Paris Games Week : la ligue européenne de League of Legends dans le viseur des clubs français

Impossible de les manquer. Les vraies stars de cette Paris Games Week sont les joueurs professionnels d’esport, accueillis comme des rock stars sur scène. Il faut dire que les développeurs de jeux n’ont pas lésiné sur le décorum pour les accueillir : effets spéciaux, grands écrans et produits dérivés aux couleurs des équipes rendent le show spectaculaire. 

Samedi 3 et dimanche 4 novembre, deux demi-finales de Coupe de France de League of Legends auront lieu en direct, sous les yeux des milliers d’amateurs de jeux vidéos rassemblés à Paris Expo, porte de Versailles. Si ce MOBA (Multiplayer Online Battle Arena pour jeu d’arène de bataille) est mis en avant cette année, ce n’est pas par hasard. Depuis 2019, tout un écosystème compétitif s’est mis en place, et les clubs français se projettent désormais sur la scène européenne.

« Jouer sur la scène avec le public, en connaissant les attentes des fans, c’est une première pour moi mais je vais l’aborder comme n’importe quelle compétition. C’est sûr que la sensation est particulière », confie Jules « Hantera » Bourgeois. A 23 ans, il est l’un des meilleurs joueurs de League of Legends (LoL) en France. Le but du jeu ? Détruire la base adverse lors d’un affrontement de 25 à 40 minutes entre deux équipes de cinq joueurs.

Engagé dans l’équipe la plus en vue de la ligue française (LFL), la Karmine Corp (KCorp), « Hantera » disputera samedi sa demi-finale de Coupe de France contre LDLC OL, l’équipe esport de l’Olympique lyonnais. « Pour nous la Coupe de France, c’est un peu la dernière danse de la saison. Ça permet aux équipes de division 2 et 3 de rencontrer les équipes de LFL, la première division nationale. Le format est plutôt sympa. Notre objectif est bien entendu de gagner. » Une occasion pour les équipes pro d’asseoir leur notoriété et d’avancer quelques pions en plein mercato de fin de saison. 

Elias, 19 ans, tee shirt de la « KCorp » sur les épaules, est venu avec ses amis de Dijon pour assister au championnat. « C’est la première fois que je viens à la Paris Games Week, ce qui m’intéresse c’est surtout la partie esport. Je me suis vraiment mis à League of Legends pendant le confinement et j’avais envie de voir en vrai les joueurs ». Les audiences du jeu se sont encore accélérées depuis la crise du Covid-19, où les autres championnats sportifs étaient à l’arrêt.

League of Legends a ainsi été le jeu esport le plus regardé en 2021 avec plus de 664 millions d’heures de visionnage et 180 millions de joueurs actifs, selon son éditeur américain Riot Games. En France, le niveau de jeu a également connu un bond en avant. « Sur la scène européenne, la France a une position intéressante. La ligue est plus relevée qu’en Allemagne ou en Espagne », explique « Hantera », parti notamment se former à l’UCAM Esports Club en Espagne.

Mais ce week-end, lors de la Coupe de France, pas d’enjeu de qualification en vue. Il s’agit surtout d’un championnat honorifique. Car la scène européenne, la League of Legends European Championship (LEC), est régie depuis 2019 par un système de franchise. Pour y accéder, il faut donc racheter une place à un club. La Karmine Corp, forte de ses bons résultats depuis son lancement en 2020 (victoire en LFL en 2021), a bien tenté une percée cet été, sans succès.

Le streamer français Kameto, co-fondateur (en compagnie de l’entrepreneur Amine Mekri, surnommé Prime) et PDG de la structure française Karmine Corp, a ainsi annoncé, en larmes, sur une vidéo Youtube le 26 octobre dernier, abandonner une entrée en LEC pour 2023 faute d’accord.

Car jouer la scène européenne est une question financière tandis que l’aval de Riot Games, développeur du jeu et organisateur des tournois, reste une composante incontournable. « L’objectif pour nous est clairement de rejoindre la LEC, c’est le prestige ultime. Ca n’a pas fonctionné cette année mais dès l’année prochaine on espère y aller. Il faut s’entrainer beaucoup d’heures, être patients, bosseurs, et compétitifs », ajoute, confiant, « Hantera ».

Une seule équipe française est parvenue à rejoindre la ligue européenne, la LEC, à partir de 2019 : Vitality. Ce club d’esport, fondé en 2013, est le plus important représentant français sur la scène internationale et est considéré comme l’une des trois plus puissantes structures d’Europe avec G2 et Fnatic. L’écurie emploie une centaine de personnes – dont une quarantaine de joueurs – et possède un budget annuel de plus de 10 millions d’euros. Disposant de son propre stand de démonstration à la Paris Games Week, le fleuron français du secteur arbore partout le logo du club, en forme d’abeille, repris par de nombreux fans sur des tee-shirts, vestes et casquettes. 

Stand de Vitality sports sur la Paris Games Week, le 1er novembre 2022. (BENOIT DURAND / HANS LUCAS)

Stand de Vitality sports sur la Paris Games Week, le 1er novembre 2022. (BENOIT DURAND / HANS LUCAS)

« La Ligue européenne est encore un palier au-dessus de la LFL », abonde Louis Victor « Mephisto » Legendre, coach de l’équipe première de League of Legends de l’écurie. « La LEC se compose de huit semaines de saison régulière, où il faut abattre beaucoup de travail pour ne pas perdre. L’objectif est ensuite de battre nos équipes rivales pour avoir une bonne place aux playoffs puis de se hisser en finale. C’est très exigeant, il faut instaurer une bonne entente et surtout une identité. En l’espace d’une semaine, tout peut partir en fumée : c’est long et intense”, décrit le coach français.

« Le progrès vient d’une part du côté de Riot, avec un studio et une production digne de certains sports traditionnels. Les équipes, dont nous faisons partie, ont également énormément évolué : disposer de bureaux dédiés, d’un nutritionniste, d’un coach personnel et d’un équipement de pointe dédiés à une seule équipe n’aurait été qu’un rêve un peu fou en 2015. C’est notre réalité aujourd’hui », ajoute Anne Banschbach, Head of Esports chez Team Vitality.

Mephisto nuance cependant la progression européenne des clubs français : « Je ne sais pas si on peut vraiment dire que la France investit l’esport européen. Vitality cherche a avoir une identité internationale, compétitive en LEC, et l’académie en LFL est plus à visée nationale, pour faire évoluer des talents ». Si la visée d’une progression européenne est réelle, l’objectif est d’abord d’être parmi les meilleures équipes des deux circuits sur lesquels Vitality concourt : la LFL et la LEC. Cela passe par la demi-finale de Coupe de France, dimanche, pour l’Académie Vitality.bee, qui compte dans ses rangs des joueurs français et internationaux.

Pour Mephisto et pour l’équipe principale de l’écurie, l’objectif est désormais de se qualifier aux « Worlds », les Mondiaux de la discipline, en figurant parmi les trois meilleurs clubs européens. La ligue européenne pourrait d’ailleurs voir son format évoluer dès la saison prochaine, de quoi redistribuer les cartes sur le Vieux continent. « Et à ce niveau, il y a encore une marche tant les équipes asiatiques dominent le championnat ». La ligue française reprendra, quant à elle, en janvier.


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