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Que peuvent faire les démocrates avec leur majorité à la Chambre ?

Travailler avec l’administration Trump sur des dossiers prioritaires afin de donner à la nation l’image d’un parti responsable et prêt à gouverner en 2020 ; ou satisfaire sa base en déclarant, à coups d’enquêtes, une guerre totale au locataire de la Maison Blanche. Au lendemain des élections de mi-mandat, mercredi 7 novembre, les éditoriaux et analyses publiés dans la presse américaine s’interrogent et mesurent les enjeux du choix qui sera pris par le Parti démocrate, après sa victoire relativement modeste mais décisive à la Chambre des représentants, un choix qui sera déterminant pour la suite du mandat de Donald Trump.

Le comité éditorial du New York Times, grand quotidien honni du président des Etats-Unis et classé dans le camp progressiste, estime que l’équilibre sera difficile à trouver pour le Parti démocrate :

« De nombreux démocrates détestant Trump pourraient être d’humeur à se venger, mais la plupart des Américains pourraient facilement être rebutés par des calculs ouvertement politiciens. Et n’oublions pas qu’il ne s’agit pas de marquer des points – les Américains méritent mieux de leur gouvernement. »

En prenant le contrôle de la Chambre des représentants, les démocrates pourront prendre la tête de ses divers comités, ce qui lui permettra de lancer une multitude d’enquêtes contre Donald Trump et son administration. La tentation de profiter de cette position de force pour régler des comptes avec le camp présidentiel, dont l’implication dans de nombreuses affaires troubles fait l’objet de soupçons insistants, inquiète notamment Frank Bruni, une des plumes du grand journal de New York, qui s’exprime à ce sujet de manière imagée :

« Je crains également que les démocrates de la Chambre, riches de leur nouvelle capacité à tourmenter un président qui l’aura mérité, aillent trop loin et deviennent le faire-valoir contre lequel il tonnera avec profit dans sa course au second mandat. Il existe des moyens de le contenir et de dévoiler ses torts autres qu’une orgie d’enquêtes. La réponse à une présidence outrancière n’est pas un carnaval où les Américains auront du mal à dire qui est responsable des lumières les plus aveuglantes et des bruits les plus odieux. »

Lire notre analyse :   Après les midterms, les Etats-Unis apparaissent encore plus divisés

Le spectre de l’impeachment

Pour Dan Balz, une des principales signatures du Washington Post sur les sujets de politique intérieure, un accord pourrait être trouvé entre républicains et démocrates sur le dossier des infrastructures et sur la régulation du prix des médicaments, deux sujets phares mis en avant par la future majorité à la Chambre des représentants.

Ils devront par ailleurs s’entendre sur le budget et sur le nouvel accord commercial avec le Canada et le Mexique. Toutefois, le journaliste du quotidien considère dans sa chronique que la question décisive de 2019 demeure celle de savoir si le Parti démocrate profitera ou non de sa majorité pour lancer des enquêtes en rafale contre l’administration Trump, alors qu’approche l’annonce des résultats de la plus grave et la plus importante de toutes les investigations : l’enquête russe.

« La plus grande question qui définira l’année à venir ou même les suivantes est qu’est-ce que les démocrates décident de faire concernant leurs éventuelles enquêtes sur le président et son administration. [Au-delà de ces enquêtes potentielles] se profilent les conclusions prochaines du procureur spécial Robert S. Mueller III et la fin de l’enquête sur le rôle de la Russie lors de l’élection de 2016 et sur une possible collusion avec des personnes associées à la campagne Trump. »

Au-delà des enquêtes diverses qui pourront être lancées contre Donald Trump et son administration par les comités de la Chambre des représentants sous la future majorité démocrate, plane, par ailleurs, le spectre de l’impeachment, la procédure qui permet dans certaines conditions au Congrès – constitué de la Chambre des représentants et du Sénat – de destituer le président des Etats-Unis. Pour la presse conservatrice, encline à décrire la future majorité démocrate à la Chambre comme revancharde et agressive, cette perspective est considérée comme hautement probable.

Pour David French, de la National Review, un magazine conservateur, les engagements pris par les démocrates au soir de la victoire, et notamment celui de se consacrer à des projets législatifs constructifs, ne sont que pur affichage. Une confrontation politique majeure et violente serait, dès lors, à attendre.

« Dans le monde réel, [la victoire démocrate à la Chambre des représentants] signifie deux choses qui ont une incidence directe sur une éventuelle destitution : un effort agressif pour (entre autres choses) enquêter sur les finances du président Trump et une réponse agressive aux conclusions de Robert Mueller (quelles qu’elles soient). (…) La bataille de Trump contre les médias va pâlir en comparaison de la bataille de Trump contre une Chambre démocrate revigorée et confiante. »

L’idée qu’un impeachment soit envisagé par les démocrates est également mise en avant sur le site Internet de Fox News, le média favori du président américain, qui estime que les résultats de l’enquête russe pourraient être un des points de départ potentiels de la procédure.

Divisions démocrates

Le site d’information Politico rappelle, cependant, que pour les chefs du Parti démocrate se lancer dans une procédure de destitution reste officiellement hors de question. Cette position a été rappelée par la chef des démocrates à la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, également pressentie pour présider cette assemblée lorsque la nouvelle majorité sera installée. Politico rappelle toutefois les divisions internes au camp démocrate sur ce sujet :

« Les dirigeants démocrates auront probablement du mal à contenir la demande [de la base du parti] de destituer Trump, ce qu’ils considèrent comme contreproductif sur le plan politique, en particulier parce que les démocrates seraient probablement incapables de réunir le vote des deux tiers du Sénat nécessaire pour le démettre de ses fonctions. »

Le Wall Street Journal, quotidien classé à droite de l’échiquier politique, partage ce constat :

« La nouvelle majorité démocrate présage d’une nouvelle ère d’enquêtes sur l’administration Trump. Les dirigeants du parti ont jusqu’à présent résisté au discours sur l’impeachment, mais ils n’en ont pas exclu la possibilité et pourraient subir la pression de leurs militants les plus ardents. »

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