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Nouveaux musées, projets éducatifs… L’Afrique se prépare au retour de ses œuvres d’art

La présidence française a annoncé vendredi soir qu’elle allait restituer “sans tarder” 26 oeuvres réclamées par les autorités du Bénin, prises de guerre de l’armée française en 1892, après la remise du rapport de Felwine Sarr et Bénédicte Savoy qui propose une évolution de la législation sur le sujet des oeuvres d’art pillées ou mal acquises avant et pendant la colonisation.
 
Ces pays ont entamé la rénovation d’un réseau de musées datant de l’époque coloniale et engagé d’ambitieux projets de nouveaux établissements. Pour le moment, les collections dans les musées nationaux africains excèdent rarement 3.000 oeuvres, souvent de peu de valeur artistique. Mais du musée des civilisations à Abidjan au futur musée national flambant neuf qui doit ouvrir dans quelques semaines à Libreville, l’Afrique ne manque pas d’endroits pour accueillir le retour de ses oeuvres d’art.

Ça ne se fait pas à la va-vite

Pour le Béninois Alain Godonou, responsable des questions du patrimoine pour la nouvelle agence nationale de promotion du tourisme du Bénin et ancien directeur du département des objets culturel pour l’UNESCO, qui travaille sur cette question depuis plus de 30 ans, il faut prendre le temps de la réflexion.
 
Le Bénin, petit pays d’Afrique de l’Ouest, ex-Dahomey, abritait le royaume d’Abomey (1600-1894), et des richesses inestimables, dont le trône du roi Glélé (1858), qui fait partie des pièces maîtresses des 70.000 objets africains désormais conservés au musée du Quai Branly-Jacques Chirac de Paris.
 
“Conserver des butins de guerre dans des pays qui sont désormais amis et qui collaborent, ça n’a pas lieu d’être”, confie à l’AFP Alain Godonou. “Mais ça ne se fait pas à la va-vite, il faut s’entretenir avec les conservateurs, les législateurs. On avance, mais il reste énormément à faire.”

La question de la conservation n’est plus tabou en Afrique

“Les objets, on ne veut pas les avoir pour les avoir”, poursuit-il. “Il nous faut des projets d’appropriation de notre patrimoine”. Cela passe par des projets éducatifs, mais aussi par une réhabilitation des musées. Le problème de la conservation, qui a justifié pendant de nombreuses années le statu-quo sur cette question sensible, n’est plus tabou et sur le continent. On reconnaît volontiers le problème.
 
Au Bénin, cinq musées sont en chantier dont celui des Rois d’Abomey et des Amazones, en hommage à l’ancien régiment militaire entièrement féminin du Dahomey, qui devrait ouvrir ses portes en 2020.
 
Pour Ousmane Aledji, chargé du patrimoine pour la présidence béninoise, “nous ne sommes pas dans la réclamation violente, mais nous voulons mettre en place des mesures d’accompagnement pour des restitutions progressives”.

De nouveaux musées

Même discours à Abidjan, où la directrice du musée des Civilisations de Côte d’Ivoire, Silvie Memel Kassi, reconnaît que “ce n’est pas un mal en soit qu’ils aient été conservés et répertoriés en France”. Le musée des Civilisations a rouvert en juillet 2017 après deux ans de fermeture et des pillages pendant la crise post-électorale en 2011. Il a fait peau neuve avec un éclairage moderne, une salle de conférences, un restaurant et un jardin extérieur.
 
A Dakar, le musée des civilisations noires (MCN), dont l’inauguration est prévue le 6 décembre, sera prêt, un jour, à accueillir les oeuvres, assure son directeur. “Nous avons des réserves opérationnelles qui peuvent accueillir de pareils objets”, explique Hamady Bocoum, soulignant toutefois que les oeuvres n’ont pas forcément vocation à finir dans un musée, mais appartiennent également à des communautés, qui pourront “décider de les remettre dans les autels des ancêtres”.
 
Parmi les projets de nouveaux musées, le Gabon achève actuellement la rénovation d’un ancien bâtiment colonial qui a longtemps servi d’ambassade des Etats-Unis à Libreville pour y ouvrir un tout nouveau musée national.
 
 

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