REPORTAGE. « On est du bétail » : la lassitude des usagers de la RATP face au manque de conducteurs

C’est l’heure de pointe à la station Saint-Lazare, la deuxième la plus fréquentée de tout le réseau parisien. S’asseoir pendant le trajet sur la ligne 13 du métro, Nadine n’y pense même pas. « Une place assise, c’est le grand luxe ! Il faut encore pouvoir monter dans la rame, c’est souvent ça le problème. »

Pour tenter de fluidifier le quai, une annonce est faite : « Merci de laisser descendre avant de monter. » « Vous voyez, c’est déjà plein ! », s’exclame Luis, lundi 7 novembre. Il voit son métro arriver en retard, au bout de cinq minutes au lieu de deux, comme prévu. « On est du bétail, on est les uns sur les autres, ça va être comme ça jusqu’à Saint-Denis Université [le terminus de la ligne 13]. »

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Le manque de trains, Ilva l’a bien remarqué sur la ligne 12 : « Je viens de laisser passer le deuxième train, parce qu’il y avait trop de monde », se désole-t-elle. « Depuis la rentrée, ça arrive très souvent. J’attends parfois même une demi-heure. » Alors elle observe attentivement arriver le prochain train. « Je vois des gens se préparer à descendre. Ah, il y a un peu de place ici, je vais le prendre celui-là ! »

Même ligne, même stratégie adoptée par Marc depuis deux mois : « Quand je suis en avance, effectivement, je laisse passer des trains. Après, quand je n’ai pas le choix et bien… Je rentre dans le tas ! », explique-t-il.

« Si le service se dégrade, ça devrait se répercuter sur le prix, qui devrait baisser. Mais si on baisse le prix, la RATP aura moins d’argent pour recruter ou faire des infrastructures, donc… « 

Marc, usager de la RATP

à franceinfo

L’abonnement mensuel coûte un peu plus de 75 euros, et jeudi 10 novembre, jour de grève, les syndicats promettent une forte mobilisation avec « zéro métro« .

Danielle soutient tout de même le mouvement. « En tant que voyageuse, je dis à la RATP qu’il ne sont pas à l’écoute du client », estime cette usagère depuis 40 ans. « Ils devraient recruter des gens, autant pour le métro que pour le bus. Et avec un salaire décent. Ils ne sont pas assez payés les gars, donc ils ne veulent pas y aller ! »

Un appel partagé par Christophe Cabos, le délégué CGT des conducteurs. « Il n’y a pas une ligne qui s’en sort correctement. Il manque entre 140 et 150 conducteurs de métro. »

« Aujourd’hui, un conducteur va commencer avec un salaire à 1 800 euros net. Quand vous faites le calcul, avec toutes les contraintes qu’il y a, on n’attire plus. »

Christophe Cabos, délégué CGT des conducteurs RATP

à franceinfo

Les syndicats demandent une augmentation de salaire de 300 euros par mois. La direction, de son côté, assure accélérer le recrutement d’une centaine de conducteurs dans le métro. D’ici là les voyageurs sont invités à patienter, la RATP promet un retour à la normale à la fin du mois de mars. 

« On est du bétail » : la lassitude des usagers de la RATP face au manque de conducteurs – le reportage de William de Lesseux

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