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Bâtiments vétustes, découverte tardive des corps… Les questions qui se posent après l’effondrement d’immeubles à Marseille

Trois personnes sont mortes dans la catastrophe et les équipes de secours sont à pied d’œuvre pour retrouver les personnes portées disparues. Trois bâtiments, dont la vétusté était connue, se sont effondrés lundi, en centre ville, dans le quartier de Noailles.

Trois immeubles effondrés, trois corps retrouvés. Les opérations de déblaiement et de recherche d’éventuelles victimes se poursuivent, rue d’Aubagne, à Marseille, mardi 6 novembre. Mais entre la peine et la colère des habitants du quartier de Noailles, le drame soulève déjà des questions, en particulier autour de l’état de vétusté des immeubles.

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Pourquoi les opérations de secours prennent-elles autant de temps ?

Les deux premiers immeubles se sont effondrés lundi matin vers 9 heures et les marins-pompiers ont été immédiatement mobilisés. Mais le premier corps n’a été découvert, dans les décombres, que mardi matin. L’état des bâtiments voisins, déjà vétustes et fragilisés par l’effondrement des immeubles, a contribué à freiner le travail des secours. “C’est une opération délicate, car les immeubles contigus menacent également de s’effondrer”, rappelle à franceinfo le capitaine de frégate Samuel, commandant des opérations de secours du bataillon des marins-pompiers de Marseille.

“Les gravats constituent une sorte de pilier qui soutient lui-même l’immeuble situé au numéro 67″, expliquait le préfet de région, Pierre Dartout, à 20 Minutes, lundi. Dégager ces gravats peut donc entraîner un nouvel effondrement. C’est ce qui s’est produit, en fin d’après-midi, lundi, quand le bâtiment du numéro 67 est tombé.

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Il a par ailleurs fallu commencer par nettoyer la chaussée, couverte d’éboulis, ainsi que les trottoirs. Dix bennes de gravats ont été dégagées dans la nuit et une voiture complètement écrasée a été dégagée, à l’aube, mardi. Les images des lieux montrent des amas de gravats et de pierre, sans plaques apparentes, qui pourraient créer des “poches de survie” ou “poches d’air”, qui auraient pu protéger des personnes piégées dans les décombres. “Sur ce type d’opérations, il y a toujours des poches de survie”, assure le capitaine de frégate Samuel. “Malheureusement, les constats habituels faits depuis l’extérieur du bâtiment nous laissent très pessimistes sur la survie”, tempère-t-il.

Quelles sont les causes de l’effondrement des immeubles ?

“Quel immeuble a été à l’origine de l’effondrement, on est en incapacité de le dire”, a déclaré à franceinfo Arlette Fructus, adjointe à la ville de Marseille en charge du logement. Une enquête a été confiée à la police judiciaire, afin de déterminer les circonstances exactes du sinistre. Mais déjà, les accusations fusent. Des habitants mettent en cause la vétusté des immeubles et l’inaction de la municipalité. “Tout ça c’est parce qu’ils laissent la ville mourir exprès ! Vous ne voyez pas qu’ils laissent mourir le quartier exprès ?” s’est insurgée une riveraine auprès de franceinfo.

Sabine Bernasconi, maire des 1er et 7e arrondissements de Marseille, assure que “de nombreux immeubles ont été rénovés”, mais qu’il reste “beaucoup à faire”. Elle réfute toute négligence de la mairie de secteur. Sabine Bernasconi s’est également interrogée sur les conclusions d’un expert : “Dans cet immeuble [au numéro 65], il y a quinze jours, une expertise a conclu qu’un étage qui avait été évacué pouvait à nouveau être occupé. Un appartement était concerné et la personne a pu rentrer chez elle. Il faut comprendre pourquoi ce sont ces conclusions-là de l’expert qui ont été données.” 

La mairie de la ville met en cause pour sa part les “fortes pluies qui se sont abattues sur Marseille ces derniers jours”. A 20 Minutes, Patrick Desbouiges, qui participe à des opérations de sécurisation de logements insalubres à Marseille, confirme que la météo a pu jouer un rôle, au vu de l’état de délabrement des bâtiments. “Il suffit qu’une fissure ait été ravinée par les pluies diluviennes de ces derniers temps pour qu’une pierre-clé saute et que l’immeuble s’effondre”, résume-t-il.

