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Court en bois, joueur prépubère et traquenards en série : ces scènes qu’on ne verra plus en Coupe Davis

La dernière finale de cette compétition vieille de 118 ans se joue ce week-end, à Lille, entre la France et la Croatie. A partir de 2019, la Coupe Davis prendra une nouvelle forme. L’occasion de rappeler quelques épisodes épiques de la course au saladier d’argent.

Profitez bien du dernier match de la dernière édition de la Coupe Davis ancienne formule, du vendredi 23 au dimanche 25 novembre. Car après ce duel en finale entre la France et la Croatie dans le stade Pierre-Mauroy de Lille, la compétition centenaire entrera, en 2019, dans une nouvelle ère. Pour les meilleures équipes, ce sera un format plus ramassé sur une semaine, avec toutes les rencontres organisées à Madrid à l’automne, sur le modèle, toutes proportions gardées, de la Coupe du monde de foot. Mais ce bouleversement va entraîner la disparition de nombre d’à-côtés qui faisaient le charme de la Coupe Davis. Sélection non exhaustive.

La Suisse ne tombera plus dans un piège contre Israël avant Yom Kippour

1993, Ramat Ha-Sharon, dans la banlieue nord de Tel-Aviv, en Israël. D’un côté, l’équipe de Suisse, finaliste de la précédente édition, seulement battue par les Etats-Unis de Sampras et Agassi. De l’autre, la modeste équipe d’Israël, emmenée par Amos Mansdorf et Gilad Bloom, solides routiers du circuit mondial. “Amos avait l’habitude de se surpasser, quand moi je ne battais que les adversaires que j’étais censé battre”, décrit Gilad Bloom, aujourd’hui prof de tennis à New York. Bizarrerie du calendrier, la rencontre commence le jeudi matin, pour avoir le temps de finir les cinq matchs avant Yom Kippour, principale fête religieuse juive, qui tombe le dimanche, à minuit pile. Le premier simple du samedi matin est programmé à 8 heures pour se laisser de la marge. Les matchs marathons en Coupe Davis, ça s’est vu plus d’une fois. Malgré le réveil qui a sonné à 5 heures du matin, Amos Mansdorf (25e mondial) se surpasse et vient à bout de Marc Rosset (15e) en cinq manches étouffantes. Israël-Suisse, 2-2. 

C’est le moment que choisit l’équipe de la télé israélienne… pour plier bagage. “Ils nous ont expliqué que s’ils ne commençaient pas à remballer maintenant, ils ne seraient jamais à temps chez eux pour la fête”, se souvient Gilad Bloom. Le speaker se fend d’une annonce au micro pour inciter les spectateurs venus de loin à reprendre leur voiture. Et dans le même temps, des gens jouent les rabatteurs dans le quartier pour inciter les riverains à venir au stade. “Des gens qui venaient voir du tennis pour la première et la dernière fois. Un public de foot. Et surtout, énormément de gens que je connaissais, car j’avais grandi dans le quartier !” reprend Gilad Bloom.

Sur le papier, Gilad Bloom rend 100 places au classement ATP à son adversaire, Jakob Hlasek. Mais poussé par 2 000 supporters ultras “au comportement un peu limite”, rien ne peut l’arrêter. “Je ne pensais pas au fait qu’il fallait finir avant la nuit. Je pensais point après point, comme pour un match normal. Le stress, ce sont les organisateurs qui l’avaient.”

Le joueur de tennis israélien Gilad Bloom lors d\'un match de Coupe Davis, en 1990.Le joueur de tennis israélien Gilad Bloom lors d’un match de Coupe Davis, en 1990. (GILAD BLOOM)

6-4, 6-1, 4-3 et 40-15, service Bloom… quand soudain, la pluie brise son bel élan. “On s’est retrouvés enfermés avec le capitaine, dans les vestiaires, pendant de longues minutes, à calculer combien de jeux on avait encore le temps de jouer.” Vingt minutes plus tard, les deux joueurs reviennent sur la terre battue. Un peu humide, mais c’est jouable. Jakob Hlasek lâche l’affaire. Le match est plié en deux petits jeux par Bloom. La délivrance pour le public, qui envahit le terrain, et porte le joueur israélien en triomphe. “Le plus beau moment de ma carrière, et pourtant, j’ai battu Sampras à Wimbledon”, souffle l’ancien joueur, ému par ce souvenir. “Le plus beau moment de ma carrière, mais dont je ne reverrai jamais les images”, ajoute-t-il.

