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RECIT. Tour de France : le 17 juillet 1998 ou quand le dopage organisé de l’équipe Festina a fait exploser le peloton

Pour ne pas tomber, les coureurs de l’équipe Festina tentent un passage en force. C’est l’avocat de Zülle, Meier, Dufaux et Virenque, Me Albert Rey-Mermet, qui leur donne ce conseil, comme le révèle Fabrice Lhomme dans Le procès du Tour. Il veut faire valoir que l’exclusion des Festina, au regard des règlements édictés par la Société du Tour, est illégale.

“Les coureurs cherchaient à intervenir auprès de moi, en mettant en cause la décision qui avait été prise, se rappelle Daniel Baal, alors président de la Fédération française de cyclisme et vice-président de l’Union cycliste internationale. Systématiquement, quand il y avait un dossier de dopage quel qu’il soit, il y avait forcément des recours juridiques.”

Le 18 juillet, la septième étape, un contre-la-montre individuel de 58 km entre Meyrignac-l’Eglise et Corrèze, a déjà débuté depuis deux bonnes heures lorsqu’un cortège de trois voitures suivies d’une vingtaine de véhicules de presse se dirigent vers Meyrignac-l’Eglise. Richard Virenque est dans le break de tête. Les radios annoncent que, malgré leur exclusion, les coureurs se rendent tout de même au départ. “L’encadrement était dépassé par les coureurs depuis déjà un certain temps, il n’y avait pas vraiment d’autorité”, se rappelle Antoine Vayer. Mais la voiture de Virenque change de direction.

A Corrèze-Gare, les coureurs rencontrent Jean-Marie Leblanc dans l’arrière salle de Chez Gillou. Le café-tabac est plein à craquer de journalistes, de photographes, de caméras. Jean-Marie Leblanc s’extirpe finalement de la salle, cerné par une horde de journalistes, et attend quelques secondes avant de prendre la parole, le ton grave et la mine affligée : “Je suis venu dire au revoir à l’équipe Festina […] elle n’est pas allée contre la décision que nous avons prise hier soir”, annonce-t-il, visiblement secoué. “Il était naturel que le directeur du Tour de France vienne saluer Virenque, Dufaux, Brochard et tous leurs coéquipiers, d’une manière assez émouvante.”

Après son départ, la porte de l’arrière-salle s’ouvre, et Richard Virenque prend la parole au nom de ses coéquipiers dans une conférence de presse improvisée. Dans l’encadrement de la porte, les journalistes se pressent, micros tendus.

“Dans cette affaire, les coupables ont été écroués. Nous, nous ne sommes que des témoins.” Virenque fond en larmes, soutenu par ses camarades. L’équipe Festina, acculée, accepte de se retirer, “pour le vélo”. “Du grand cirque, du cinéma, n’importe quoi”, raille aujourd’hui Antoine Vayer. Si les larmes de Virenque n’étaient pas gage de son innocence, elles montrent l’injustice dont se croyaient victimes les coureurs. “Ils se disaient ‘pourquoi nous ?’ Ça aurait pu tomber sur n’importe qui d’autre”, observe l’ancien entraîneur, qui était resté à l’hôtel de l’équipe, alors que ses coureurs tentaient encore de sauver leur Tour. Bientôt, ils le rejoindront pour plier définitivement bagage.

Hors de la course, les membres de Festina seront interrogés par les policiers, et finiront par passer aux aveux, en mentionnant parfois des membres d’autres équipes. Les interpellations sur le Tour se succèderont, et des produits dopants seront aussi saisis dans les bagages du coureur italien Rodolfo Massi et dans le camion de l’équipe ONCE. Face à la pression policière, les équipes se retirent une à une de la course. Seuls 96 coureurs sur 180 franchiront la ligne d’arrivée finale sur les Champs-Elysées, le 2 août 1998.

“Je me souviens avoir dit à Brochard que c’était une bonne chose, que maintenant tout le monde allait arrêter et qu’ils allaient pouvoir s’imposer de manière réglo”, se souvient Antoine Vayer. “Mais, il m’a regardé et il m’a dit : ‘les autres n’arrêteront jamais de toute façon’. Même à chaud, pris la main dans le sac, il savait que ça ne s’arrêterait pas. D’ailleurs, c’est ce qu’il s’est passé.” Vingt ans plus tard, à l’image des soupçons insistants qui pèsent sur le tenant du titre Christopher Froome, le cyclisme ne s’est toujours pas défait de ses démons.

                                         Récit : Louise Hemmerle


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