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“Implant Files” : le professeur Lantieri réclame l’interdiction de certaines prothèses mammaires

L’insuffisance des réglementations sur les dispositifs médicaux démontrée par l’enquête sur les “Implant Files” concerne notamment certains types d’implants mammaires. Le professeur Laurent Lantieri tire la sonnette d’alarme à ce sujet et réclame l’application du “principe de prévention”.

“On nous bassine tous les jours avec le principe de précaution, là ce n’est même pas un principe de précaution, c’est un principe de prévention”, se désole le professeur Laurent Lantieri. Face au risque pour les femmes de développer un lymphome rare, le LAGC, il demande un moratoire sur les prothèses macrotexturées, comme le modèle Biocell de la marque Allergan, l’une des plus utilisées en France. Ce risque fait partie des révélations des “Implant Files”, investigation menée par le consortium international de journalistes d’investigation (ICIJ), à laquelle participe la cellule Investigation de Radio France.

>> Lire aussi : “Implant Files” : face à la recrudescence de cancers liés aux prothèses mammaires, l’inertie des autorités sanitaires

Laurent Lantieri a été associé par les autorités sanitaires à la gestion du scandale des implants mammaires PIP. Dans son service, il pratique une technique de reconstruction mammaire, le DIEP, sans prothèse.

franceinfo : Le lymphome anaplasique à grandes cellules n’est plus, selon vous, une maladie rare ?

Laurent Lantieri : Non. On a 50 cas en France [56 cas au 24 novembre 2018, NDLR], contre 40 l’an dernier. Ça représente 10 nouveaux cas pour 60 000 prothèses posées en un an, environ. Sur ces prothèses mammaires posées, moins de la moitié sont des macrotexturées. Donc si vous considérez qu’il y a 10 nouveaux cas pour 30 000 macrotexturées, ça fait 1 sur 3 000. Quand vous mettez une prothèse dans un corps humain et que vous avez une chance sur 3 000 de contracter un cancer, pourquoi mettre cette prothèse ? On nous bassine tous les jours avec le principe de précaution, là ce n’est même pas un principe de précaution, c’est un principe de prévention ! Je vais être très clair : il faut interdire les prothèses macrotexturées, que ce soit Allergan ou une autre marque. Il ne faut pas se poser de question.

Les prothèses macrotexturées sont-elles toujours utilisées dans des centres de lutte contre le cancer ?

Oui. Nous en utilisons toujours dans notre hôpital [l’hôpital européen Georges-Pompidou, NDLR]. Quand j’ai dit il y a deux ou trois ans que je ne voulais plus qu’on en pose dans le service, on m’a répondu : “Oui, mais c’est ça qu’on a dans le marché public”. J’ai dit : “C’est hors de question. Je ne veux pas de macrotexturées. Vous ne pouvez pas me forcer, sous prétexte du code des marchés publics, à mettre ces prothèses dont je pense qu’elles sont nocives.” Il a fallu que je me batte pour faire des exceptions à la règle.

Pourquoi en France la prothèse macrotexturée est-elle beaucoup plus répandue qu’aux États-Unis ?

Cela vient de la pression qu’on nous a mise. On nous a expliqué par exemple que, grâce aux prothèses texturées, on n’aurait plus de phénomènes de coques [déplacement de la prothèse dans le sein, NDLR]. C’était faux. Ensuite on nous a dit que les prothèses macrotexturées avaient un effet “velcro” qui permettait que la prothèse bouge moins une fois implantée dans le corps. C’est totalement faux. On n’a rien qui nous prouve ce qui a été affirmé là. Il y a eu une pression énorme pour qu’on pose ces prothèses, il y a eu des key opinion leaders [des leaders d’opinion, NDLR] qui ont été payés largement pour diffuser la bonne parole, pour inviter les médecins dans les congrès, etc. Mais il ne faut pas jeter l’opprobre sur les médecins. Le problème, ce sont nos autorités régulatrices.

Qu’ont fait les autorités sanitaires françaises depuis la découverte du lien entre implants mammaires et lymphome ?

Pour moi, rien. On fait des réunions tous les ans, pour constater la même chose que l’année précédente. Dans ces réunions, on nous présente des PowerPoint, les uns derrière les autres et quand nous, médecins, disons : “Dans notre service, on a tel cas, on a tel autre cas”, les autorités sanitaires nous répondent : “Oui, oui, on va se réunir, on va réfléchir” et l’année suivante on a de nouveau un PowerPoint et il n’y a rien qui se passe… Mais rien du tout !

Faut-il explanter les femmes qui ont dans le corps des prothèses mammaires macrotexturées ?

Non. Il faut surveiller ces femmes, leur faire faire des IRM. Si le lymphome est repéré précocement, les patientes guérissent. Donc, je ne pense pas qu’il faille explanter toutes les patientes, sauf si elles présentent des signes. Par contre, ce dont je suis certain, c’est qu’il faut arrêter d’en poser.


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