A la Une

Guerre en Ukraine : le chiffre de 700 000 hommes ayant fui la Russie depuis le début de la mobilisation partielle est-il crédible ?

Cette estimation provient de l’édition russe du magazine Forbes. Selon la revue, 700 000 Russes ont déjà quitté le pays depuis l’annonce de la mobilisation, le 21 septembre. Le magazine s’appuie sur deux sources anonymes au Kremlin : l’une qui évoque un million de départs, et l’autre qui parle plutôt de 600 à 700 000 Russes concernés. C’est ce second chiffre que retient plutôt le média.

>> Guerre en Ukraine : retrouvez les dernières informations dans notre direct

Une estimation qui semble crédible, quand on sait déjà que le seul Kazakhstan affirme que 200 000 Russes sont entrés sur son territoire en une dizaine de jours seulement. Le même nombre est évoqué pour la Géorgie. Dans l’Union européenne, le chiffre mis en avant est de 66 000 entrées la semaine dernière. 

Ces 700 000 départs viennent s’ajouter à une première vague. Celle des Russes qui avaient fui le pays après le début de la guerre le 24 février. C’est très compliqué d’obtenir des données fiables du côté de Moscou. Rosstat, l’organisme officiel de statistiques, parlait de son côté de 200 000 départs sur les six premiers mois de l’année. C’est donc probablement beaucoup plus en réalité. 

Ce chiffre de 700 000 personnes représente 0,5% de la population russe. Présenté de la sorte, cela n’a pas l’air énorme, et il est donc difficile de parler d’un exode massif. Ceci-dit, si l’on considère que les émigrés sont souvent jeunes, en âge de travailler et souvent formés, ces départs en cascade peuvent devenir problématiques pour le pays. Une étude sortie récemment estimait que 30% des entreprises informatiques et technologiques russes avaient quitté la Russie. Néanmoins, beaucoup de ces travailleurs continuent à travailler à distance, depuis l’étranger. C’est d’ailleurs pour cela qu’ils ont été les premiers et les plus nombreux à partir dans ce secteur. 

Beaucoup de Russes qui font le choix de quitter leur pays partent d’abord là où ils peuvent, plus que là où ils veulent. Les destinations prioritaires sont donc celles qui ne leur demandent pas de visas et où les formalités sont légères. On peut citer le Kazakhstan, la Géorgie, l’Arménie ou encore la Turquie. Les trois premiers sont des anciens pays du bloc de l’URSS. Beaucoup d’habitants y parlent russe et une forte communauté russe y est présente, ce qui rend l’arrivée plus simple. 

Ceux qui le peuvent viennent aussi au sein de l’Union européenne, mais les conditions sont plus contraignantes. Il faut qu’ils aient au moins un visa Schengen pour entrer. Sans compter que le coût du voyage est très élevé : il faut prendre l’avion via Istanbul (Turquie), Erevan (Arménie) ou Belgrade (Serbie), puisque les frontières terrestres de l’UE avec la Russie sont maintenant toutes fermées. Les billets sont devenus hors de prix. Ensuite, il leur faudra obtenir un titre de séjour long, d’une façon ou d’une autre. Cette dernière étape peut-être très compliquée, la France a par exemple annoncé qu’elle examinerait les demandes des Russes au cas par cas. 


Continuer à lire sur le site France Info