La fête est de courte durée. Il faut que chacun regagne ses pénates. “Je me rappelle être rentré chez moi, et avoir dormi 24 heures d’affilée. L’état habituel dans lequel je revenais d’une rencontre de Coupe Davis. Donc je n’ai pas eu trop de mal à chômer et à jeûner lors de ce Yom Kippour.” Côté suisse, la défaite est amère, comme en témoigne Bloom : “Marc Rosset ne m’a plus parlé pendant deux ans après cet épisode…”  A cette défaite cuisante s’est ajoutée la frustration de ne pas pouvoir sortir du pays, les aéroports étant à l’arrêt pendant 24 heures.

Pourquoi on ne le verra plus : il n’y aura plus de date de Coupe Davis autour de la période de Yom Kippour, qui tombe chaque année fin septembre-début octobre. La phase finale de la Coupe Davis se déroulera quelques semaines plus tard.

Le Togo n’alignera plus un papy de 59 ans néophyte sur terre battue

La Coupe Davis avec les stars, les gradins pleins à craquer, les drapeaux qui flottent en tribune, vous connaissez. La Coupe Davis d’en bas, peut-être moins. Prenez ce match entre l’Ile Maurice et le Togo, disputé devant les tribunes clairsemées du Rose Hill Club, sur l’île de l’océan Indien, au printemps 2001. Deux cents personnes à tout casser garnissent les gradins, équipe nationale sur le court ou pas, double décisif ou pas.

Les deux équipes sont à égalité 1-1, après la victoire du meilleur Togolais, Komlavi Loglo. Mais ce dernier a un souci : il a un avion à prendre pour se rendre au tournoi junior de Roland-Garros et la soirée est bien avancée, après deux rencontres disputées depuis le début de l’après-midi. “Je soupçonne même les Mauriciens de l’avoir un peu fait exprès”, se souvient Komlavi Loglo, obligé de quitter ses partenaires. “Normalement, on doit inscrire quatre joueurs pour les rencontres de Coupe Davis, mais pour des fédérations comme le Togo, rapatrier les meilleurs joueurs qui sont partis progresser en Europe, ce n’est pas possible. Donc on fait venir un bon joueur, en espérant qu’il gagne deux matchs.” Cette défection force surtout le capitaine togolais, alors âgé de 59 ans, à dépanner pour le double.

Yaka-Garonfin Koptigan se présente sur le cours, sous le regard stupéfait de ses adversaires du double mauricien. Parmi eux, Guillaume Desvaux : “J’ai vu arriver un type avec des cheveux gris, une raquette à la main. On se disait : ‘On ne peut pas jouer contre un mec de 60 ans.’ Il ne se défendait pas mal, avait de bons réflexes, mais on sentait bien que les appuis sur terre battue, c’était nouveau pour lui.” 

Yaka-Garonfin Koptigan, bibliothécaire de son état, a touché sa première raquette à l’âge de 29 ans. Un an plus tard, c’était le meilleur joueur de son pays, un statut qu’il a conservé suffisamment longtemps pour devenir une légende nationale. “C’était un modèle pour nous”, abonde Komlavi Loglo. Mais le court en terre battue est réservé à une élite de pays riches, et l’adaptation à la surface ocre prend deux bonnes manches, ce qui permet aux jeunes Mauriciens de creuser l’écart. “On est restés sérieux. C’était la Coupe Davis quand même”, conclut Guillaume Desvaux.

Pourquoi on ne le verra plus : il y a peu de chances que l’on voie à nouveau un néophyte presque sexagénaire découvrir une surface. Car les petites fédérations, comme celle du Togo, vont bénéficier de la réforme voulue par Kosmos (le fonds d’investissement qui a racheté la Coupe Davis), qui leur alloue davantage d’argent. Normalement, le Togo aura les moyens de faire venir quatre joueurs dignes de ce nom. Et qui sait, un jour, les “petits” pays auront des infrastructures au niveau. Demandez à l’Andorran Jean-Baptiste Poux-Gautier quel souvenir il garde de son déplacement en Ouganda : “C’était un match sur terre battue, mais il n’y avait pas de lignes peintes. A chaque changement de côté, il y avait un pauvre type qui les retraçait à la craie.”

