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Réchauffement climatique : est-il encore possible d’éviter le pire ?

La Conférence sur le climat (COP24) qui s’ouvrira à Katowice, en Pologne, le 2 décembre prochain, s’annonce tendue. Un rapport publié hier par le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) rappelle en effet que les engagements annoncés par les pays signataires de l’accord de Paris — s’ils sont tenus — placent notre planète sur une trajectoire de réchauffement de plus de 3 °C d’ici la fin du siècle. Élimination du CO2 de l’atmosphère et géoingénierie nous aideront-elles à éviter le pire ?

Sur le front de la lutte contre le réchauffement climatique, des progrès sont réalisés tous les jours. Pourtant, les nouvelles ne sont toujours pas bonnes. Nous continuons de battre des records d’émission de CO2. À la veille de l’ouverture de la 24e Conférence sur le climat (COP24), les experts tirent une fois de plus la sonnette d’alarme. « L’écart entre le niveau actuel des émissions et le niveau nécessaire à garder la hausse des températures, ne serait-ce qu’en deçà des 2 °C, est plus grand que jamais », prévient Philip Drost, coordinateur d’un rapport publié hier par le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE).

Nous devons agir rapidement

Sur la base des dernières données disponibles, les pays devraient tripler leurs efforts. Et même le multiplier par cinq s’ils veulent maintenir le réchauffement climatique sous la barre des 1,5 °C. En effet, en l’état actuel des engagements pris par les 196 pays signataires de l’accord de Paris pour diminuer leurs émissions d’ici 2030, le réchauffement global atteindrait… les 3,2 °C d’ici la fin du siècle ! « Il y a tant de chemin à parcourir, et nous devons agir rapidement. Pas dans des décennies. Maintenant ! » souligne Philip Drost.

En 2017, les émissions ont atteint un niveau historique de 53,5 Gt équivalents CO2. Pour  contenir le réchauffement climatique à 2 °C, il faudrait émettre en 2030, au maximum 40 Gt CO2. Or, selon un rapport publié hier par le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), les actions mises en place aujourd’hui, si elles se poursuivent simplement à ce rythme, conduiront à des émissions de… 59 Gt à cette échéance. © UNEnvironment, Twitter

Pomper le CO2 atmosphérique

Pour le GIEC, la réduction des émissions de gaz à effet de serre ne suffira pas, car le CO2 déjà présent dans l’atmosphère est susceptible d’affecter le climat pendant des centaines, voire des milliers d’années. Les climatologues suggèrent donc de recourir à des méthodes d’élimination ou de séquestration du CO2 atmosphérique. Dans ce cadre, et pour commencer par les solutions les plus économiques, procéder au reboisement systématique des forêts endommagées et épuisées apparaît comme une solution opportune. En effet, les arbres piègent naturellement le CO2. Mais ils mettent aussi longtemps à pousser et leur croissance est soumise aux risques de feux de forêts ou de sécheresse. La séquestration du CO2 par les sols — lorsque les plantes qui l’ont absorbé se décomposent — semble plus simple à mettre en œuvre, mais la saturation menace à une échelle de temps très réduite — de 10 à 100 ans seulement.

D’autres solutions sont étudiées par les chercheurs et les ingénieurs. Bioénergie avec capture et stockage de carbone (BECCS), minéralisation du CO2, capture directe, fertilisation des océans, etc. Mais qu’il s’agisse de leur coût ou de potentiels dommages collatéraux, aucune ne semble aller sans son lot d’inconvénients.

La géoingénierie devient techniquement envisageable

En parallèle, les chercheurs étudient la possibilité de mettre en œuvre des solutions dites de « géoingénierie », des techniques qui seraient mises en œuvre à l’échelle de la planète dans l’objectif de contrer le réchauffement climatique. Des travaux menés par des chercheurs américains concluent que certaines de ces solutions sont aujourd’hui techniquement envisageables à un coût raisonnable. Ils se sont intéressés à l’idée d’injecter des sulfates dans la stratosphère pour tâcher de réduire le forçage radiatif anthropique.

Les chercheurs avancent même quelques pistes de design pour l’avion qui pourrait s’acquitter de cette mission : par exemple, un avion de ligne à fuselage étroit, mais avec une surface d’ailes et une poussée doublée pour assurer un vol à quelque 20 km d’altitude. Pour être efficace, une flotte de ces avions devrait assurer 4.000 missions dès la première année et jusqu’à 60.000, la quinzième année d’un programme qui, de manière évidente, ne pourrait pas être mené en secret par un seul pays. Une chance, car l’étude ne se prononce ni sur les critiques faites à l’idée de contrer le réchauffement avec du soufre ni sur les conséquences que cela pourrait avoir, notamment sur la couche d’ozone.

