Election au Brésil : une campagne de fake news et de désinformation, dans le camp Bolsonaro comme dans celui des partisans de Lula

La campagne pour le second tour de l’élection présidentielle brésilienne touche à sa fin : dimanche 30 novembre, les électeurs devront choisir entre Jaïr Bolsonaro et Luiz Inacio Lula da Silva, au terme d’une dernière ligne droite extrêmement tendue, où le débat politique a été totalement submergé par une avalanche quotidienne de désinformation. Cela fait par exemple des mois que Jaïr Bolsonaro remet en cause le vote électronique, évoquant de possibles fraudes, alors que ce système est réputé comme étant l’un des plus sûrs au monde.

>> Dans sa dernière ligne droite, le duel entre Lula et Jair Bolsonaro s’enfonce dans le caniveau

C’est en allant voir des militants de Jaïr Bolsonaro que l’on comprend un peu mieux d’où vient ce doute. Par exemple, Pedro de Magalhaes est un ancien légionnaire de l’armée française. Aujourd’hui patron d’une entreprise de sécurité et d’un club de tir, il parcourt la ville de Piracicaba au volant de sa Coccinelle pour « ressentir l’énergie » de la population qui a voté à 70% pour Bolsonaro au premier tour de l’élection présidentielle.

Chez lui, il insiste pour montrer cette vidéo d’un ami informaticien qui affirme qu’il a réussi à créer un logiciel capable de pénétrer le système des urnes électroniques. « Là on va ajouter un peu plus de votes Bolsonaro, décrit-il, joignant le geste la parole. On va voir si tout est ok… Parfait ! Tous les Bolsonaro apparaissent ici… Mais qu’est ce qui est enregistré dans l’urne ? Des votes Lula ! Huit votes qui sont glissés dans la liste… »

À plusieurs reprises, Pedro a voulu diffuser cette vidéo sur les réseaux sociaux mais, à chaque fois, affirme-t-il, elle a été bloquée. Quand on lui parle de fake news, Pedro préfère évoquer celles qui selon lui, ont circulé contre son candidat, Jaïr Bolsonaro, pendant la période du Covid-19. « On a des informations qui prouvent que le Brésil a été le premier pays du monde dans la lutte contre le Covid, assure-t-il. Les rumeurs que vous avez-vous, dehors, sans aucune source, disent que le Brésil a été abandonné… Si vous alliez chercher l’information à la source, vous verriez que l’OMS est une organisation de gauche qui fait tout pour nuire à notre président. Ils ont des intérêts au Brésil ! »

« Il faut arrêter les conneries, le Brésil est considéré comme le pays qui a le plus vacciné et a été en première ligne dans la lutte contre le Covid. Point ! »

Pedro de Magalhaes

à franceinfo

La confusion s’est installée partout dans la campagne brésilienne : la vérité d’un camp est considérée comme de la désinformation dans le camp d’en face.

En face, les partisans du candidat Lula se sont précipités dans le piège, assez récemment, après avoir fait le constat que le crime des fake news pouvait payer dans les urnes. Marcela Duarte travaille pour l’agence Lupa News, créée en 2015 pour vérifier les informations.

« Nous avons observé que tout un groupe de désinformateurs avait été élus : pour nous, en tant que vérificateurs des faits, ce constat a été douloureux… »

Marcela Duarte (agence Lupa News)

à franceinfo

Des députés, des sénateurs proches de Bolsonaro, élus donc sur la base d’une communication mensongère. La gauche de Lula n’a pas tardé à en tirer des leçons : juste après le premier tour, le député fédéral, André Janones, coordinateur de la campagne digitale de Lula, a commencé à diffuser des fake news, en utilisant les mêmes artifices, les mêmes mécanismes de désinformation que ceux utilisés par la droite.

L’entrée en piste d’André Janones est spectaculaire : sur la base d’une vidéo où Jaïr Bolsonaro sous-entend sordidement que lors d’une visite dans un camp de réfugiés vénézuéliens, une adolescente de 14-15 ans a tenté d’installer entre elle et lui une ambiance ambigüe, André Janones extrapole en qualifiant Jaïr Bolsonaro de… « pédophile ».

La seule instance existante pour faire la police dans ce tapage de désinformation, le tribunal supérieur électoral, n’a jamais été autant sollicitée et multiplie les amendes et les sanctions, surtout contre le camp Bolsonaro. Cela s’explique simplement : son volume de production de faux contenus dépasse nettement celui de la gauche brésilienne. Mais là encore les trolls bolsonaristes tentent d’imposer leur propre récit, en se disant censurés, persécutés par cette institution démocratique. « Ce sont des réflexes identitaires, l’expression d’une tendance fanatique, analyse Rosanna Pinheiro Machado, spécialiste de l’extrême droite brésilienne à l’université de Dublin. Le Brésil est l’exemple le plus extrême qui existe dans le monde aujourd’hui : il est la locomotive d’une logique fasciste qui se déverse en échappant à tous les garde-fous sur les réseaux sociaux. Et ce n’est qu’un début. »

Depuis cinq ans, le système de production et de diffusion des faux contenus du camp Bolsonaro s’est professionnalisé. Pour cette élection, son budget est évalué à 12 millions d’euros. Et avec 46 millions d’abonnés sur les réseaux sociaux, Jair Bolsonaro touche trois fois plus de Brésiliens que son adversaire Lula. 


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