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Neal Adams: “Batman est la somme de toutes les histoires racontées depuis 80 ans”

On peut être une légende de la BD américaine, avoir révolutionné les comics dans les années 1960 et 1970 et porter un regard sévère sur son œuvre. C’est le cas de Neal Adams, célèbre pour ses histoires de Batman et de Green Lantern. “Être policier, c’est plutôt cool quand on y pense. Si je n’avais pas été dessinateur, j’aurais aimé être policier”, grommelle l’illustrateur que BFMTV.com a pu rencontrer fin octobre lors de sa venue au ComicCon de Paris.

Prenons une de ses plus célèbres planches. Publiée en avril 1970, elle représente Green Lantern. Le super-héros en costume vert y est interpellé par un homme noir: “J’ai lu que vous travaillez pour des hommes à peau bleue… et que sur une planète lointaine, vous avez aidé des hommes oranges… et aussi des hommes pourpres. Mais vous ne vous êtes jamais soucié des hommes noirs. Pourquoi? J’aimerais savoir!” “Je ne sais pas”, lui répond Green Lantern.

Presque cinquante ans après la publication de cette page, considérée comme une des plus importantes de l’histoire de la BD américaine, Neal Adams n’hésite pas à balayer d’un revers de la main cette œuvre de jeunesse réalisée avec son acolyte le scénariste Dennis O’Neil: “En toute honnêteté, cette page est mal écrite”, lâche Neal Adams.

Green Lantern Urban Comics – Green Lantern

Cette page était pourtant loin d’être anodine en avril 1970. Si les comics avaient participé à l’effort de guerre dans les années 1940, n’hésitant à envoyer Superman ou Captain America défendre les couleurs du drapeau américain, les super-héros étaient devenus beaucoup moins politisés dans les années 1960. Un silence qui fut reproché à Marvel – et contraignit Stan Lee à évoquer la contestation estudiantine dans certaines histoires de Spider-Man. Lorsque Neal Adams publie son histoire de Green Lantern, celle-ci ne passe pas inaperçu. En mai 1971, The New York Times publie ainsi en réaction un article intitulé “Shazam! Voici capitaine pertinence”.

“Ce n’était pas seul le article sur ce sujet. Beaucoup de mes collègues se sont moqués de cette page. Ils m’ont reproché de faire de la prédication. Ce n’était pas le cas”, se défend Neal Adams. “Nous faisions des BD d’action qui avait une ambition, une thèse à défendre”. Il tempère: “Sur certains thèmes, comme la surpopulation, nous sommes allés trop loin. On peut mettre toute la population de la planète dans l’état du Texas! Mais avoir un Green Lantern noir était une bonne idée. Comme parler de l’addiction à la drogue.” Tout cela est derrière lui à présent: “Green Lantern était un personnage moyen. J’étais surtout amoureux de la version du personnage par Gil Kane.”

Comme Frank Miller, Neal Adams a été marqué dès l’enfance par le chevalier noir, qui fêtera en 2019 son quatre-vingtième anniversaire. Il se souvient de sa première rencontre avec le personnage créé par Bob Kane et Bill Finger: “À l’âge de 10 ans, j’ai commencé une encyclopédie Batman. Je n’aimais pas forcément la BD, mais je trouvais l’histoire bonne et le personnage bon. Je n’en suis pas dingue. C’est juste de la BD.”

Neal Adams Urban Comics – Neal Adams – Batman

Justice League, c’était horrible”

C’est juste de la BD et pourtant Neal Adams a révolutionné dans les années 1970, comme Frank Miller dans la décennie suivante, la manière dont on représente Batman. Son trait réaliste et ses cadrages dynamiques, inspirés des films d’Alfred Hitchcock, ont construit sa réputation. La première page de La Traque du crochet, une histoire parue en septembre 1968 et rééditée en juin dernier en français, résume bien le style de Neal Adams. Modeste, il préfère minimiser son apport:

“C’est ma page Alfred Hitchcock. C’est une série de plans de coupe, de cases composées comme des photographies pour raconter l’histoire. Depuis, vous avez vu ça des milliers de fois. Tout le monde a quelque chose à ajouter au mythe. Batman n’est-il pas la somme de toutes les histoires racontées depuis 80 ans? D’autant que les BD influencent les films, qui deviennent meilleurs avec le temps – à l’exception du dernier [Batman V Superman].” Et Justice League? “Je n’ai même pas envie de penser à ce film – c’était horrible.”

Neal Adams Urban Comics – Neal Adams dans la BD sur le créateur de Superman.

Très sûr de lui, l’artiste a un jour déclaré que si les super-héros existaient, ils devraient ressembler à la manière dont il les dessine:

“C’est vrai. Je dessine de manière réaliste. Je n’ai pas passé mon temps à dessiner des mecs en spandex! J’ai fait un comic strip, des couvertures pour des romances, des illustrations. J’ai dessiné des montagnes russes pour des parcs d’attractions. J’ai fait beaucoup de choses en rapport avec le monde réel. J’ai étudié le design des costumes. Le premier cours que j’ai suivi dans l’école d’art où je suis allé était un cours de mode. Je sais comment les gens s’habillent, quels habits leur vont. Vous pouvez compter sur moi pour que ça soit réaliste. Et aussi pour tricher.”

“Je suis un héros. Et alors?”

Dans les années 1970, Neal Adams est monté au créneau pour défendre les droits des auteurs de BD. C’est notamment grâce à son engagement que Joe Shuster et Jerry Siegel, les créateurs de l’Homme d’acier, on pu obtenir une pension et la reconnaissance des droits de Superman.

La scène est racontée dans une BD biographique sur Joe Shuster. “Je suis un héros. Et alors? Il existe des types biens. Cela ne devrait pas vous surprendre”, s’emporte Neal Adams, peu enclin à se souvenir de ce moment important dans l’histoire de la BD américaine. “Pour certaines personnes [c’est un moment important]. Pas pour moi.” Il s’est contenté de rétablir la justice. Comme un policier. Ou un super-héros.

Batman, la légende, tome 1, Neal Adams, Urban Comics, 368 pages, 35 euros / Green Arrow & Green Lantern, Neal Adams (dessin) et Dennis O’Neil (scénario), Urban Comics, 368 pages, 35 euros / Joe Shuster, un rêve américain, Julian Voloj (scénario) et Thomas Campi (dessin), Urban Comics, 184 pages, 17,50 euros.


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