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“Maintenant, c’est notre tour” : aux Etats-Unis, jamais il n’y avait eu autant de candidates aux élections de mi-mandat

Les femmes n’ont jamais été aussi nombreuses à se porter candidates à la Chambre des représentants, au Sénat et à des postes de gouverneur qu’en 2018. 

Une mère au téléphone avec son enfant dans les bras, une autre allaitant son bébé, une femme qui enfile ses talons sur un quai de gare, une autre qui se confie sur les violences sexuelles qu’elle a subies pendant des dizaines d’années, ou sur les violences conjugales que son père a infligées à sa mère : cette année, les vidéos de campagne des candidates aux élections de mi-mandat (midterms) aux Etats-Unis défient les normes d’un scrutin traditionnellement dominé par les hommes.

Les femmes n’ont jamais été aussi nombreuses à se présenter aux postes en jeu dans ces élections, prévues le 6 novembre : cette année, 589 d’entre elles se sont portées candidates à la Chambre des représentants, au Sénat et à des postes de gouverneur. Dans chacune de ces courses, elles ont aussi battu le record du nombre de femmes à dépasser le stade des primaires. Selon Politico* et le Center for American Women and Politics, les femmes ont la possibilité historique de gagner 127 sièges supplémentaires à la chambre basse du Congrès, explosant la proportion de 20% de femmes qui y siègent actuellement, et qui stagne depuis 2013. Mais que s’est-il passé pour qu’en 2018, de si nombreuses femmes décident de tenter leur chance, en dépit d’une faible expérience en politique ?

Pour les femmes démocrates que nous avons interrogées, l’accession de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis a été “un facteur très motivant”, comme l’explique Tammy Savoie, candidate “bleue” à la chambre des représentants en Louisiane, un Etat dont les huit représentants au Congrès sont des hommes. Madeleine Dean, candidate au Congrès en Pennsylvanie, raconte elle aussi que “l’élection de 2016 a été dévastatrice”. “Donald Trump, avec tout le mal qu’il a causé, nous a permis d’identifier précisément ce dont nous ne voulons pas”, estime quant à elle Lisa Ring, candidate à la chambre des représentants en Géorgie.

\"Attrapons-les par les midterms\", peut-on lire sur cette affiche dans un meeting pour deux candidats démocrates aux élections de mi-mandat à Detroit (Michigan), le 28 juillet 2018. “Attrapons-les par les midterms”, peut-on lire sur cette affiche dans un meeting pour deux candidats démocrates aux élections de mi-mandat à Detroit (Michigan), le 28 juillet 2018.  (BILL PUGLIANO / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

“Le fait qu’Hillary Clinton ait perdu face à un candidat comme lui a touché un nerf”, explique au Monde Jill Greenlee, politologue spécialisée dans les études de genre à l’université Brandeis (Massachusetts). A quoi s’ajoute le sentiment que les priorités des femmes sont assiégées.”

Beaucoup m’ont déconseillé de me présenter dans un Etat si conservateur, mais j’ai décidé que le moment, c’était maintenant.Tammy Savoie, candidate démocrate à la Chambre des représentantsà franceinfo

Pour Madeleine Dean, “il y a eu un sursaut, les femmes se sont réveillées”. Elle s’est donc présentée aux primaires démocrates dans son district de Pennsylvanie contre Joe Hoeffel, un politicien fort de trois mandat au Congrès. Elle avait travaillé pour l’une de ses campagnes quand elle avait 19 ans. “Il est sorti de sa retraite pour se présenter aux primaires face à trois femmes, dont moi, en espérant que les votes se disperseraient entre nous”, raconte-t-elle. Finalement, Madeleine Dean a battu son concurrent avec une avance de 60 points. “Les gens veulent du changement, et Joe Hoeffel s’est confronté au sentiment, sur le terrain, que son tour était passé, observe cette élue locale de 59 ans. Maintenant, c’est notre tour. Les gens veulent voir des femmes trouver des idées et apporter des solutions.”