Ce qu’il faut retenir

  • La 24e Conférence sur le climat se tiendra en Pologne du 2 au 14 décembre 2018.
  • En préambule, un rapport des Nations unies appelle les États à tripler leurs efforts en matière de lutte contre le réchauffement climatique.
  • Limiter les émissions de CO2 pourrait ne pas être suffisant à éviter la surchauffe.
  • Des chercheurs étudient des solutions de stockage du CO2 et plus largement, de géoingénierie.

Pour en savoir plus

Réchauffement climatique : 5 % de chances de le limiter à 2 °C

Des chercheurs estiment que nos chances de limiter le réchauffement climatique à 2 °C ne sont que de 5 %. Au regard de notre consommation actuelle d’énergies fossiles et de la croissance de la population mondiale pour les prochaines décennies, il semble que nous nous dirigions vers un réchauffement global à 3,2 °C.

Article de Futura avec l’AFP-Paris paru le 02/08/2017

Selon des chercheurs, il y a 5 % de chances de limiter le réchauffement climatique à 2 °C, l’objectif fixé par l’accord de Paris, scellé par la communauté internationale fin 2015. Quant aux chances d’atteindre l’objectif de 1,5 °C, également contenu dans l’accord, elles ne sont, elles, que de 1 %, estiment les auteurs de l’étude publiée lundi 31 juillet dans la revue Nature Climate Change.

Une équipe de scientifiques basée aux États-Unis a utilisé des projections de croissance de la population pour estimer la production future et les émissions de carbone (gaz à effet de serre) dues à l’utilisation d’énergies fossiles qu’elle entraîne. Sur la base de ces données« l’augmentation de la température est probablement de 2 à 4,9 °C, avec une valeur médiane de 3,2 °C et 5 % de chances qu’elle soit inférieure à 2 °C », écrivent les chercheurs.

Leurs calculs ne sont pourtant pas basés sur le pire scénario, avec une consommation d’énergie toujours aussi intense, mais intègrent des efforts pour limiter l’utilisation des énergies fossiles, précisent-ils. Ils ne prévoient pas en revanche la possibilité d’un basculement massif et soudain vers les énergies renouvelables« Atteindre l’objectif d’un réchauffement inférieur à 1,5 °C suppose que l’intensité en carbone baisse bien plus vite que dans le passé récent », expliquent les chercheurs.

L’accord de Paris sera difficile à tenir

Dans l’accord de Paris, la communauté internationale s’est engagée à limiter la hausse de la température mondiale « bien en deçà de 2 °C » et à « poursuivre les efforts pour limiter la hausse à 1,5 °C », par rapport au niveau d’avant la Révolution industrielle afin d’éviter les conséquences dévastatrices du changement climatique (canicules, sécheresses, hausse du niveau des océans, tempêtes, inondations, perte de la biodiversité, etc.). Les experts ont averti depuis longtemps que même l’objectif des 2 °C serait difficile à atteindre.

Le Giec, le groupe d’experts internationaux dont les travaux font référence sur le climat, recommande de réduire de 40 à 70 % les émissions de gaz à effet de serre provenant des énergies fossiles d’ici 2050 par rapport à leur niveau de 2010. L’accord de Paris est moins précis, ses signataires se fixant pour objectif que les émissions atteignent leur pic « dès que possible ».

Selon les Nations unies, la population mondiale va grimper d’environ 7,5 milliards de personnes actuellement à 11,2 milliards d’ici 2100, augmentant encore la pression sur les ressources énergétiques.

Ce qu’il faut faire d’ici 2020 pour limiter le réchauffement à 2 °C

Article de Delphine Bossy publié le 19 décembre 2012

Si aucune mesure n’est prise d’ici 2020, il sera presque impossible de ne pas franchir la limite critique d’un réchauffement de 2 °C en 2100. D’après une étude de faisabilité d’émissions de carbone, la consommation énergétique mondiale ne doit pas dépasser 55 milliards de tonnes d’équivalent carbone d’ici 2020… 

Il y a moins d’un mois, la Banque mondiale publiait un rapport alarmiste qui prévoit pour 2100 au mieux une augmentation de la température atmosphérique moyenne de 4 °C, au lieu des 2 °C des scénarios les plus optimistes. En décembre 2012, la conférence climatique de l’ONU se tenait au Qatar. Si elle a donné une seconde vie au protocole de Kyoto, aucune décision à l’échelle mondiale n’a été prise. Mais dans un tel contexte de changement climatique, si des actions ne sont pas entreprises rapidement, limiter le réchauffement climatique deviendra beaucoup plus difficile à réaliser, et probablement trop cher.

