TÉMOIGNAGES. En Iran, les manifestants ne cessent de descendre dans la rue alors que « le gouvernement continue à tuer des gens »

Le mouvement de protestation semble ne pas faiblir en Iran. Dans près de 80 villes à travers le pays, les manifestants défilent toujours malgré la répression. Les autorités iraniennes ont interpellé plus de 1 200 personnes, la plupart dans le nord de l’Iran depuis le début du mouvement de protestation. Le dernier décompte de l’ONG Iran Human Rights, basée à Oslo, fait état d’au moins 54 morts et plusieurs centaines de blessés.

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Pour réprimer à l’abri des regards, le régime tente de couper totalement l’accès à internet dans le pays. Mais certains manifestants parviennent encore à communiquer via des réseaux informatiques cryptés. Zoya habite Téhéran et manifeste depuis le premier jour. Cette étudiante l’assure le mouvement ne faiblit pas malgré la répression : « Le gouvernement continue à tuer des gens dans la rue. Les gens n’ont pas d’arme, mais ils sont plus nombreux. »

Trois manifestants racontent la répression du régime – Des témoignages recueillis par Noé Pignède

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Les manifestations ont commencé le 16 septembre, date du décès de Mahsa Amini arrêtée trois jours auparavant à Téhéran pour « port inapproprié de vêtements » dans la République islamique où le code vestimentaire pour les femmes est strict, en particulier le port du voile islamique. Cette mort a mis le feu aux poudres mais les revendications des manifestants sont désormais beaucoup plus larges.

« Le problème n’est plus le voile obligatoire. Le problème c’est le système et tout le monde essaye de protester contre le guide suprême. Ce fascisme. »

Zoya, Iranienne

à franceinfo

En 2019 déjà, Zoya avait participé aux gigantesques manifestations contre le pouvoir. Une révolte étouffée dans le sang. Mais cette fois, la jeune femme espère que l’issue sera différente. « Tout le monde est là, de toutes les couches de la société, les jeunes, les vieilles, énumère l’Iranienne. Tout le monde dit que cette fois-ci, c’est différent des autres fois et tout le monde pense que c’est le début d’une autre révolution pour la liberté, l’égalité et les femmes. »

Comme Mahsa Amini, Adnan est issu de la minorité kurde. « Pour tenter de prouver qu’ils ne l’ont pas assassinée, ils essaient de nous tuer tous », explique l’Iranien. Il vient tout juste de rentrer chez lui après une nouvelle nuit d’émeutes. « Ils sont devenus encore plus brutaux et agressifs, explique-t-il. Ils tirent sur les gens et utilisent des balles de peinture pour marquer les manifestants et les arrêter ensuite. Mais la bonne nouvelle, c’est que leur moral s’érode et ils commencent à fatiguer, alors qu’en face, nous sommes de plus en plus nombreux et de plus en plus combatifs. »

Cet autre Iranien continue de descendre dans la rue lui aussi. Mais plusieurs de ses proches ont été arrêtés ces derniers jours. « On est très inquiets, confie-t-il. Le régime n’hésite pas à torturer et tuer les prisonniers. Bien sûr, nous courons tous le risque d’être arrêtés aussi. Mais nous n’avons pas peur. » Ces trois manifestants appellent la communauté internationale à maintenir la pression sur la République islamique. Mais ils rejettent l’idée de nouvelles sanctions qui, selon eux, étranglent le peuple et renforcent le régime.


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