaume-Uni, aux Etats-Unis ou encore aux Pays-Bas “en vue de développer un antidote”.


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