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Le biopétrole, un miracle qu’on nous aurait caché ?

Le débat sur la hausse des prix du carburant continue d’enflammer les esprits, un débat pollué par des intox en série et de vieilles solutions miracles qui ressortent sur les réseaux sociaux. Ces derniers jours, un vieux reportage de TF1, daté de 2011, a été massivement partagé sur Facebook, faisant l’éloge d’un « biopétrole » réalisé à partir d’algues par une société basée en Espagne, Bio Fuel Systems.

Reportage de TF1 sur le biopétrole

La tonalité complotiste de certains des commentaires qui l’accompagnent — « ça n’a pas été ébruité » ; « Pourquoi on n’en parle pas plus… Ça dérange les gros lobbys ! » ; « Je crains pour sa vie et celle de ses coinventeurs, les grands pétroliers ne vont pas rester longtemps sans réagir ! » — laissent entendre que cette invention permettrait d’obtenir un pétrole moins cher et ne pas taxer autant le diesel et l’essence à la pompe. Voici pourquoi il faut prendre ce contenu avec prudence :

1. Un projet largement relayé

Loin d’être une innovation tenue secrète, la production de pétrole extrait d’algues était présentée en 2011 comme une solution inédite par de nombreux médias : TF1 donc, mais aussi des médias étrangers comme l’agence de presse américaine AP. L’entreprise, à l’époque, suscitait un réel enthousiasme (Le Monde y avait également consacré un reportage).

Le procédé pour obtenir ce « pétrole bleu » se résume ainsi : des algues microscopiques sont cultivées dans des tubes transparents par photosynthèse. Récoltées et filtrées, elles donnent, entre autres, une pâte qui peut être transformée, par craquage à haute température et haute pression, en un pétrole comparable au pétrole fossile.

2. Un processus de fabrication encore à améliorer

La photosynthèse de ces plantes nécessite du CO2 et de la lumière, d’où l’intérêt de la localisation du projet présenté dans ce reportage. L’usine est située dans le sud de l’Espagne, à proximité d’un cimentier, secteur fort producteur de ce gaz à effet de serre.

Par ailleurs, le processus mis en jeu est lui-même gourmand en énergie. Jean-Philippe Steyer, chercheur à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), estimait, en 2016 :

« Les moyens technologiques destinés à produire de “l’algocarburant” sont de manière générale plutôt énergivores. C’est pourquoi on peut se demander si le biocarburant peut réellement être considéré comme le domaine de prédilection de l’exploitation des algues. »

Le français Lafarge, qui a mené des tests sur l’un de ses sites, en 2011, a jugé que le rapport matière-énergie n’était pas satisfaisant et qu’au moins dix années de recherche étaient encore nécessaires pour améliorer le processus.

Certains continuent à y croire : la compagnie pétrolière ExxonMobil a annoncé, en mars, vouloir produire dix mille barils de carburant à base d’huile d’algue à horizon 2025, en modifiant génétiquement une souche d’algues pour doubler sa teneur en huiles. A titre de comparaison la France consomme 1,6 million de barils de pétrole par jour.

3. Un entrepreneur sulfureux

Les réelles zones d’ombre dans cette histoire concernent surtout l’entreprise citée dans le reportage, BFS France, et son fondateur Bernard Stroïazzo-Mougin, impliqué dans une affaire de trafic d’armes à la fin des années 1990.

L’usine expérimentale ouverte par BFS en Espagne, à Alicante, a fermé en 2014, à la suite d’une décision de la justice espagnole (une procédure pour fraude a été ouverte, et l’entreprise est débitrice du fisc espagnol) ; les salariés n’étaient plus payés depuis un an ; les autres usines planifiées n’ont jamais été mises en service.


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