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“Implants Files” : comment savoir si vous êtes porteur d’un implant défectueux ou à risque ?

Le consortium international de journalistes d’investigation, qui révèle les failles de sécurité autour de ces dispositifs médicaux, a créé une base de données internationale à destination des patients. 

“J’ai toujours entendu dire [mes prédécesseurs] que les futurs scandales sanitaires viendraient des implants.” La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a pris la mesure de la déflagration provoquée par les révélations du consortium international de journalistes d’investigation (ICIJ) sur ces dispositifs médicaux implantés dans le corps de millions de patients dans le monde. Ils sont “moins bien protégés que s’ils avalaient un comprimé de paracétamol”, a fait valoir de son côté Annaïck Le Goff, ancienne juge au pôle de santé publique du tribunal de grande instance de Marseille, dans Le Monde, partenaire, comme Radio France et “Cash Investigation”, de cette enquête planétaire. 

Comment savoir si vous êtes porteur de l’un de ces implants défectueux et mal contrôlés ? Vers quel organisme se tourner ? Franceinfo vous donne quelques clés. 

De quels implants parle-t-on ? 

On parle ici des dispositifs médicaux implantables dans le corps via un acte chirurgical. Ils sont classés en deux catégories, selon le risque qu’ils représentent : la classe IIb (implants passifs utilisés en orthopédie traumatologique ou en ophtalmologie par exemple) et la classe III (implants actifs en interaction avec le système cardio-circulatoire central ou le système nerveux central, implants mammaires, prothèses de hanche, d’épaule ou de genou…). 

L’enquête de l’ICIJ a établi que certains implants étaient plus problématiques que d’autres. Aux Etats-Unis, les implants le plus souvent mis en cause sont, selon Le Monde, les pompes à insuline équipées d’un capteur de glycémie (environ 421 000 incidents, dont 1 518 morts et 95 584 blessés) et les dispositifs qui causent le plus de décès sont les appareils de dialyse automatisée en cas d’insuffisance rénale, avec 2 624 décès en dix ans. 

Les remontées sur certains implants vaginaux sont également inquiétantes. L’implant contraceptif Essure avait déjà fait parler de lui. Désormais, l’attention se porte sur les dispositifs médicaux utilisés pour traiter la descente d’organes et l’incontinence urinaire chez la femme, qui font déjà l’objet d’un moratoire en Australie et en Grande-Bretagne. Aux Etats-Unis, la prothèse vaginale Prolift vaut déjà à son fabricant Ethicon des dizaines de milliers de plaintes. “Je suis morte en 2010”, témoigne ainsi dans le reportage de “Cash Investigation” Natacha Brunet, implantée cette année-là de la prothèse Prolift et souffrant depuis le martyre. Enfin, les prothèses mammaires, notamment les implants texturés, sont dans le viseur depuis plusieurs années.

Comment utiliser la base de données créée par les journalistes ? 

Afin de pallier à l’absence de base de données internationale fiable sur ces produits commercialisés comme des marchandises, et non comme des médicaments, le consortium de journalistes a créé son propre fichier, consultable par tous. Il est accessible ici. Le site est actuellement en anglais mais Le Monde doit en publier bientôt une version française. 

Pour savoir si votre implant a fait l’objet d’une alerte ou d’un rappel quelque part dans le monde, le mieux est de saisir la marque si vous la connaissez (“Essure” par exemple). Sinon, saisissez le nom en anglais du dispositif. Si vous portez un stimulateur cardiaque, tapez “pacemaker”, une valve cardiaque, “heart valve”, un tuteur vasculaire, “stent”, une prothèse mammaire, “breast prosthesis”, ou un implant vaginal, “vaginal”, tout simplement. La liste des produits incriminés et des incidents répertoriés par pays apparaîtra, avec la date. Si vous avez du mal à y voir clair, vous pouvez aussi écrire au collectif de journalistes à cette adresse : contact@icij.org 

Que faire si vous ignorez la marque de votre implant ? 

Comme l’indique Europe 1, il est fréquent que les patients ignorent tout de l’origine du dispositif qui leur a été implanté. En théorie, la marque, le nom, le numéro de série et de lot du dispositif utilisé par le chirurgien doivent figurer dans votre dossier médical, rappelle la radio. Si ce n’est pas le cas, il faut se tourner vers votre chirurgien.

Depuis 2006, il est tenu d’inscrire dans votre dossier médical toutes les données relatives à la traçabilité des implants. “Mais la consigne est peu respectée. Une enquête menée en 2014 par la direction générale de l’offre de soins (DGOS) montre, par exemple, qu’en Ile-de-France, moins d’un établissement sur deux dispose d’un document précis à remettre aux malades à leur sortie. Un constat inquiétant, car ce papier est le seul moyen pour le patient de savoir s’il est concerné en cas de problème sur un implant”, constate Le Monde. Selon le quotidien, “un établissement sur dix ne dispose d’aucune base de données informatique permettant de retrouver rapidement un patient à partir du numéro de lot de l’implant, et inversement”.

Dernière option pour un patient concerné, se renseigner auprès de la pharmacie centrale de l’hôpital, par laquelle transite normalement tout le matériel acheté par l’établissement. Reste qu’en pratique, “les industriels gèrent souvent directement les stocks d’implants dans les blocs”, relève dans Le Monde Patricia Le Gonidec, la pharmacienne qui coordonne les travaux de l’Observatoire du médicament, des dispositifs médicaux et de l’innovation thérapeutique (Omedit). En clair, les fabricants fournissent directement le matériel au chirurgien, sans passer par la pharmacie, afin de gagner du temps, voire livre en catimini des produits non-homologués. Il faut alors espérer que le chirurgien en question ait noté les références du dispositif implanté.


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