Saint-Marin n’alignera plus un gamin de 13 ans 

Les guiboles qui flageolent ? Même pas. Quand Marco de Rossi se présente sur le court du Tennis Club Jug-Skopje, en Macédoine, quelques personnes ont pris place dans les gradins, des travées de cinq ou six rangées, guère plus : les proches des joueurs qui ont eu le courage de s’infliger le déplacement, une poignée de curieux, qui ont préféré le tennis au stade de football tout proche, et les chiens errants qui se baladent dans les rues.

Pourtant, Marco de Rossi n’a que 13 ans au moment de disputer son premier match de Coupe Davis, sous les couleurs de Saint-Marin. Dans le plus petit Etat d’Europe (32 000 habitants, autant qu’à Cambrai, pour vous donner une idée), enclavé en territoire italien, on est conscient de disposer d’un vivier limité. Quand on a un jeune qui figure parmi les meilleurs de sa catégorie en Europe, on lui donne sa chance. Tout de suite. Et tant pis pour le règlement de la fédération internationale (l’ITF), qui fixe une limite basse à 14 ans pour participer à l’épreuve. “On leur a envoyé la liste trois ou quatre semaines avant l’échéance, se défend Nicola Lombardini, de la fédération saint-marinaise. On s’est dit que ça passerait dans la mesure où Marco allait fêter son quatorzième anniversaire dans quelques jours. C’est l’année en cours qui compte. Et comme l’ITF n’a fait aucune remarque…”

Le tennisman saint-marinais Marco de Rossi.Le tennisman saint-marinais Marco de Rossi. (FEDERAZIONE SANMARINESE TENNIS)

Marco de Rossi n’a même pas pu crâner en classe au moment d’être convoqué. “Ici, ce n’est pas inhabituel d’être appelé très jeune en sélection nationale. J’avais d’autres camarades appelés dans les équipes nationales de basket et de foot, donc je n’ai pas vraiment fait de jaloux.” Et après avoir frôlé la double roue de bicyclette (0-6, 1-6), il n’en était plus vraiment question. “J’étais très nerveux dès l’échauffement. En match, j’ai tenté de jouer mon jeu du mieux possible.”

En face, l’Andorran Jean-Baptiste Poux-Gautier se souvient de sa surprise en voyant arriver une “crevette” sur le court : “Il n’était pas bien grand. Il souffrait d’un manque de puissance assez conséquent.” Andorre et Saint-Marin étant coincés dans la division la plus basse du groupe mondial, nos deux duettistes ont joué l’un contre l’autre à de nombreuses reprises. “Je l’ai vu grandir, sourit Jean-Baptiste Poux-Gautier. Il a progressé. Dès l’année suivante, je ne lui mettais plus que 6-2, 6-1.”

Pourquoi on ne le verra plus : depuis que l’affaire a été sortie par le New York Times (article en anglais) en 2014, on imagine mal l’ITF faire de nouvelles dérogations à l’âge minimal. Notez que le record du plus vieux joueur est aussi détenu par un Saint-Marinais, Vittorio Pellandra, 66 ans, homme d’affaires à la retraite et capitaine de l’équipe. Suppléant un joueur victime de la chaleur, il n’a pu jouer que trois jeux avant de se faire mal à la cheville lors d’un double face à l’Egypte : “C’est tellement dommage, on était en direct sur la télé nationale. Petite consolation : je pense que mon record va tenir un bout de temps.”

L’Autriche n’accueillera plus la France dans un hangar d’aéroport

Le hangar de l\'aéroport de Vienne où l\'Autriche a accueilli la France en Coupe Davis, le 2 mars 2011.Le hangar de l’aéroport de Vienne où l’Autriche a accueilli la France en Coupe Davis, le 2 mars 2011. (SAMUEL KUBANI / AFP)

En Autriche, on a de bons joueurs, mais pas forcément d’infrastructure pour les accueillir. “Le temps que le tirage de la Coupe Davis se fasse, les rares salles disponibles sont déjà prises par d’autres évènements”, constate le manager Ronnie Leitgeb. En 1990, l’Autriche a ainsi accueilli l’équipe américaine sur le terrain du stade Ernst-Happel de Vienne, le terrain de jeu des footballeurs. En 1994, un chapiteau pouvant accueillir 11 000 personnes est bâti pour le derby Autriche-Allemagne. Et en 2011, quand le sort désigne la France, les autorités jettent leur dévolu sur… un gigantesque hangar de l’aéroport de Vienne. “C’est mon idée”, sourit Ronnie Leitgeb, qui a fait jouer ses relations avec Niki Lauda, ex-pilote de F1 devenu patron de compagnie aérienne, pour récupérer l’endroit. “Une fois que vous enlevez les avions qui s’y trouvent, vous obtenez une salle aux dimensions parfaites, entièrement personnalisable.” 

