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En Afrique, la Première guerre mondiale a duré jusqu’au 23 novembre

GEOPOLIS –

1914, les empires européens comptent leurs forces en Afrique. Dans le partage de ce continent, l’Allemagne est loin derrière la France et le Royaume-Uni. Ces deux pays vont se jeter militairement sur les possessions allemandes (Togo, Cameroun, Namibie, Tanzanie), loin du droit à l’autodétermination, vanté par l’allié américain. En Afrique, la guerre ne se termine que le 23 novembre 18.

L’Allemagne de Bismark s’était longtemps opposée à la colonisation. Résultat à la veille de la guerre de 14, ses possessions africaines, qui avaient pour nom Kamerun (Cameroun), Togoland (Togo),Süd-West Africa (Namibie) et Deutsch-Ost Africa (Tanzanie), faisaient figure de confettis en comparaison de celles de ses ennemis, France et Royaume-Uni notamment. Le premier conflit mondial accentuera encore la domination anglo-française sur le continent.

Dès le début de la Première guerre mondiale, Français et Britanniques font de leur empire un atout militaire, important matériaux et des centaines de milliers d’hommes, alors que l’Allemagne ne fait «pas venir un seul soldat des colonies allemandes, ni la moindre marchandise stratégique», selon l’historien allemand Michael Pesek

Français et Anglais attaquent au Togo

Si les Allemands ne font pas entrer leurs territoires africains dans la guerre, les Franco-Anglais le font dès le début du conflit. La petite colonie allemande du Togo (devenue officiellement possession allemande en 1885 lors d’un accord européen) ne compte quasiment aucune force militaire à l’exception de quelques policiers. Dès le 6 août 1914, les soldats français entrent en territoire togolais depuis le Dahomey (l’actuel Bénin) tandis que les Anglais attaquent en venant de l’Ouest. Les faibles forces allemandes ne peuvent faire face et leur reddition est actée le 26 août.

Ce facile succès ne se répétera pas dans les autres colonies… malgré une supériorité militaire écrasante des alliés. Au Cameroun, la guerre commencée dès le 5 août 1914 durera jusqu’en février 1916 pour obtenir la défaite allemande. Les troupes coloniales ne disposent que de peu d’hommes et de peu de matériel. Elles comptent beaucoup sur des armadas de porteurs pour progresser. «Des centaines d’entre eux meurent au cours de cette campagne militaire, sans qu’un bilan ne puisse être établi», rappelle France 24. 

En Namibie, la colonie allemande (qui au début du XXe siècle a pratriqué un génocide) est rapidement prise par les troupes sud-africaines de l’empire britannique. Les combats cessent le 9 juillet 1915, non sans que cet engagement ne suscite une dernière révolte des Boers. 

En Afrique de l’Est, la guerre continue après le 11 novembre

Alors que la conquête des territoires allemands situés à l’ouest de l’Afrique a été relativement aisée, ce sera une tout autre affaire dans l’est du continent. «Durant les quatre années du conflit, les forces alliées britanniques, belges et portugaises ne parviennent pas à battre l’armée allemande du commandant Lettow-Vorbeck qui réussit à conserver la capacité combative de son armée en menant une incessante campagne de guérilla», note Georges Brun.

Pourtant, précise l’historien allemand Michael Pesek, «la garnison allemande ne faisait pas le poids sur le papier face à une coalition anglo-portugo-belge. (…) Un débarquement de plus de 8000 soldats dans la ville portuaire de Tanga, au nord, en novembre 1914, s’était achevé sur un désastre. Lorsque le général sud-africain Jan Smuts lança son offensive, le 12 février 1916, les Alliés disposaient de plus de 70.000 soldats indiens, britanniques et sud-africains. Face à eux, côté allemand, environ 14.000 hommes, majoritairement originaires d’Afrique orientale», des soldats appelés les Askaris.

Cette guerre, largement méconnue (si on excepte le très romantique African Queen, film réunissant Humphrey Bogart et Katharine Hepburn de John Huston ou le roman de William Boyd Comme neige au soleil), est cependant sanglante. Selon des historiens, plus de 45.000 habitants de ce qui est aujourd’hui le Kenya seront tués, soit environ 12% des hommes du pays à l’époque. Un nombre sous-évalué, affirment même certains. Aucun chiffre n’existe sur le nombre d’Africains tués dans les rangs des troupes allemandes qui recrutaient dans leur colonie est-africaine, comprenant alors le Tanganyika – l’actuelle partie continentale de la Tanzanie – et les actuels Rwanda et Burundi.

Dans cette région, la guerre continue même après le 11 novembre 1918, puisque Lettow-Vorbeck ne se rend aux forces britanniques que le 23 novembre.

Colonies allemandes en Afrique avant 1914-1918
Extrait d’une carte publiée par «Le Petit Journal» du 2 mars 1919 montrant les colonies allemandes et françaises en Afrique. © Le Petit journal / RetroNews-BnF / BnF-Partenariats

«Des peuples non encore capables de se diriger eux-mêmes» 
La guerre en Afrique n’a en rien ressemblé aux massacres des tranchées qui ont symbolisé la guerre de 14-18. En Afrique, les forces en présence étaient très faibles, les espaces immenses et les armements limités, notamment dans l’utilisation de l’artillerie.

Comme nous l’avons déjà vu, le manque d’infrastructures et les difficultés du terrain étaient en partie compensés par l’emploi massif de porteurs africains. «A la fin de la guerre, ce sont environ 100.000 porteurs qui étaient morts d’épuisement, de maladies et de faim. Quelques historiens font même des estimations allant jusqu’à 300.000 victimes», selon Michael Pesek. En revanche, les pertes militaires de soldats coloniaux furent relativement limitées. Les chiffres les plus extrêmes évoquent quelques milliers de soldats britanniques (jusqu’à 20.000) et environ 2000 Allemands.

Après guerre, le statut colonial n’évolue pas. Dans les ex-colonies allemandes, Français et Britanniques s’installent. Ils ont obtenu avec le traité de Versailles les colonies allemandes (article 119 du traité: «L’Allemagne renonce, en faveur des principales puissances alliées et associées, à tous ses droits et titres sur ses possessions d’outre-mer»). On est loin des positions défendues par le président américain Wilson en faveur du droit à l’autodétermination…

Après la guerre, les colonies allemandes sont donc confiées à la SDN, l’ancêtre de l’ONU… qui les rétrocède aux puissances coloniales qui sont sorties vainqueurs de la guerre sous le prétexte que les ex-territoires allemands sont «habités par des peuples non encore capables de se diriger eux-mêmes dans les conditions particulièrement difficiles du monde moderne» (article 22 de la SDN).

La SDN revendique la mission civilisatrice des colonisateurs: «Le bien-être et le développement de ces peuples forment une mission sacrée de civilisation (…). La meilleure méthode de réaliser pratiquement ce principe est de confier la tutelle de ces peuples aux nations développées qui, en raison de leurs ressources, de leur expérience ou de leur position géographique, sont le mieux à même d’assumer cette responsabilité». La Belgique se voit attribuer le «Ruanda-Urundi», la France une partie du Cameroun et du Togo qu’elle partage avec le Royaume-Uni, qui récupère aussi le Sud-Ouest africain (Namibie) passé sous la domination de l’Afrique du Sud et le Tanganyika (aujourd’hui Tanzanie).


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