Publicités

Experts tués en RDC : l’enquête qui dérange aux Nations unies

Par Joan Tilouine

« Congo Files » (2/2). « Le Monde » et plusieurs autres médias ont eu accès à des milliers de pages de documents confidentiels des Nations unies sur le double assassinat en 2017 en République démocratique du Congo.

« Le monde n’est pas vraiment beau. Et parmi des jeunes hommes et des jeunes femmes qui veulent le rendre meilleur, certains perdent la vie. Vous n’êtes pas les seuls dans ce cas. » Cette vision du monde sans états d’âme est celle de Gregory B. Starr. Le chef du comité d’enquête des Nations unies s’est rendu dans la ville suédoise de Kalmar en cette fin du mois de juillet 2017 pour rencontrer Maria et Elizabeth Morseby. La mère et la sœur de la Suédo-Chilienne Zaida Catalan, experte des Nations unies tuée quatre mois plus tôt avec son collègue américain Michael Sharp dans la province tourmentée du Kasaï-Central, au cœur de la République démocratique du Congo (RDC), espèrent sans trop y croire le convaincre d’exiger une enquête indépendante.

Lire le premier épisode des « Congo Files » : Dans les méandres de l’enquête sur les experts de l’ONU tués en RDC

L’homme s’exprime d’une voix froide avec l’aplomb d’un vieux diplomate fier de sa carrière de quarante ans et qui ne change pas de ton lorsqu’il s’exprime devant une famille en deuil. Le corps de Zaida Catalan a été retrouvé. Pas sa tête, coupée. « Je crois sincèrement qu’ils n’avaient pas l’entraînement approprié et qu’ils ne comprenaient pas les risques qu’ils prenaient », lâche-t-il.

Insensible, M. Starr se lance dans un laïus de plus de deux heures. Il disserte sur « la brutalité qui continue de sévir en Afrique », partage ses analyses géopolitiques et sa vision de l’ONU. Il ne se soucie guère de la fragilité des femmes qui lui font face et qui l’écoutent doctement tout en l’enregistrant, à son insu. Un document sonore auquel nous avons eu accès. « Nous mettions déjà en cause son objectivité, confie aujourd’hui Elizabeth Morseby. Pour nous, il était évident que M. Starr avait une stratégie. »

Chez les Morseby, Gregory B. Starr vient livrer sa vérité. Il rentre de RDC où il a été dépêché dix jours par le secrétaire général des Nations unies, début juin, pour établir les faits sur l’assassinat des deux experts. Le comité d’enquête rendra son rapport confidentiel, le 2 août, soit quelques jours après sa discrète visite à la famille de Zaida Catalan.

Quand les Nations unies avaient annoncé la création de ce comité, l’organisation promettait qu’il irait jusqu’au bout pour chercher les auteurs et les commanditaires de ce crime unique dans son histoire. Toutefois, dans une lettre du 15 août 2017 adressé au Conseil de sécurité, Antonio Guterres revoit les objectifs à la baisse. Ce comité d’enquête est réduit à faire des recommandations pour éviter que l’« incident » ne se reproduise.


Continuer à lire sur le site d’origine

Publicités
Publicités
%d blogueurs aiment cette page :