Ces candidates semblent plutôt bien accueillies sur le terrain, alors que Donald Trump reprochait à Hillary Clinton, en 2016, de “jouer la carte femme”. “Plutôt que des réactions hostiles parce que je suis une femme, les gens me disent leur bonheur à l’idée que les femmes soient plus présentes sur la scène politique”, observe ainsi Madeleine Dean. “Les femmes comprennent les enjeux de certains problèmes avec plus de profondeur que les hommes”, juge même Tammy Savoie, indignée par l’augmentation de la mortalité maternelle aux Etats-Unis*, plus élevée que dans n’importe quel autre pays développé. Pour Lisa Ring, ces candidatures féminines sont une nécessité.

Si nous n’avons que des hommes blancs pour nous représenter, les lois ne vont jamais correspondre aux besoins de la majorité des citoyens de ce pays.Lisa Ringfranceinfo

“Nous avons été cruellement négligées par nos législateurs”, renchérit Tammy Savoie. Pour elle, pas de solution miracle : pour que les problématiques concernant plus de la moitié de la population américaine soient prises en compte, il faut une meilleure représentation. “Je le vois tous les jours, confirme Madeleine Dean, élue à l’Assemblée de Pennsylvanie où la proportion de femmes plafonne à 20%. Quand les femmes ne prennent pas part aux décisions, la situation des femmes en souffre, la situation des familles en souffre et la situation des enfants en souffre.

Il a parfois fallu susciter la motivation des moins téméraires. Car viser une meilleure représentation des femmes au Congrès implique que des candidates sans expérience politique sautent le pas et affrontent des adversaires masculins souvent plus aguerris. En Géorgie, Lisa Ring, militante expérimentée, a créé un comité pour encourager les démocrates à se présenter : aucun challenger ne s’était manifesté pour affronter les nombreux élus républicains candidats à leur propre réélection. “On s’est tous rassemblés et on s’est dit : ‘qu’est-ce qu’on a à perdre ?’ raconte-t-elle. Grâce à ça, on a au moins dix nouveaux candidats aux élections dans ce district. Et la majorité sont des femmes.”

Le plus important, c’est de savoir que nous ne sommes pas seules et d’être solidaires.Lisa Ring, candidate démocrate à la Chambre des représentants en Géorgieà franceinfo

Dans le pays, des programmes de formation se sont développés afin d’aider les femmes à se lancer dans la course électorale. Tammy Savoie, qui a travaillé pendant plus de trente ans auprès de l’armée américaine, a ainsi finalisé sa décision de se présenter aux midterms après avoir suivi le programme “Emerge” (“émerger” en français), une formation aux campagnes électorales réservée aux femmes. “J’avais besoin d’outils dont je ne disposais pas, de rencontrer des gens et de me créer un réseau de soutiens, explique-t-elle. C’est très dur pour les femmes, mais il faut être tenace, disciplinée et organisée.”

Ce genre de programme semble avoir rencontré un franc succès à l’approche des élections de mi-mandat. Ainsi, Emily’s List*, le principal organe de promotion des candidates démocrates, a été contacté par plus de 40 000 femmes cette année, contre seulement 900 en 2016, rapporte Politico*.

Ces candidatures sont aussi portées par un électorat féminin particulièrement mobilisé. Les femmes démocrates sont la frange la plus motivée pour aller voter le 6 novembre, selon un sondage de Politico*. A l’instar des candidates, les électrices semblent galvanisées par le mouvement #MeToo, leur opposition à Donald Trump ou la récente nomination du juge Brett Kavanaugh à la Cour suprême, malgré des accusations d’abus sexuels. Aux réunions des Indivisibles, un réseau de volontaires qui font campagne à travers le pays pour soutenir des candidats progressistes, “70% des participants sont des femmes”, note Madeleine Dean. “Vous devriez voir les femmes en Louisiane, raconte de son côté Tammy Savoie. Elles sont motivées, elles sont galvanisées, elles sont électrifiées !”

Le résultat des élections dépendra de la mobilisation des électeurs. Les femmes votant traditionnellement* plus que les hommes, celle des électrices sera déterminante, pour départager les républicains et les démocrates, mais aussi pour établir un nouveau record : celui du nombre de femmes élues aux Etats-Unis.

* Lien en anglais


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