« L’homme à la tête de lion », dernier roman graphique de Xavier Coste : une plongée dans l’univers du cirque et des « freaks »

Après avoir adapté le roman culte 1984  de George Orwell, Prix BD Fnac France Inter 2021, Xavier Coste revient avec L’homme à la tête de lion, un album publié le 24 août aux éditions Sarbacane. Il signe cette fois le scénario original, une histoire de « freaks » émouvante, qui interroge sur l’animalité et la sauvagerie des hommes, qui n’est pas toujours là où on l’attend.

L’histoire commence avec l’arrivée à New York d’un paquebot : un homme élégant, souliers rutilants aux pieds, redingote, fume sur le pont. Mais au milieu de la foule qui arrive dans une ville qui fait rêver le monde entier, c’est surtout la tête de cet homme que l’on remarque : une tête de lion. Hector Bibrovski est né à la fin du 19e siècle, le visage et le corps couverts de poils, comme son père, « artiste » de cirque.

Pages 24 et 25 de "L'homme à la ête de lion" de Xavier Coste, août 2022 (EDITIONS SARBACANE)

Pages 24 et 25 de "L'homme à la ête de lion" de Xavier Coste, août 2022 (EDITIONS SARBACANE)

Soeurs siamoises, avaleur de sabre, homme-tronc, géant sont ses compagnons de route, mais plus que toutes les autres bêtes de foire, c’est lui, ce garçon à la tête de lion qui fascine les foules des villes d’Europe où se produit son cirque. Sous ses allures de bête sauvage, l’homme à la tête de lion cache pourtant une âme sensible, un être cultivé qui lit Moby Dick et dessine les animaux du cirque.

Sa vie prend une nouvelle tournure quand il est recruté par le plus grand cirque américain. Si l’homme à la tête de lion enchaîne les tournées et gagne désormais beaucoup d’argent, il se sent toujours seul dans un monde qui voit le cirque péricliter, détrôné par de nouvelles formes de divertissement comme le cinéma.

Avec cet album, Xavier Coste nous plonge dans le monde du cirque et des « freaks », ces créatures qui faisaient autant que les animaux le sel des spectacles de l’âge d’or du cirque. L’auteur interroge avec subtilité la question de l’animalité et de la sauvagerie à travers le portrait d’une « bête » de foire pleine de sensibilité et de raffinement, sans cesse taraudée par le désir de retourner à son état d’animal.

Pages 52 et 53 de "L'homme à la ête de lion" de Xavier Coste, août 2022 (EDITIONS SARBACANE)

Pages 52 et 53 de "L'homme à la ête de lion" de Xavier Coste, août 2022 (EDITIONS SARBACANE)

L’histoire nous est racontée à la première personne. C’est donc par sa propre voix que l’on découvre la personnalité singulière de cet homme lion au coeur tendre, vivant au milieu d’une galerie de personnages étranges. Des êtres difformes que des patrons de cirque exploitent sans scrupule et jettent comme de vulgaires objets quand le spectacle de leur différence ne fait plus vibrer les foules. Qui, de l’animal ou de l’homme, est le plus sauvage ? Cette question traverse ce magnifique album sans y apporter de réponse attendue.

Très inspiré, l’auteur s’empare de l’univers du cirque et des freaks avec un graphisme très libre, multipliant les matières et la forme des pages, à l’image de ce monde hors format. On pense au cinéma de Fellini, au film de Tod Browning bien sûr (Freaks, 1932), mais certaines planches, très picturales, évoquent également les tableaux de Marc Chagall…  Ce roman graphique très réussi tant par sa narration subtile de la quête solitaire d’un être différent, que par sa frappante mise en images, est l’un des albums BD à ne pas rater de la rentrée 2022.  

Couverture de l'album "L'homme à la ête de lion", de Xavier Coste, août 2022 (EDITIONS SARBACANE)

Couverture de l'album "L'homme à la ête de lion", de Xavier Coste, août 2022 (EDITIONS SARBACANE)

« L’homme à la tête de lion », de Xavier Coste (Sarbacane, 208 pages, 29,00 €)


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