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Fichage ethnique au PSG : C’est “débile, contre-productif et comme une trahison” pour Malek Boutih

Malek Boutih, membre de la fondation PSG, indique que la direction du club a diligenté une enquête interne après les révélations de Mediapart et Envoyé Spécial.

La direction du Paris-Saint-Germain (PSG) “a eu confirmation” d’un fichage ethnique dans des cellules de recrutement, a affirmé Malek Boutih jeudi 8 novembre sur franceinfo après les révélations de Mediapart et “Envoyé Spécial” dans le cadre de leurs enquêtes dites des “Football Leaks”. Ancien président de SOS Racisme et ancien député socialiste, Malek Boutih est aussi membre de la Fondation PSG créée au sein du club autour “d’enjeux, en particulier de lutte contre le racisme, de travail dans les banlieues”. Il estime que ce fichage est “débile, contre-productif”, et dit qu’il a été “vécu comme une trahison” au sein du PSG.

franceinfo : Est-ce que vous confirmez l’existence d’un fichage ethnique ?

Malek Boutih : Dès que la direction du PSG a été informée par le pôle de journalistes qui mène l’enquête de ces fichages, elle m’en a informé, je peux vous dire qu’ils étaient extrêmement choqués. Elle a tout de suite diligenté une enquête interne et elle a effectivement eu confirmation que sur l’initiative de gens de cellules de recrutement qui restent à déterminer – combien ? pourquoi ? – sur leur propre initiative, des fichages avec des critères ethniques avaient été posés, effectivement. Le PSG a constaté que cette accusation était vraie mais que évidemment, tout cela était fait dans le dos de la direction et, sincèrement, ça a été vécu comme une trahison ici. D’après l’enquête interne du PSG, ces fiches étaient utilisées par la cellule elle-même, mais quand elle faisait remonter des propositions de joueurs ou recrutait des joueurs, évidemment à aucun moment ce type de critères n’apparaissait. Donc ce sont des fiches qui restaient au niveau des gens qui les utilisaient et qui ne sont jamais remontés. À aucun moment ce type de fiche n’était sur le bureau soit du président, soit du directeur général, soit des responsables permanents de la direction du PSG. À aucun moment.

Comment le club a-t-il pu passer au travers de ce fichage ethnique ?

Simplement parce que quand vous êtes dans un club aussi important avec plus de 700 salariés, il y a une multitude de petites pratiques quotidiennes, comment les gens s’organisent dans leur bureau, comment ils travaillent. Sincèrement, personne ici ne pensait que l’origine ethnique des gens pouvait avoir des conséquences sur la qualité des footballeurs qu’on pouvait recruter. C’est même l’inverse. À aucun moment ici les gens ne se sont dit blanc, noir, français, ou que sais-je encore, donc la surprise est d’autant plus forte que non seulement ça n’apporte rien mais c’est même contre-productif. Un recruteur qui aurait des critères ethniques pourrait passer à travers de Kylian Mbappé et considérer que Kylian Mbappé ne rentre pas dans des critères ethniques. C’est débile. Il y a eu une alerte et à ce moment-là la direction du PSG avait réaffirmé très clairement que le seul critère qui compte, c’est la qualité sportive et la qualité morale des jeunes engagés.

Le PSG a mené un entretien préalable en 2014 après avoir entendu parler de critères ethniques, mais le fichage a continué jusqu’en 2018. Pourquoi n’y a-t-il pas eu de sanction ?

C’est là que l’enquête de Mediapart crée une confusion, mais c’est un peu normal du fait que Mediapart n’est pas très proche des grands clubs comme le PSG et qu’il avait besoin d’en jouer un peu. Mais la vérité est qu’à l’époque ce ne sont pas des fiches dont on parlait mais de propos. Il y aurait eu des propos autour de critères ethniques. Quand il s’agissait de propos, il y a eu la convocation d’un responsable, il y a eu la mise au point extrêmement forte auprès de la cellule, mais à aucun moment il n’y a eu une preuve matérielle que ça s’était transformé en fichage ethnique. C’est pour ça que le PSG a ce sentiment de trahison, d’abord parce que les gens avaient donné leur parole qu’ils n’utilisaient pas ce type de critères et qu’ils n’avaient même pas évoqué le sujet, mais alors de là à imaginer qu’ils pouvaient constituer un fichage, c’était totalement hallucinant pour la direction.

Le PSG peut-il être accusé de discrimination ?

Regardez qui sort de la formation du PSG, quels sont les jeunes joueurs que le PSG a mis en avant et qui sont devenus pour certains des internationaux membres de l’équipe de France. Est-ce que vous pensez une seconde que le PSG a des critères ethniques ? C’est tout le contraire. Par ailleurs, moi, je peux témoigner au-delà de la direction actuelle et des responsables actuels. Je fais partie des gens qui ont constitué la Fondation PSG autour justement des enjeux en particulier de lutte contre le racisme, de travail dans les banlieues. Depuis 15 ans, quels qu’aient été les présidents, les propriétaires du PSG, il y a quelque chose en commun, ce n’est ni le classement ni les joueurs ni la politique sportive, mais ce sont des valeurs très clairement adossées aux valeurs républicaines, des valeurs antiracistes. Je suis certains de deux choses, si la direction du PSG avait eu connaissance de ce fichage, des sanctions très fortes seraient tombées. Et de toute façon, l’enquête interne aura sûrement des conséquences demain. Moi j’ai confiance en cette direction, non pas parce que je les crois, mais parce que depuis des années je les vois agir.


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