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“Le tracas de Blaise” remporte la “Pépite d’or” du salon du livre jeunesse de Montreuil

“Le tracas de Blaise” (Atelier du Poisson Soluble), de Raphaële Frier (texte) et Julien Martinière (illustrations) est la Pépite d’Or 2018, décernée par un jury de professionnels. Il fallait la dénicher, cette pépite, dans les 7000 nouveautés publiées dans l’année.

“Je suis très émue”, souffle Raphaële Freier en recevant la Pépite d’Or. “Ce que j’avais besoin de dire avec ce livre, c’est que quand la vie n’a plus de sens, que l’on ne sait plus où l’on va, qu’une lourde peine nous accable, on peut encore faire des choix, chercher un futur heureux”, explique l’auteure. “Dans ce livre, il y a la métamorphose, et cette métamorphose c’est quelque chose qui arrive plusieurs fois dans la vie, et elle permmet d’opérer des changements, d’aller plus loin pour rester heureux”, poursuit-elle. “C’est difficile ce changement. Ce moment intermédiaire est souvent douloureux, comme à l’adolescence, mais ce sont des étapes nécessaires”. 

Les 18 livres en lice pour les Pépites 2018

Les 18 livres en lice pour les Pépites 2018

© Laurence Houot – Culturebox

Et il revient de loin ce Blaise. Les comités de lecture du Salon de Montreuil se sont chargés d’en lire une bonne moitié des nouveautés de l’année,  pour en extraire la crème, 180 ouvrages référencés, qui seront mis en avant sur le salon. Puis un dernier écrémage, pour n’en garder que 18. Six par catégorie (Livre illustré, roman, et bande dessinée).

Le jury de la Pépite d'Or délibère

Le jury de la Pépite d’Or délibère

© Laurence Houot – Culturebox

Retour à l’état sauvage

L’album récompensé cette année par le jury de professionnels est un album audacieux, qui met en scène un personnage adulte, un drôle d’adulte un peu passif, qui dort encore avec une peluche, et se transforme peu à peu en ours. La transformation commence par les pieds, puis gagne peu à peu tout le corps de Blaise. L’homme constate la transformation sans vraiment réagir. Il continue à aller au travail. Un travail qui ne le rend manifestement pas très heureux. Blaise est mal adapté à ce monde, il est maladroit et ce téléphone qui crache sans arrêt le même disque lui tape sur les nerfs. Il râle beaucoup, et sa lente transformation l’empêtre un peu plus dans le décor urbain. Mais la vie continue, jusqu’à transformation complète, et retour à la nature. Blaise est devenu un ours.

"Le tracas de Blaise", Raphaële Frier et Julien Martinière, page intérieure

“Le tracas de Blaise”, Raphaële Frier et Julien Martinière, page intérieure

Cet album au graphisme à la fois délié et complexe, pose de nombreuses questions. Sur l’âge du personnage, d’abord. Est-il un enfant avec une apparence d’adulte, ou bien un adulte resté coincé dans l’enfance, ou bien un enfant devenant adulte, la transformation comme métaphore du passage à la maturité ?

Une autre vision de l’adulte proposée au jeune lecteur

“Ce mélange adulte enfant peut même être ‘malaisant’ par moment”, souligne Christophe Honoré, président du jury, et qui a particulièrement défendu ce livre. Soulevée aussi par cet album, la question du retour au sauvage. “Le retour du sauvage est un thème très actuel, il y a d’ailleurs beaucoup d’essais sur la question en ce moment. Et je trouve que là, il est traité avec un humour discret. Et puis cette manière de montrer l’adulte dans une posture passive, ce n’est pas habituel, et je trouve cela intéressant. C’est une autre vision de l’adulte proposée au jeune lecteur. C’est très fin, très subtil, et aussi très intéressant sur un plan graphique”, estime Michel Abescat (Télérama), membre du jury.”On est dans une tradition anglo-saxonne, cela fait aussi penser aux premiers livres de Tomi Ungerer. Pour moi, c’est le livre de la sélection le plus réussi, dans le sens où c’est celui qui réduit le plus l’espace entre l’intention et la réalisation”, souligne Frédéric Potet (Le Monde), un autre membre du jury. “Je suis très heureux de ce prix”, confie Christophe Honoré, “parce l’album est à la fois plein de références à la littérature jeunesse des années 70-80, mais en même temps il s’inscrit dans un récit d’une modernité, d’une actualité très forte”.

Un livre “familial”

Pour Sylvie Vassallo, directrice du Salon de Montreuil, “ce livre est original et particulièrement bien réussi dans le rapport entre le texte et l’image”. Elle se dit heureuse que la Pépite d’Or soit ce qu’elle appelle un “livre familial”, permettant une lecture partagée entre l’adulte et l’enfant, chacun avec sa compréhension du livre. “Il y a différents niveaux de lecture de l’histoire, mais aussi différents niveaux de lecture de l’image, et ça pour moi c’est ce qui fait la qualité d’un album jeunesse. Cette possibilité de partage et de plaisir et de compréhension différente entre les adultes et les enfants”, estime Sylvie Vassallo.
D’autres livres ont retenu particulièrement l’attention des jurés, comme le roman de Marie Sellier “La peau de mon tambour” (Thierry Magnier), mais aussi “Duel au soleil”, de Manuel Marsol (L’Agrume), “Nous étions dix” de Nine Antico (Albin Michel), ou “Ueno Park” d’Anoine Dole (Actes Sud Junior). “A travers” (Thierry Magnier), de Tom Haugomat, un livre qui raconte une vie à travers des lucarnes, très graphique et presque sans parole, a partagé le jury. “Tous les livres de la sélection sont très bons, mais “Le tracas de Blaise” est vraiment le meilleur”, conclut Sylvie Vassallo.

L’an dernier, c’est l’album “Nos vacances”, de Blexbolex (Albin Michel Jeunesse) qui avait reçu la Pépite d’Or. Un album exigeant et sans parole racontant les vacances d’une fillette dans une narration très élaborée


“Le tracas de Blaise”, Raphaële Frier et Julien Martinière 
(L’atelier du poisson soluble – 16 euros)


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