William Klein, décès du célèbre photographe «coup de poing»

Publié le : 12/09/2022 – 19:49

Le plus célèbre des photographes américains à Paris a influencé des générations de photographes dans le monde entier. Samedi 10 septembre, William Klein est décédé « paisiblement », à l’âge de 96 ans, dans sa ville préférée, a annoncé lundi 12 septembre son fils, Pierre Klein.

Publicité

Grâce à l’audace et la liberté de ses images, William Klein a révolutionné la photographie du XXe siècle. Avec lui, le photographe quitte le rôle du spectateur pour assumer pleinement d’être aussi acteur de l’image. Klein n’hésite pas à peindre ses tirages, à recadrer les planches contacts de ses photos, à varier les angles, employant le flou, le grain et les contrastes sans limites pour encore mieux troubler le spectateur.

« Parler de la vie »

Jusqu’à la fin de sa vie, même en fauteuil roulant, il s’est baladé dans les expositions et les rues de Paris avec son appareil photo dans la main. Pendant toute sa carrière, l’usage de son troisième œil n’est jamais limité à la photographie, car le regard et la sensibilité de William Klein s’expriment aussi à travers du cinéma, de la peinture et du graphisme. « La photographie m’a offert la possibilité de parler de la vie. C’était très excitant pour moi. De plus, cela m’a permis de créer des livres et bien plus encore. Tout cela va de pair », il nous avait confié à l’occasion de la très grande rétrospective de son œuvre en 2005, au Centre Pompidou. En effet, le talent suprême de l’artiste américain consiste à réunir dans ses œuvres photographiques toutes les disciplines.

Klein avait sa propre manière d’interroger le pouvoir de l’image et les problèmes inhérents au langage des images à l’aide de ce médium particulier appelé photographie. Même l’architecture avait une place particulière dans l’art photographique de cet élève de Fernand Léger qui adorait de participer à la conception des espaces pour ses expositions :

« L’un de mes objectifs a toujours été de travailler avec des architectes. Bizarrement, c’était déjà le cas au tout début. Peu après mon passage dans l’atelier de Léger, j’ai eu l’occasion de réaliser des peintures murales en Italie. Et pour l’exposition au Centre Pompidou, je me suis dit : étant donné que ces planches contacts peintes peuvent désormais être réalisées dans n’importe quelle taille, une possibilité d’utilisation est de les intégrer dans l’espace public. »

L’art comme échappatoire

Il naît dans une famille juive orthodoxe, d’origine hongroise, le 19 avril 1928, à New York, à Manhattan. Ses parents sont pauvres, le quartier peu recommandable. L’art servit alors comme échappatoire. William Klein met ses pieds pour la première fois sur le continent européen après la Seconde Guerre mondiale. Démobilisé, il se trouve à l’âge de 18 ans à Paris, la capitale culturelle mondiale, et choisit de se consacrer alors à la peinture qui l’amène finalement à s’engager dans la photographie.

En 1956, il publie Life Is Good and Good For You In New York : Trance Witness Reveals, une plongée dans le consumérisme et la violence américaine, à l’opposé du rêve américain. Après ce livre coup de poing (que tous les éditeurs aux États-Unis refusent de publier), rien n’était plus comme avant. Ses photos montrent le monde sans fard, sous une perspective inhabituelle et avec le courage du flou et des personnages coupés, le tout enrichi de mots de la publicité. Fellini se montre impressionné et l’engage, Pasolini écrit le texte du livre de photos sur Rome.

Variations sur l’instant immortalisé

Il tourne avec Jean-Luc Godard et Louis Malle. En 1956, son premier film, Broadway by light, fait de lui le premier cinéaste pop. En tant que photographe de mode, il fait sortir les mannequins du studio pour les montrer dans la rue. Ses photographies se transforment en variations sur l’instant immortalisé, comme cette photo de mariage pour un ami, qui pourrait entrer dans l’histoire comme icône du Paris moderne : une mariée blanche avec un marié noir et une communauté noire autour.

Dans l’esthétique aussi expérimentale que quotidienne qui lui est propre, le spectateur trouve toujours une pointe d’ironie ou de violence. Et si nécessaire, William Klein a toujours eu recours à la pose : Gun 1, sa photo culte prise en 1954 à New York d’un garçon au visage haineux qui pointe un revolver vers nous, spectateur, fait le tour du monde comme symbole de la jeunesse violente. À l’époque, Klein proteste longtemps, car, en fait, il a tout simplement demandé au garçon de jouer le méchant pour lui. Preuve que même le meilleur photographe n’est pas à l’abri de son propre cliché.


Continuer à lire sur le site France Info

%d blogueurs aiment cette page :