“L’enquête le dira mais il semblerait que la toiture n’était pas complètement étanche, et donc des infiltrations d’eaux, estime de son côté Maxime Repaux, conseiller au syndicat des architectes des Bouches-du-Rhône, sur franceinfo. Quelques années d’épisodes pluvieux avec une toiture qui n’est pas étanche, ça peut fragiliser les structures qui sont des ossatures en bois, et donc amener à l’effondrement.”

A qui appartiennent les trois bâtiments effondrés ?

Le bâtiment du numéro 63 de la rue était “sous la responsabilité de la société Marseille Habitat (dont la ville est actionnaire majoritaire), qui avait acquis, au bout de dix ans de procédure, l’intégralité de l’immeuble”, selon Arlette Fructus, adjointe en charge du logement. “La société avait sécurisé cet immeuble, tout était fermé, et des vérifications étaient faites deux fois par semaine pour savoir s’il n’y avait pas d’occupation illégale”, assure l’adjointe à la mairie à franceinfo.

L’immeuble du 65 rue d’Aubagne est une copropriété de 9 à 10 appartements. Il a déjà fait l’objet d’un arrêté de péril imminent en janvier 2017, levé en juin 2017. En octobre 2018, un nouvel arrêté de péril a été pris en urgence après l’effondrement d’une partie de la cage d’escalier. Une expertise a été menée le 18 octobre de la part de services agréés par le tribunal, et des travaux de confortement réalisés au premier étage “permettant la réintégration des occupants”, toujours selon la mairie de Marseille.  

“Il y a eu certainement une mauvaise évaluation de la situation, souligne Maxime Repaux. J’ai entendu aussi que la porte d’entrée forçait, et ça c’est un élément significatif d’un problème structurel, et là il aurait dû y avoir une alerte et une évacuation de l’immeuble et des immeubles voisins. Mais après, si un expert est passé et qu’effectivement il n’a pas jugé le péril imminent, c’est difficile. Peut-être que la tempête de mercredi dernier avec la forte pluie a précipité les choses.”

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L’immeuble du numéro 67 était, comme le 63, muré, et théoriquement inhabitable. Mais il était peut-être squatté.

Pourquoi ces immeubles sont-ils si vétustes ?

Elus, habitants, équipes de secours… Tout le monde s’accorde au moins pour dire que les immeubles qui se sont écroulés étaient anciens, fragiles, vétustes. C’est le lot de près de la moitié des logements du quartier de Noailles, en plein centre ville de Marseille, qui est “depuis 2001 au cœur d’une opération de restauration déclarée d’utilité publique”, selon France Bleu.

Mais cette réhabilitation tarde à se concrétiser. Selon le site d’info local Marsactu, qui cite une expertise de la Société locale d’équipement et d’aménagement de l’aire métropolitaine de Marseille (Soleam) de 2015, “48 % des immeubles [de ce quartier] sont considérés comme du bâti indécent ou dégradé. Seulement 11 % sont identifiés comme en bon état structurel et d’entretien”. Cette expertise devait servir de feuille de route pour un projet de réhabilitation du quartier, qui se trouve “mis en délai” pour au moins deux ans, selon Marsactu. Pour le site local (article réservé aux abonnés), les immeubles qui se sont effondrés sont “le symbole de l’inefficacité de l’action municipale dans la lutte contre l’habitat indigne en centre-ville”.

Interrogé par Europe 1, Eric Baudet, architecte urbaniste à Territoires et Habitat, qui a participé à l’expertise de la Soleam, affirme en outre que “le bâti est obsolète (…), en pierre meulière, qui au fil du temps se transforme en sable… Et les planchers en bois sont pourris”. En outre, dans ce quartier pauvre, “les locataires vivent de minimas sociaux, les propriétaires louent au prix des APL et font le minimum de travaux, voire aucun”, résume-t-il.

Combien de logements sont dans un état similaire à Marseille ?

Un parc privé indigne et dégradé d’une rare ampleur”, “une situation critique”, “des acteurs dépassés”. Le rapport Nicol sur le parc immobilier privé à Marseille dressait un triste état des lieux, en mars 2015, à la demande de la ministre du Logement de l’époque, Sylvia Pinel. Il ne tient pas compte du parc social, mais montre déjà l’ampleur des dégâts dans le privé.

Selon ce rapport, 42 400 logements sur un total de 377 000 résidences principales, la plupart en copropriété, présentaient un risque pour la santé ou la sécurité de ceux qui y habitaient. Dans ces quelque 42 000 logements dangereux vivent à peu près 100 000 habitants, c’est à peu près 10% de la ville”, selon Christophe Robert, le délégué général de la fondation Abbé Pierre.


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