Si les joueurs bénéficient d’un accès VIP, les spectateurs subissent les mêmes procédures de sécurité que s’ils prenaient l’avion, avant d’être acheminés dans la salle par une navette. Niveau acoustique, c’est très spécial, confirment les joueurs. “On entendait les avions atterrir et décoller. Mais ça ne pouvait pas être pire qu’à l’US Open [où des Boeing 747 passent juste au-dessus des courts new-yorkais] car le hangar se trouvait dans une zone lointaine de l’aéroport”, se souvient Stefan Koubek, qui disputait là son dernier match avec l’Autriche.

Le Français Michaël Llodra se souvient d’avoir été impressionné en pénétrant dans les lieux. “C’était immense. Et ça résonnait beaucoup. C’est pour ça qu’on arrive toujours quelques jours avant pour s’acclimater.” En parlant de climat, à Vienne, au mois de mars, le mercure a du mal à décoller. “Il faisait froid, insiste Llodra. Ils avaient mis un peu de chauffage. Mais pour accéder aux vestiaires – des préfabriqués –, on devait ressortir.” 

Le tennisman français Michaël Llodra (à gauche) au filet, en compagnie de son partenaire Julien Benneteau, le 5 mars 2011, dans un hangar de l\'aéroport de Vienne (Autriche). Le tennisman français Michaël Llodra (à gauche) au filet, en compagnie de son partenaire Julien Benneteau, le 5 mars 2011, dans un hangar de l’aéroport de Vienne (Autriche). (RONALD ZAK/AP/SIPA / AP)

Pourquoi on ne le verra plus : désormais, le premier tour de Coupe Davis, qui continue à se dérouler dans les pays concernés, ne s’étale plus que sur deux jours. “C’est trop juste pour rentabiliser la location de lieux pareils, déplore Stefan Koubek. Pour le hangar, les travaux pour en faire une salle de tennis avaient immobilisé les lieux pendant deux semaines. L’équation économique ne tient plus dans la nouvelle formule de la compétition.”

Les Etats-Unis ne se déplaceront plus en Roumanie avec leurs policiers d’élite

“Des gens armés. Partout. Tout le temps.” 13 octobre 1972, dans la salle de restaurant de l’hôtel Intercontinental de Bucarest (Roumanie), l’équipe américaine de Coupe Davis prend son petit-déjeuner. Quatre joueurs, le capitaine, l’équipe technique et une armée de gardes du corps. Un mois plus tôt, le groupe terroriste palestinien Septembre noir faisait un carnage dans l’équipe olympique israélienne. Sa prochaine cible déclarée : l’équipe américaine de Coupe Davis, qui compte deux joueurs juifs : Harold Solomon et Brian Gottfried. Ce dernier raconte à franceinfo ses souvenirs de cette finale particulière. “Nous n’avions pas particulièrement peur à l’époque. On était jeunes. On était cons. Cela dit, le niveau de sécurité aurait été dix fois plus important de nos jours.”

Quand même : les policiers d’élite du Swat, l’équivalent du Raid aux Etats-Unis, campent sur le toit de l’immeuble. Autre mesure radicale, le 17e étage de l’hôtel est entièrement privatisé pour les Américains qui n’ont pas le droit de mettre le nez dehors. Enfin presque. “Avec Harold, nous avions mis au point un stratagème, se souvient Brian Gottfried. Pour semer nos anges gardiens, nous sommes sortis dans la rue, et nous avons couru très vite dans des directions opposées. A 21 ans, on est persuadé d’être invincible.” 

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Les Américains ont beau gagner la finale grâce aux nerfs d’acier de Stan Smith, ils sont exfiltrés peu après la balle de match victorieuse par le service de sécurité. Septembre noir oblige. Juges de ligne partiaux obligent. Public hostile oblige. Pour les images de joie, de champagne qui vole et de trophée brandi, on repassera. “Je crois qu’on a rempli le trophée de champagne pour en boire une gorgée, mais à l’hôtel seulement, avance Brian Gottfried, qui doit longuement réfléchir pour faire remonter des bribes de souvenirs. Mais je n’en suis pas sûr.”

