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Non, vos enfants n’apprennent pas à se masturber à l’école : voici ce qu’on enseigne dans les cours d'”éducation à la sexualité”

Des rumeurs qui circulent sur les réseaux sociaux assurent que l’école apprend aux enfants à se masturber. Franceinfo a interrogé des enseignants et des intervenants pour savoir ce qui se dit vraiment en classe.

“Masturbation dès l’âge de 4 ans”, “banaliser la sexualité”, “favoriser les pédophiles”… Les rumeurs les plus folles circulent sur Twitter en cette période de rentrée, à propos de l’éducation à la sexualité à l’école. Leur point de départ ? L’annonce mi-juillet par Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes, de l’envoi d’une circulaire pour que les “trois séances d’éducation à la vie affective et sexuelle”, obligatoires depuis 2001 entre le CP et la terminale, soient mieux appliquées. Un rapport du Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes, publié en 2016, souligne effectivement qu’un quart des établissements scolaires déclarent “n’avoir mis en place aucune action ou séance en matière d’éducation à la sexualité”.

Objectif de ces séances : donner aux enfants “les moyens de s’approprier progressivement les données essentielles de leur développement sexuel et affectif”, selon une circulaire de 2003. Dans le détail, le ministère prévoit que les élèves abordent trois champs de compétences : le biologique (anatomie, puberté, contraception, IVG…), le psycho-affectif (estime de soi, sentiments, identité sexuée…) et le social (rôles sexués, égalité filles-garçons, législation…). Pour préparer les séances, l’Education nationale fournit aussi des fiches d’activitéune liste d’ouvrages et de sites internet. Mais qu’apprend-on précisément aux enfants dans ces cours ? Nous nous sommes plongés dans les ressources proposées et avons posé la question à des intervenants.

A l’école primaire

Ce que dit l’Education nationale. “A l’école primaire, les temps consacrés à l’éducation à la sexualité incombent au professeur des écoles”, qui doivent faire valider leur projet pédagogique en conseil d’école, écrit le ministère de l’Education nationale. Depuis l’échec des ABCD de l’Egalité en 2014, peu de ressources en ligne subsistent encore sur l’éducation à la sexualité des classes de primaire, se désole Francette Popineau, porte-parole du syndicat Snuipp-FSU, qui a enseigné pendant vingt-neuf ans en primaire.

Rien dans les programmes ne prévoit toutefois l’apprentissage de la masturbation aux enfants dès 4 ans, comme l’affirment de nombreux internautes sur Twitter.

Le document cité ici existe ne provient pas d’un programme scolaire français, mais d’un rapport du Centre fédéral allemand pour l’éducation à la santé pour l’OMS, publié en 2010 et traduit en français en 2013, qui n’est pas appliqué dans les écoles françaises.

Dans la pratique, ça se passe comment en classe ? “Quand on commence l’éducation à la vie sexuelle, on va parler des sentiments, du corps de l’élève, car il est en interaction avec celui de ses copains dans la cour d’école”, détaille à franceinfo Marianne Niosi, intervenante du Planning familial en milieu scolaire. Pour les intervenants et les enseignants interrogés par franceinfo, la priorité est “de démonter les stéréotypes”, “d’établir les bases de l’égalité filles-garçons” et “d’apprendre à l’enfant à respecter son corps et celui des autres”.

Il est important que les élèves comprennent que les adultes, ou d’autres enfants, n’ont pas à exercer de violences à leur égard. Si l’on a parlé d’intégrité physique, si l’on a nommé les organes sexuels, ils sauront plus facilement se protéger ou parler des violences.Haydee Leblanc, professeure des écoles dans la Sommeà franceinfo

Côté méthode, les enseignants préfèrent éviter les programmes pré-établis pour partir “des questionnements des élèves”, assure Francette Popineau. “Certains garçons au CM2 me disent : ‘maîtresse, le matin mon zizi est bizarre’. Ça les fait rire, mais on leur répond.” Comment ? “On adapte les réponses en fonction du niveau de maturité des élèves”, explique l’enseignante. “On va expliquer simplement que c’est un phénomène normal, que le sang circule en nous et fait monter le pénis”, abonde Sabrina Sénécal, intervenante du Planning familial. 

Même avec les petits, on utilise les mots prévus par la langue française. Eux peuvent parler de “zizi” ou de “bite”, nous on dira “pénis”.Sabrina Sénécal, intervenante au Planning familialà franceinfo

Parmi les outils possibles : le jeu de la “roue du genre”. Les élèves détaillent les avantages qu’ils pensent liés au fait d’être un garçon ou une fille : “Ils tombent en général tous d’accord pour dire qu’il semble y avoir plus d’avantages à être un garçon”, relève Sabrina Sénécal. Alternative : des mises en scène avec des marionnettes. “M. Rat dit à sa fille Souris qu’il va choisir son mari parce que c’est une fille, ou qu’elle n’est pas capable de déménager seule parce que c’est une fille, résume Francette Popineau. Je vais demander qui veut bien répondre à la place de Souris.”

