COP27 : financements Nord-Sud, hausse des engagements… On vous explique les principaux enjeux des négociations sur le climat

La diplomatie mondiale a une nouvelle fois rendez-vous au chevet du climat. La COP27 s’ouvre, dimanche 6 novembre, à Charm-El-Cheikh, en Egypte, pour accélérer la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre, responsables du réchauffement de la planète. Pendant deux semaines, les Etats vont en priorité tenter de s’entendre sur les enjeux de solidarité.

« Reconstruire la confiance entre le Nord et le Sud », à travers la question des financements, figure ainsi en haut dans l’agenda du secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, qui appelle à un « pacte historique ». Dans un contexte géopolitique bouleversé par la guerre en Ukraine, les promesses de financement pour les pays en développement et la matérialisation du principe des « pertes et dommages » seront au cœur des négociations. Franceinfo détaille les points clés de cette COP27.

Maintenir le cap malgré la guerre en Ukraine

Le monde de la COP27 est très différent de celui de la COP26, organisée en 2021 à Glasgow. Depuis, la Russie a envahi l’Ukraine, provoquant une crise diplomatique et énergétique. « C’est un moment crucial. Les questions climatiques et énergétiques sont au cœur de la géopolitique aujourd’hui », analyse Sébastien Treyer, directeur général de l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri).

De nombreux pays, qui dépendaient de la Russie pour le gaz ou le pétrole, doivent revoir leur approvisionnement et faire des choix. Au risque de revenir sur leurs engagements climatiques ? « Le premier enjeu clé est de concilier ce qu’on fait vis-à-vis de la Russie avec nos engagements climatiques sur lesquels nous ne transigerons pas », explique-t-on à l’Elysée, où l’on assure que la guerre a « renforcé la détermination à sortir des énergies fossiles ».

Donner la priorité à l’Afrique

Hébergées en Egypte, ces négociations doivent offrir la priorité à la situation de l’Afrique. C’est le sens de la tribune publiée par Emmanuel Macron, le président sénégalais, Macky Sall, et le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, sur le site du quotidien britannique The Guardian. Les chefs d’Etat se fixent comme priorité d’« accélérer radicalement l’adaptation au dérèglement climatique en Afrique et dans les pays vulnérables du monde entier » pour cette COP27. Car ce continent est le « plus vulnérable face à cette crise mondiale », affirment les dirigeants, qui y déplorent une perte de 15% de PIB chaque année à cause des « conséquences destructrices du changement climatique ».

D’autant que, pour Sébastien Treyer, la nouvelle donne géopolitique place les pays africains en position de force. D’abord, parce que les Occidentaux cherchent de nouveaux alliés sur la scène internationale face à la Russie. Aussi, parce que ces pays détiennent les ressources dont les Européens ont besoin pour leur transition énergétique. « Des ressources minérales pour l’électrification », précise Sébastien Treyer, mais aussi des ressources fossiles.

Rehausser les engagements des Etats

Ils ne sont toujours pas à la hauteur. Depuis la signature de l’accord de Paris, les Etats, qui fixent eux-mêmes leurs objectifs, sont appelés chaque année à rehausser leur ambition pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Depuis la COP26, les efforts consentis par les pays ne représentent que 1% des émissions en 2030 déplorait l’ONU dans un rapport, en octobre 2022. En l’état, ces engagements mènent la planète vers un réchauffement de 2,4 à 2,6 degrés d’ici à la fin du siècle, selon les estimations de l’ONU Environnement. Loin des 2 degrés (voire 1,5 degré) fixés comme limite dans l’accord de Paris.

« Cela signifie que notre planète risque d’atteindre un seuil qui rendra le chaos climatique irréversible et provoquera à jamais une augmentation catastrophique de la température », a prévenu Antonio Guterres, le secrétaire général de l’ONU.

Avancer sur les « pertes et dommages »

Les « pertes et dommages » seront l’un des dossiers brûlants de cette COP27. Cette expression désigne « les conséquences que l’on ne peut pas éviter, même si on fait tout pour réduire le réchauffement climatique et s’y adapter », explique Fanny Petitbon, responsable plaidoyer de Care France. Concrètement, ce sont les dégâts déjà provoqués par des événements extrêmes, comme les récentes inondations au Pakistan ou la vague de chaleur qui a frappé l’Europe durant l’été, et par des phénomènes plus progressifs comme la montée du niveau marin.

À ce critère physique s’ajoute une dimension politique : les pays les moins développés sont les plus touchés par ces « pertes et dommages » alors qu’ils sont les moins préparés pour y faire face et les moins responsables du réchauffement global. « Ces dégâts sont provoqués par l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre, dont les pays du Nord sont principalement responsables », rappelle Sidra Adil, chercheuse au Collective for Social Science Research de Karachi (Pakistan). L’Amérique du Nord, l’Europe et l’Australie sont responsables de 63% des émissions de CO2, le principal gaz à effet de serre, depuis le début de la révolution industrielle, contre 3% pour le continent africain ou 0,28% pour le Pakistan, selon les données de la plateforme Our World in Data.

C’est en partant de ce constat que les pays les plus exposés, notamment les petits Etats insulaires, demandent l’instauration d’un mécanisme de compensation distinct des fonds qui existent déjà pour l’adaptation ou la diminution des émissions. Sans succès pour le moment face aux réticences des pays du Nord. « La question du financement a toujours été un grand tabou. Les grands pays pollueurs ne veulent pas être renvoyés devant les tribunaux s’ils admettent une part de responsabilité », contextualise Inès Bakhtaoui, chercheuse au Stockholm Environnemental Institute.

Les choses bougent ces dernières années. En 2021, à la COP de Glasgow, les pays du Nord avaient réussi à transformer la proposition de créer un mécanisme en un nouveau cycle de dialogue sur la question. Mais l’Ecosse, bientôt suivie par la Wallonie et le Danemark, était devenue le premier pays à promettre une aide financière pour les pertes et dommages. A Charm-el-Cheikh, le sujet pourrait être inscrit à l’agenda officiel, voté en ouverture du sommet. Une première qui laisse espérer des avancées concrètes aux défenseurs du sujet. La France s’est dite « ouverte » sur cette question, tout en précisant que la création d’une « nouvelle facilité financière » n’était pas la réponse la « plus efficace ».

Atteindre 100 milliards par an pour les pays du Sud

La promesse date de 2009 (lors de la COP15 à Copenhague) et n’a toujours pas été mise en œuvre. Les pays dits « développés » s’étaient engagés à verser 100 milliards de dollars par an aux pays dits en « développement » à horizon 2020. Ce « fond vert » doit financer des projets de lutte contre le réchauffement climatique et d’adaptation. « Depuis 3, 4 ans on plafonne à 80 milliards par an, déplore Sébastien Treyer. Il faut repartir à la hausse dans cette mobilisation des financements publics et privés du Nord vers le Sud. »

Des engagements supplémentaires pourraient être annoncés pendant cette COP27, notamment grâce à la mobilisation des diplomaties canadiennes et allemandes. Mais Sébastien Treyer reste « dubitatif » sur l’a possibilité d’atteindre 100 milliards. « Certains pays européens du G7 ont fait des efforts notables dans leur aide public au développement, mais en face, les Etats-Unis sont de faibles contributeurs par rapport à leur PIB », détaille-t-il. A la veille des élections américaines de mi-mandat, Joe Biden pourrait notamment voir ses ambitions pour le climat entravées par l’opposition républicaine.


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