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“Gilets jaunes” : que font les policiers en civil au milieu des manifestants ?

La diffusion d’images sur les réseaux sociaux de membres des forces de l’ordre en civil, le 1er décembre à Paris, a alimenté les rumeurs sur leur présence parmi les “gilets jaunes”.

Sur la plupart des images, on voit des hommes vêtus de grandes parkas ou de doudounes, une capuche ou un casque sur la tête, le bas du visage masqué. Ils marchent près de l’Arc de triomphe ou dans les rues pavées de Paris, le 1er décembre. Parfois, un seul détail, mais de taille, les distingue des manifestants qui se sont rassemblés dans la capitale, à l’appel des “gilets jaunes” : ils portent un brassard de police.

Plusieurs vidéos ont ainsi été diffusées sur les réseaux sociaux après la journée de violences. Et une rumeur s’est répandue comme une traînée de poudre : des policiers se seraient infiltrés en civil parmi les manifestants pour agir comme des “casseurs”. Qu’en est-il réellement ? Selon nos informations, il y avait bien des policiers en civil lors de la manifestation des “gilets jaunes” le 1er décembre et il y en aura encore samedi 8 décembre. Mais la police nationale assure sur Twitter que ces agents en civil ne sont pas là “pour casser”.

C’est leur tenue qui peut expliquer la confusion : pour passer inaperçus, les policiers en civil “s’adaptent au public”“Alors enfiler un ‘gilet jaune’, pourquoi pas. Il faut ressembler le plus possible aux gens à surveiller”, révèle à franceinfo Jean-Marc Bailleul, secrétaire général du Syndicat majoritaire des cadres de la sécurité intérieure (SCSI-CFDT).

“La mission, en fait, c’est de se déguiser en manifestant avec une attitude de casseur, afin de repérer les groupes hostiles qui se déplacent dans le but de tout saccager”, précise à franceinfo un policier de la BAC, qui souhaite rester anonyme. “Malheureusement, certains se font démasquer. Du coup, les gens pensent qu’ils sont là pour inciter à la casse et pour décrédibiliser le mouvement, alors que ce n’est pas du tout le cas”, regrette cet agent, qui travaillera en civil samedi.

>> Suivez en direct “l’acte IV” de la mobilisation des “gilets jaunes” samedi à Paris et dans les grandes villes 

Pour Jean-Marc Bailleul, il est paradoxal” de penser que les policiers en civil “seraient là pour faire le mal”“C’est pour le bien des manifestants. Il faut distinguer les casseurs qui se mêlent à eux”, expose le secrétaire général du Syndicat majoritaire des cadres de la sécurité intérieure. Pour y parvenir, la “solution”, pour les forces de l’ordre, c’est d’être “noyé” parmi eux. Ce n’est pas pour nuire aux ‘gilets jaunes’ : c’est pour faire le tri entre vrais et faux”, poursuit-il.

Avec des policiers en tenue, il n’y aurait pas beaucoup d’interpellations.Jean-Marc Bailleulà franceinfo

La présence de policiers en civil aux manifestations de “gilets jaunes” est loin d’être exceptionnelle : elle est même systématique dans les rassemblements conséquents. “Dans les grosses manifestations, ils protègent les CRS, les policiers en tenue et les gendarmes mobiles, entre autres. Ils viennent en appui pour le maintien de l’ordre”, explique Frédéric Lagache, secrétaire général adjoint du syndicat Alliance police, contacté par franceinfo.

Leur effectif varie en fonction de la ville où a lieu la manifestation et de l’ampleur de cette dernière. La plupart du temps, il s’agit de policiers qui ont l’habitude de travailler en civil. Ils sont soit issus de la Direction de la sécurité de proximité de l’agglomération parisienne (DSPAP), soit des sûretés départementales. Il y a aussi des policiers membres des Brigades anticriminalité (BAC). Les forces de l’ordre qui sont en première ligne – les CRS par exemple – peuvent leur remettre les personnes interpellées, ce qui leur permet de rester mobilisées sur le terrain en permanence.

Il faut donc un maximum de policiers en civil pour traiter un nombre important d’interpellations.Jean-Marc Bailleulà franceinfo

Pour autant, ce ne sont pas des électrons libres. “Les policiers en civil ne sont jamais seuls. Ils sont par groupe de deux ou de trois et il y a toujours un gradé à proximité”, ajoute le responsable syndical. Lorsque les manifestations sont déclarées, les organisations, comme les syndicats par exemple, disposent d’un service d’ordre. Celui-ci peut parfois repérer les casseurs et les désigner aux policiers en civil, qui se trouvent alors “le long” des défilés, détaille Jean-Marc Bailleul. Mais ce n’est pas le cas dans les manifestations de “gilets jaunes”, y compris ce samedi.

Comment s’y prennent-ils pour procéder à des arrestations ? “Ils repèrent les casseurs, les suivent et ensuite les interpellent au moment propice, quand c’est plus calme ou quand ils sont isolés”, explique Jean-Marc Bailleul. “C’est un boulot de policier classique, poursuit-il. Il y a des policiers en civil tous les jours dans le métro, ou au Louvre par exemple, dans les endroits où il y a des voleurs à la tire, pour procéder à des interpellations. Car le vol ne va pas se passer juste devant un policier en tenue ou avec un brassard.”

Ces policiers en civil ont le droit d’avoir sur eux tout leur équipement : arme, matraque télescopique, menottes, gilet pare-balles et, bien sûr, leur brassard police, même s’ils ne le montrent pas. “Mais quand on interpelle une personne on montre sa carte de police ou on dit ‘police'”, précise Jean-Marc Bailleul. Leurs actions sont coordonnées par la salle de commandement. “Ils ne sont pas sous l’autorité des CRS”, tient à rappeler le responsable syndical. Ils sont sous celle des commissaires ou des officiers qui représentent l’autorité civile du secteur.

Dans les manifestations, l’autre mission des policiers en civil, c’est le renseignement. Soit ils informent le poste de commandement des CRS et des escadrons de gendarmerie, soit ils renseignent sur les casseurs et les pilleurs afin de procéder à des interpellations.

Les policiers en civil renseignent sur les mouvements du cortège.La police nationalesur Twitter

Sur son blog hébergé par Mediapart, le sociologue Laurent Muchielli estime que “faire du renseignement” de cette façon permet “parfois d’interpeller des leaders ou des meneurs pour maîtriser davantage la situation, diminuer éventuellement l’intensité de la manifestation et contrôler en particulier le moment toujours délicat de la dispersion à la fin d’une manifestation”. 

Ils sont là pour faire remonter des informations aux autorités afin qu’elles adaptent le dispositif du maintien de l’ordre”, précise à BFMTV Denis Jacob, secrétaire général du syndicat Alternative police. Il s’agit alors d’une mission à part entière explique Jean-Marc Bailleul : “Ceux qui font du renseignement ne font que ça, sauf s’ils voient quelque chose de grave.”

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