Paris 2024 : l’inquiétude des festivals face aux éventuels « reports ou annulations » évoqués par Gérald Darmanin

Parlant au Sénat d’une mobilisation massive des forces de l’ordre, Gérald Darmanin a prévenu mardi 25 octobre que des événements culturels ou sportifs seraient « annulés ou reportés » en raison de l’organisation des JO 2024, prévus du 26 juillet au 11 août. « L’important et la manœuvre c’est aussi l’annulation ou le report de tous les événements en France qui demandent des unités de forces mobiles, qui demandent la présence très forte en nombre de policiers. On pense à de grands festivals culturels qui ont lieu pendant l’été ; on pense à de grands événements sportifs qui méritent d’être sans doute un peu décalés et qui parfois parcourent la France à vélo, par exemple ; des grands concerts ; un certain nombre de grands événements, on pense à la braderie de Lille, si je parle de ma région », a-t-il explicité.  

« Ça ne veut pas dire que des choses ne peuvent pas se tenir (…) chacun peut faire un effort (…) j’en reparlerai avec la ministre de la Culture« , réagissait le ministre de l’Intérieur ce jeudi sur France Inter, sans toutefois rassurer la filière musicale.  

En raison de la crise sanitaire, le spectacle vivant a déjà été meurtri par une saison blanche à l’été 2020, une saison dégradée à l’été 2021 et une reprise qui n’a pas été au niveau espéré pendant l’été 2022. « C’est la stupeur et l’incompréhension, il n’y a pas eu de concertation pour évoquer cette coactivité JO-festivals et c’est une annonce lapidaire et brutale, sans périmètre de temps ni géographique« , proteste Jérôme Tréhorel, directeur du festival des Vieilles Charrues, en Bretagne, qui a rassemblé près de 300 000 personnes cet été.

« Les bras m’en tombent, la culture, les festivals, les concerts avaient déjà été désignés non-essentiels pendant la crise sanitaire et c’est donc à nouveau le cas« , déplore Stéphane Krasniewski, directeur du festival Les Suds, à Arles, et vice-président en charge des festivals au Sma (Syndicat des musiques actuelles).

« Sans consultation, aussi longtemps à l’avance, je veux bien laisser le bénéfice du doute d’une mauvaise communication à Monsieur Darmanin, mais c’est assez soudain et violent et on ne peut pas laisser la place au doute« , commente Angelo Gopee, directeur de Live Nation France, structure majeure dans l’organisation de concerts et festivals, membre du comité des producteurs du Prodiss (Syndicat national du spectacle musical et de variété).

La filière des musiques actuelles lutte contre l’idée reçue que des reports, par exemple, peuvent s’effectuer en un claquement de doigts. « Mais on ne peut pas reporter, on travaille déjà sur l’édition 2024, on a déjà des engagements, un planning culturel, ça ne se change pas comme ça« , souligne Jérôme Tréhorel.

Les grands artistes internationaux construisent leurs tournées bien en amont par zones, Europe, Amérique du nord, Asie… « Des reports ou annulation auront un impact sur l’ensemble de la filière, artistes, producteurs puis les salles qui construisent leur programmation en s’articulant autour des festivals de l’été« , développe Stéphane Krasniewski. Et d’ajouter: « Certains festivals seraient en danger, ils ne se remettraient pas d’une seconde saison blanche« .

Sans oublier que « des concerts, des festivals, ce sont des retombées économiques gigantesques, des dizaines de millions d’euros, des milliers d’emplois directs et indirects« , rappelle Angelo Gopee. « Les Vieilles Charrues, c’est six millions d’euros de création de richesses sur la ville de Carhaix« , précise Jérôme Tréhorel.

« Les Vieilles Charrues se sont pourtant déjà tenues en 2016, dans une période post-attentats, alors que la France accueillait le championnat d’Europe de foot« . « Il y a, je pense, une confusion entre les festivals de musique et les évènements sportifs, que M. Darmanin a aussi cité et qui eux nécessitent la mobilisation massive des forces de l’ordre tous les jours« , insiste le responsable d’un des plus importants festivals de France. 

La filière musicale réclame une concertation. « La culture, c’est du lien social, du vivre ensemble, qu’un pays comme la France oblige à choisir entre culture et le sport, c’est triste : les JO sont l’opportunité de rassembler culture et sport sur tout le territoire« , conclut Stéphane Krasniewski.


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