Climat : on vous explique pourquoi Greenpeace et TotalEnergies s’écharpent sur le bilan carbone affiché par le groupe

Bataille de chiffres sur le CO2. A quelques jours de l’ouverture de la COP27, Greenpeace accuse le groupe français TotalEnergies de minimiser ses émissions de gaz à effet de serre, comme l’a révélé « L’Œil du 20 heures » de France 2, mercredi 2 novembre. « Sans prétendre à une vérité absolue », l’association a évalué le bilan carbone de l’entreprise dans un rapport (PDF), à 1,637 milliards de tonnes de CO2 pour l’année 2019, « près de quatre fois plus que ce que déclare le groupe », qui annonce 455 millions de tonnes de CO2.

L’ONG dénonce un manque de transparence et des chiffres sous-estimés, tandis que TotalEnergies conteste les calculs de Greenpeace et pointe une méthodologie « douteuse ». Franceinfo vous explique les désaccords entre l’association et l’entreprise.

Pourquoi se plonger dans le bilan carbone de TotalEnergies ? Parce que le groupe pétrolier « donne peu de détails sur sa méthodologie », explique l’ONG dans son rapport. Greenpeace explique aussi avoir été interpellé par l’écart entre les données avancées par l’entreprise et celles d’autres groupes pétroliers. Le bilan carbone de Shell est ainsi 3,6 fois supérieur, « pour une production de pétrole et de gaz à peine 22% supérieure », relève Greenpeace.

Doutant de la « sincérité » de TotalEnergies, l’ONG a donc refait les calculs. Durant huit mois d’investigation, l’association a étudié les résultats d’activité de l’entreprise, considérant « que l’impact climatique de TotalEnergies est celui lié à l’ensemble de ses activités générant des flux physiques de marchandises et produisant du chiffre d’affaires ». Les auteurs du rapport ont pris en compte la fabrication et la combustion de pétrole brut, des produits raffinés, de la pétrochimie, mais aussi la production et la combustion de gaz et la production d’électricité.

Pour cela, les experts mandatés par l’association se sont appuyés sur « les données fournies par TotalEnergies dans ses différents documents publics ». Il s’agit de justificatifs transmis aux autorités financières ou qui détaillent la stratégie du groupe. En analysant secteur par secteur les ventes du groupe, Greenpeace aboutit à ce total de 1,637 milliard de tonnes de CO2 pour l’année 2019 et pointe « un écart abyssal » avec les résultats affichés par TotalEnergies.

« Il est évident que le groupe sous-déclare massivement les émissions de scope 3 », en conclut Greenpeace. En comptabilité carbone, le « scope 3 » correspond aux émissions indirectes d’une entreprise. Dans le cas de TotalEnergies, il s’agit par exemple de la combustion du pétrole par les clients qui ont acheté du carburant. L’entreprise n’émet pas directement ce CO2, mais la responsabilité lui est quand même imputée.

Cette partie des émissions correspond à la grande majorité du bilan carbone d’une entreprise comme TotalEnergies. C’est principalement sur son calcul que TotalEnergies et Greenpeace divergent. L’association compte 1,477 milliard de tonnes d’équivalent CO2 en 2019. Tandis que TotalEnergies déclare 410 millions de tonnes de CO2 pour cette même année dans ses « indicateurs climat ».

Faute de connaître la méthode de calcul de l’entreprise, l’ONG ne sait pas expliquer les différences de résultat. Elle soupçonne cependant TotalEnergies de ne pas intégrer à son bilan les opérations dites de « trading ». « Ils achètent aussi et vendent du pétrole brut et des produits raffinés. Ces opérations de trading doivent rentrer dans le comptage de ses émissions de carbone », explique Florence de Bonnafos, chargée de campagne Finances pour Greenpeace France et co-autrice du rapport.

TotalEnergies assure pourtant suivre les méthodologies de l’Ipieca, qui édicte des recommandations de comptabilité carbone pour les entreprises du secteur du pétrole et du gaz et préconise d’intégrer ces activités dans les calculs. Mais les données que le groupe rend publiques ne contiennent pas ces détails.

Le géant pétrolier critique une méthodologie « pour le moins douteuse, car elle comptabilise plusieurs fois les mêmes émissions ». Elle accuse l’ONG de réaliser des évaluations qui n’ont pas de sens. « Un tel raisonnement appliqué à toutes les entreprises qui produisent, transportent, raffinent, négocient ou vendent des produits fossiles aboutirait à un total d’émissions plusieurs fois supérieur aux émissions annuelles mondiales de CO2 », assure le groupe à France 2.

Mais le bilan carbone d’une entreprise ne peut pas être comparé à des émissions mondiales, explique Florence de Bonnafos. « On sait très bien qu’il y a de multicomptages quand on calcule les émissions d’une entreprise, car on évalue les émissions indirectes, ce qui est induit par l’activité ».

« Les émissions de la combustion du pétrole à la pompe sont comptabilisées dans les émissions de la personne qui va brûler son essence, mais également dans les émissions du constructeur automobile et dans les émissions du producteur de pétrole… »

Florence de Bonnafos, autrice du rapport de Greenpeace

à franceinfo

Greenpeace ne prétend pas arriver à un chiffre exact, mais entend établir « un ordre de grandeur ». « On aboutit à un ordre de grandeur tellement différent [de celui de TotalEnergies] que ça nous interroge », affirme la co-autrice du rapport de Greenpeace. Sur ces questions, l’ONG demande donc « plus de transparence » aux groupes pétroliers.


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