Pour créer le débat, d’autres enseignants utilisent des albums de jeunesse (extirpés des ressources des ABCD de l’égalité, ou achetés en librairie) ou le visionnage d’un documentaire scientifique pour enfants. “Mais on n’autorise aucune manipulation, insiste Francette Popineau. On ne touche pas les enfants et ils ne se touchent pas eux-mêmes, ou entre eux.”

Au collège

Ce que dit l’Education nationale. Outre des “personnels volontaires et formés (professeurs, conseillers principaux d’éducation, infirmiers, etc.)“, le recours aux intervenants extérieurs “ayant un agrément national ou académique” est conseillé. En dépit de la législation, ces derniers ne se déplacent souvent qu’une fois, et non trois, pour une durée de deux heures. Parmi les thèmes qu’il est recommandé d’aborder : la puberté (PDF)les émotions liées à la sexualité (PDF), la pornographie (PDF) ou encore les discriminations (PDF). 

Exemples de scénarios proposés par l’Education nationale : “Séparer les élèves en deux groupes non mixtes. Pendant 20 minutes, les filles listeront ce qu’elles savent ou imaginent de la puberté chez les garçons, pendant que les garçons noteront ce qu’ils savent ou imaginent de la puberté chez les filles.” Ensuite, les deux groupes se réunissent et échangent leurs observations. Ou encore : “débattre sur les affirmations suivantes (‘Dans les films pornos, les femmes ont toujours envie’, ‘Les acteurs font ces films pour l’argent’, ‘C’est un bon moyen pour apprendre’, ‘Si on regarde avec sa copine, ça lui donne envie’)”.

Dans la pratique, ça se passe comment en classe ? Là encore, le point de départ est le questionnement des élèves.

Les collégiens ont surtout des questions assez fantasmatiques sur la sexualité. Des choses qu’ils ont vues ou entendues mais qui montrent qu’ils n’ont jamais pratiqué.Sabrina Sénécal, intervenante du Planning familialà franceinfo

“Ils posent beaucoup de questions sur la taille du sexe, la première fois, comment faire pour ne pas avoir de bébé, la réputation d’une fille qui couche…”, abonde Sarah Durocher, également intervenante du Planning familial.

Pour ce qui est des outils, les questions anonymes sont régulièrement utilisées, mais les intervenants interrogés par franceinfo ont aussi recours au “débat mouvant” ou “jeu de la ligne” : les élèves sont invités à se positionner dans la salle en fonction de leur opinion sur une affirmation (d’accord / pas d’accord / je ne sais pas), ce qui suscite le débat entre eux (“Les hommes et les femmes sont égaux dans la société”, “Les filles font mieux la vaisselle que les garçons”, “Une sage-femme peut être un homme”…). Un outil d’autant plus adapté qu’à partir du CM1/CM2, “ils ne sont plus dans la reproduction du discours parental, mais ont leur propre discours”, assure Haydee Leblanc.

Au lycée

Ce que dit l’Education nationale. Comme au collège, les séances sont très souvent réduites et organisées par des intervenants extérieurs. Sur le fond, l’Education nationale recommande d’informer les élèves sur la contraception (PDF)la pornographie et la prostitution (PDF), ou encore la relation de couple (PDF).

Exemples de scénarios proposés : discuter des “affirmations suivantes (‘Mettre un préservatif fait perdre l’érection’, ‘La première fois on ne risque rien’, ‘Quand on fume on ne peut pas prendre la pilule’, ‘Avec la pilule du lendemain, tout est possible’, ‘C’est à la fille de s’occuper de la contraception’…)”. Ou encore : “Donner 4 Post-it à chaque élève (couleur différente pour les garçons et les filles) et leur demander de noter sur chacun un mot évoqué par ‘sexe et argent’. La mise en commun doit permettre de faire apparaître les différentes formes d’exploitation
commerciale de la sexualité et de souligner, s’il y a lieu, les points communs et/ou les différences selon les sexes.”

Dans la pratique, ça se passe comment en classe ? “Contrairement aux collégiens, les lycéens posent des questions sur des choses plus concrètes, qu’ils ont testées”, rapporte Sabrina Sénécal. Exemples courants : “Est-ce qu’il existe des alternatives à la pilule ? Comment je peux réussir à draguer ?” Les questions de prévention et de contraception sont mises au premier plan, d’autant qu’“on est parfois appelés comme pompiers, par exemple après des grossesses dans un établissement scolaire”, se désole l’intervenante. 

Mais contrairement à ce qui circule sur les réseaux sociaux, les intervenants n’enseignent pas aux élèves “la sodomie” ou “la levrette”.

Quand on nous demande quelle est la meilleure position, on dit qu’il n’y en a pas de mieux que les autres, tant que les partenaires sont d’accord. On n’aborde pas notre vie sexuelle, ni la leur.Sabrina Sénécal, intervenante du Planning familialà franceinfo

Au lycée, les intervenants utilisent toujours les questions anonymes, des jeux de questions/réponses qui permettent de faire circuler la parole et de retenir des informations factuelles (délai légal pour une IVG, prescription de contraception), mais aussi beaucoup de vidéos éducatives sur l’apprentissage du consentement ou des limites à respecter.


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