Face à l’urgence du problème, des membres du National Center for Atmospheric Research (NCAR, États-Unis), associés aux chercheurs de l’International Institute for Applied Systems Analysis (IIASA, Vienne) et de l’école polytechnique fédérale de Zurich, ont réalisé une étude de faisabilité sur les émissions de carbone d’ici 2020. À l’échelle mondiale, il est impératif de réduire les émissions : mais concrètement, de combien ? L’équipe internationale a évalué les changements technologiques, politiques et sociaux nécessaires pour maintenir l’augmentation moyenne de température sous les 2 °C pour le siècle prochain. C’est la première étude qui quantifie de manière exhaustive les coûts et les risques des émissions de gaz à effet de serre à partir du seuil critique de 2020.

Pour déterminer le seuil limite d’émission de carbone que le monde peut atteindre, les scientifiques ont développé plusieurs scénarios et les projections ont fourni une fourchette d’estimations. Menée par Joeri Rogelj, l’étude montre que la limite des 2 °C pourrait toujours être respectée, même si les émissions de gaz à effet de serre n’étaient pas réduites d’ici 2020. Toutefois, la recette n’est pas simple : le prix serait très élevé, il y aurait de plus gros risques climatiques sur le long terme et les hypothèses sur les technologies du futur sont franchement optimistes.

Agir vite pour limiter le réchauffement climatique à 2 °C

Les projections sont basées sur l’engagement actuel des nations sur les émissions de carbone. Si rien ne change, les émissions mondiales atteindraient au minimum 55 milliards de tonnes d’équivalent carbone par an pour 2020, contre 50 milliards de tonnes par an aujourd’hui. Pourtant, même avec ce taux d’émissions, il serait possible d’atteindre l’objectif des 2 °C. Néanmoins, une bonne dose d’optimisme est nécessaire. Par exemple, il faudrait que le nucléaire perdure comme option d’atténuation, que certaines nations adoptent rapidement des stratégies de technologiques de pointe, y compris les véhicules électriques, et des technologies à haut rendement énergétique pour les appareils électriques, les bâtiments et le transport. 

En outre, il faudrait rapidement fermer les centrales électriques au charbon et les remplacer par d’autres sources d’énergie. « Vous aurez besoin d’arrêter une centrale à charbon par semaine pendant dix ans si vous voulez atteindre l’objectif des 2 °C », explique Keywan Riahi de l’IIASA, coauteur de la publication. Pourtant, d’après le dernier rapport de l’AIE (Agence internationale de l’énergie), le charbon deviendra en 2017 la principale source d’énergie.

Plus les émissions sont réduites rapidement, plus nombreuses seront les options envisageables sur le long terme et moins cela coûtera cher. Pour garder le plus de portes ouvertes, il faudrait arriver à un niveau d’émissions mondiales entre 41 et 47 milliards de tonnes d’équivalent carbone par an d’ici 2020. D’après l’étude publiée dans le magazine Nature Climate Change, le seul moyen pour atteindre l’objectif d’une augmentation de seulement 2 °C d’ici 2100 est de maintenir le taux d’émissions entre 41 et 55 milliards de tonnes par an d’ici 2020. Et encore, même la limite supérieure est très hypothétique.  

Réduire les émissions de 3 milliards de tonnes par an d’ici 2020

Brian O’Neill, l’un des coauteurs, explique : « dans certaines conditions, l’objectif des 2 °C est possible, même si nous ne réduisons pas les émissions d’ici 2020. Mais si nous prenons en compte la possibilité que certaines technologies ne perceront pas, seront trop coûteuses ou auront des conséquences indésirables, alors les réductions d’émissions doivent commencer cette décennie ».

En réduisant les émissions dès maintenant dans les scénarios, mais surtout en réduisant la demande énergétique, les chercheurs mettent en évidence qu’il est beaucoup plus facile d’atteindre la limite de réchauffement de 2 °C. Cela procurerait beaucoup plus de souplesse dans le choix des méthodes et les technologies de réduction des gaz à effet de serre à employer sur le long terme. L’étude souligne l’importance de réduire la demande énergétique et d’améliorer l’efficacité énergétique pour atténuer le changement climatique de cette décennie.

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COP 21 : les solutions pour limiter le réchauffement climatique  Durant cette interview tournée par l’éditeur de livre Dunod, Jean Jouzel, climatologue et glaciologue, nous parle des conséquences du réchauffement climatique et des solutions qu’il faudrait mettre en place pour le ralentir au maximum. Il aborde aussi la question de la COP 21, la conférence des Nations unies sur les changements climatiques, qui se déroulera début décembre à Paris. 

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