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Apollinaire: poète, combattant et mort il y a cent ans

Il est des vers qui collent à la peau des poètes qui les ont écrits. Pour Guillaume Apollinaire, les mots qui ouvrent L’Adieu du cavalier sont de ceux-là: “Ah Dieu ! que la guerre est jolie/ Avec ses chants ses longs loisirs”. S’il a été difficile aux commentateurs de faire la part de l’ironie et de l’exaltation dans ces lignes, Apollinaire était bien, côté français, le grand poète de la Grande Guerre. Ce vendredi, on célèbre le centenaire de sa mort, le 9 novembre 1918, achevé par la grippe espagnole après avoir été amoindri par une blessure reçue au combat. 

Volontaire 

Si la Première guerre mondiale s’est révélée être le grand rendez-vous de la vie de Guillaume Apollinaire, lui et elle ont failli ne jamais se rencontrer. En effet, Apollinaire né, à Rome en 1880, Guillaume Albert Vladimir Alexandre Apollinaire de Kostrowitzky, est un rejeton de l’aristocratie polonaise assujettie à l’empire russe des Tsars. Pour autant, lorsque s’étale sur les murs de France l’ordre de mobilisation générale le 2 août 1914, il cherche à s’enrôler. Mais son engagement est retoqué car il n’a toujours pas la nationalité française. 

C’est sur le front qu’il l’obtiendra après qu’on a fini, en mars 1915, par récompenser son zèle en l’y envoyant. Il connaît d’abord les fureurs de l’artillerie avant d’être versé dans l’infanterie. Il se déplace aussi dans la hiérarchie, décrochant ses galons de sous-lieutenant à la fin de l’année 1915, comme l’a noté ici Libération

Le 17 mars 1916, sa guerre bascule avec sa vie. Alors qu’il lit sereinement un numéro du Mercure de France dans la tranchée, selon le récit qu’en fera plus tard un autre écrivain-soldat Roland Dorgelès, il est atteint à la tempe droite par un éclat d’obus. Apollinaire est alors évacué et trépané à Paris en mai suivant. Définitivement affaibli, il ne reverra plus les combats et est affecté à un poste administratif qu’il exerce au cours des dernières années du conflit. Mais il est trop amoindri physiquement pour résister à l’épidémie de grippe espagnole qui décime le continent européen lors des dernières semaines de 1918, jetant des dizaines de millions de morts dans un bilan humain déjà effroyablement rempli par les hommes tombés lors des batailles. 

Mourir là-bas 

Un mois avant que le mal l’emporte, il plaisante au sujet du roi d’Espagne: “Alphonse XIII a la grippe espagnole. La nouvelle ne nous étonne qu’à moitié: un bon roi doit avoir à cœur de n’user que des produits nationaux.” Auparavant, l’auteur s’imaginait mourir autrement, fauché au milieu des armes. Dans le très beau Si je mourais là-bas, mis en musique par Jean Ferrat en 1966, il écrit:

“Si je mourais là-bas sur le front de l’armée / Tu pleurerais un jour ô Lou ma bien-aimée / Et puis mon souvenir s’éteindrait comme meurt / Un obus éclatant sur le front de l’armée / Un bel obus semblable aux mimosas en fleur”. 

C’était, à bien y réfléchir, s’éloigner assez peu de la réalité. 


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