Crise des migrants : quatre questions sur l' »Ocean Viking », le bateau de sauvetage de SOS Méditerranée

Le député RN Grégoire de Fournas a été suspendu quinze jours pour des propos racistes à l’Assemblée nationale, pendant une intervention de Carlos Martens Bilongo, élu LFI du Val-d’Oise. Ce dernier interpellait alors le gouvernement sur le sort des migrants présents à bord de l’Ocean Viking, qui ne parvenait pas à trouver de port d’accueil.

Ce navire de l’ONG SOS Méditerranée, qui opère en partenariat avec la Fédération internationale de la Croix-Rouge, n’est pas le seul à réaliser des opérations de sauvetage. Au total, plus de 1 000 migrants tentant de rejoindre l’Europe se trouvent actuellement sur l’Ocean Viking et d’autres bateaux de secours en mer. Franceinfo fait le point sur la situation.

1Quel est ce navire ?

Construit en 1986, l’Ocean Viking était conçu à l’origine pour des missions d’assistance en mer du Nord, pour l’industrie pétrolière et gazière. Affrété par SOS Méditerranée depuis 2019, il a déjà effectué plusieurs campagnes au large de la Libye. Ce navire a pris le relais de l’Aquarius, qui a opéré entre 2016 et 2018. Au total, l’association dit avoir secouru plus de 35 000 personnes en six ans.

 

 

L’Ocean Viking est notamment équipé de trois canots de sauvetage, d’un espace médical, d’une salle mortuaire et de conteneurs aménagés pour la vie du quotidien. Chaque mission mobilise un coordinateur et son adjoint, ainsi que onze marins-sauveteurs. Une équipe médicale de sept à huit personnes est également présente à bord, afin d’apporter des soins aux rescapés. 

2Qui est à bord actuellement ?

Au total, 234 personnes sont à bord, en mer, et attendent de pouvoir accoster. Parmi elles, « un bébé de trois mois, 52 mineurs », a précisé Xavier Lauth, le directeur des opérations de SOS Méditerranée, sur RMC. « Ils viennent de passer une nuit assez terrible, avec des vents extrêmement forts. Ils ont pris de la pluie, de la houle, ils ont froid« , a-t-il ajouté. Selon lui, « beaucoup de gens malades » se trouvent sur le bateau après « une nuit très dure » et treize jours d’attente à bord.

Par ailleurs, les provisions commencent à manquer. « Les passagers secourus sont calmes, même si certains commencent à montrer des signes de mal de mer », a expliqué à l’AFP un photographe présent à bord. « Cela fait aujourd’hui exactement deux semaines depuis la première opération de sauvetage. » De nombreux rescapés présentent « des signes de torture, de violence sexuelle et d’abus dus à leur séjour en Libye », explique aussi l’ONG.

3Pourquoi est-il bloqué en mer ?

L’Ocean Viking se trouve actuellement au large de la Sicile et recherche toujours un port pour accoster. L’ONG a d’abord adressé une demande à la Libye et à l’Italie, sans obtenir de réponse. La Libye, de toute façon, ne peut pas offrir de « port sûr », affirme Xavier Lauth. Le ministre de l’Intérieur italien, Matteo Piantedosi, avait par ailleurs annoncé une directive afin d’avertir les forces de police et les autorités que le gouvernement songeait à interdire l’entrée dans les eaux territoriales de l’Ocean Viking et du Geo Barents.

Les deux navires n’ont pas reçu de communication officielle sur une telle décision, mais « ils sont néanmoins confrontés à un blocage total en haute mer et à une interdiction implicite d’entrer dans les ports italiens », précise SOS Méditerranée. Celle-ci a donc sollicité la France, l’Espagne et la Grèce. « Ce blocus en mer n’est pas qu’une honte, c’est aussi une violation flagrante du droit maritime international et du droit humanitaire », commente Nicola Stalla, coordinateur chez SOS Méditerranée. « Toute journée d’attente supplémentaire pourrait avoir des conséquences fatales. »

D’après le ministère italien de l’Intérieur, 85 991 personnes sont arrivées par la mer en Italie entre le 1er janvier et le 2 novembre, dont la moitié sont des ressortissants venus de Tunisie, d’Egypte et du Bangladesh. Et depuis le début de l’année, 1 765 migrants ont disparu en Méditerranée, dont 1 287 en Méditerranée centrale, la route migratoire la plus dangereuse au monde, selon l’Organisation internationale pour les migrations.

4Va-t-il trouver un port d’accueil ?

Paris a réagi vendredi par la voix de Gérald Darmanin, son ministre de l’Intérieur. Interrogé sur BFMTV, ce dernier a demandé à Rome de respecter le droit international : « Quand un bateau demande à accoster avec des naufragés à bord, c’est le port le plus sûr le plus proche qui doit l’accueillir, en l’occurrence l’Italie. » D’après lui, la France est prête « à prendre bien évidemment une partie des femmes et des enfants, comme nous l’avons fait précédemment », afin que l’Italie ne porte pas seule « le fardeau de cette arrivée ».

L’Italie a fini par accorder, vendredi, un port sûr au navire de l’ONG allemande SOS Humanity. Le ministre italien des Affaires étrangères italien, Antonio Tajani, a annoncé que le navire Humanity 1 se dirigeait vers Catane. Dès qu’il sera arrivé dans la rade de ce port sicilien, des médecins monteront à bord pour vérifier l’état de santé des 179 migrants qu’il a secourus en Méditerranée.

Xavier Lauth, de son côté, réclame la mise en place d’un mécanisme européen pour gérer ces questions, afin d’éviter de trop longues négociations à chaque fois que des personnes sont secourues en mer. « Un mécanisme pourrait permettre de soulager des Etats côtiers, particulièrement touchés par cette situation, et de réaliser des débarquements en sécurité, ce que nous n’avons pas à l’heure actuelle », a-t-il déclaré sur RMC.


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