Au retour à Washington, une petite réception à la Maison Blanche pour saluer comme il se doit cette victoire contre le communisme ? Hors sujet : les Etats-Unis de Nixon et la Roumanie de Ceausescu sont en plein rapprochement diplomatique. Un petit défilé sur une artère de la capitale ? Pas vraiment, non. “A l’époque, la Coupe Davis n’avait pas l’importance qu’elle a aujourd’hui. Le match n’était même pas télévisé…”

Pourquoi on ne le verra plus : la politique a petit à petit disparu de la compétition. Une seule exception récente : la rencontre entre la Suède et Israël, en 2009, disputée dans une Baltic Hall de Malmö déserte en raison de la présence de manifestants protestant contre la politique de l’Etat hébreu à Gaza.

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Avec l’externalisation des phases finales dans un lieu unique, le risque que les manifestants fassent le voyage pour protester contre la présence d’une équipe est très réduit.

Le Paraguay ne fera plus jouer la France sur du parquet vitrifié

La quintessence du traquenard, on la trouvait au Paraguay dans les années 1980. A l’époque, l’équipe est composée du flamboyant Victor Pecci, le beau gosse qui a importé le diamant à l’oreille dans le monde de la petite balle jaune, et de Francisco Gonzalez, un honnête joueur qui ne met les pieds au pays que pour disputer la Coupe Davis. Après concertation, Pecci & co décident de faire bâtir un terrain avec une surface improbable, faute de tomber d’accord sur la terre battue comme tous les autres pays sud-américains. Va pour un parquet vitrifié façon basket. “C’était notre idée, notre stratégie”, se gargarise Pecci (un temps devenu ministre des Sports de son pays). Le président-dictateur de l’époque, Alfredo Stroessner, donne son feu vert et baptise la salle à son nom. Le message est clair : le petit Paraguay doit briller dans cette forteresse sans air conditionné et aux fenêtres rares.

Avoir un court unique au monde constitue un avantage redoutable. Les joueurs français se sont bien entraînés sur l’unique court en bois de France avant la confrontation de 1985, mais ce dernier n’est pas vitrifié, ce qui réduit à néant tous leurs efforts.

Et la chaleur de plomb pèse autant sur les organismes. Imaginez une salle surchauffée, avec 3 000 personnes dans les gradins qui ne devraient en accueillir que la moitié, et des matchs qui démarrent à 18 heures pour se finir aux petites heures du matin. “Moi aussi j’étais déshydraté et j’avais des crampes lors du match contre Noah”, se défend Pecci.

L’affrontement est dantesque. A l’époque, le tie-break n’existe pas en Coupe Davis, et Pecci se débarrasse de Noah en gagnant le deuxième set 15-13 et la cinquième manche 10-8. “Ce match contre la France a été le plus difficile de tous ceux que j’ai joués dans ma carrière. Face à Noah, la rencontre a duré six heures.” Le vainqueur de Roland-Garros 1983 essuiera, en plus, quelques jets de capsules de bière et des quolibets liés à la couleur de sa peau. Mais ce match consacre le statut du Paraguay comme forteresse imprenable du tennis mondial. Après la Tchécoslovaquie de Lendl en 1983, ce sont les Etats-Unis qui y mordront la poussière en 1987. Pecci demeure à tout jamais invaincu sur cette drôle de surface.

Le tennisman paraguayen Victor Pecci lors de la finale de Roland-Garros, le 8 juin 1979, à Paris.Le tennisman paraguayen Victor Pecci lors de la finale de Roland-Garros, le 8 juin 1979, à Paris. (AFP)

Pourquoi on ne le verra plus : après des expériences improbables – un court en plexiglas en Tchécoslovaquie en 1990, une surface ultra-rapide pour la finale Russie-Etats-Unis en 2007 – la fédération internationale décide de sévir et impose des normes pour les surfaces. Fini les traquenards et l’avantage du petit qui reçoit le gros. “A mon avis, on a fait disparaître la tradition et ce qui faisait le sel de la Coupe Davis”, déplore Victor Pecci. Désormais, les nations n’auront plus le choix de la surface, la finale se déroulant dans un lieu unique.


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