INFOGRAPHIES. Coupe du monde 2022 : quels sont les clubs qui ont fourni le plus de joueurs à l’équipe de France depuis 1904 ?

Dans votre placard, entre les chemises et le costume que vous n’enfilez que pour les mariages, trône un maillot de l’équipe de France. Floqué. Selon le nom figurant au dos – Platini, Henry, Benzema ou encore Mbappé – on devine quel club vous fait vibrer tous les week-ends, hors trêve internationale. 

Alors que Didier Deschamps dévoile sa liste des appelés, mercredi 9 novembre à 20 heures, deux semaines avant l’entrée en lice des Bleus pour la Coupe du monde au Qatar, franceinfo s’est penché sur les près de 12 000 sélections accordées aux joueurs tricolores depuis 1904 afin de trancher le débat sur les clubs qui ont le plus compté dans le destin de l’équipe de France.

A jamais les premiers. C’est ce que peuvent (encore) se dire les supporters de l’OM. Le club phocéen demeure le principal réservoir d’internationaux de l’équipe de France, le dernier appelé étant le piston droit Jonathan Clauss, arrivé de Lens l’été dernier. La longévité du club marseillais dans l’élite du foot français – le premier international appelé remonte à 1926 – est remarquable par rapport à ses rivaux sur la scène hexagonale, qui connaissent tour à tour une phase de domination suivie de périodes de vaches maigres (le Stade de Reims dans les années 1960, Saint-Etienne durant la décennie 1970, Nantes et Bordeaux au tournant des années 1980, Lyon au début des années 2000).

Une présence soutenue chez les Bleus qui se retrouve dans notre calcul des sélections cumulées par club (lire notre méthodologie à la fin de l’article). « Ce qui me surprend le plus dans ce graphique, c’est qu’il n’y ait pas plus de clubs étrangers », s’étonne François Da Rocha Carneiro, historien des Bleus et auteur de l’ouvrage Une histoire de France en crampons (éditions du Détour). L’augmentation du nombre de matchs, combinée à l’exode grandissant des joueurs tricolores dès leur plus jeune âge, fait mécaniquement grimper des clubs étrangers. Aujourd’hui, Chelsea et Arsenal, qui bénéficient de deux décennies d’investissements dans la « Farmers League ». Et bientôt le Bayern Munich, le Real Madrid ou le Milan AC, qui ont à leur tour investi dans le « made in France » ces dernières années.

On distingue nettement quatre phases dans l’évolution du cheptel de clubs dans lesquels puise la sélection. Les Années folles sont marquées par la prééminence des clubs parisiens et du Nord. « Le patron du comité de sélection, André Billy, qui est aussi celui de l’OIympique lillois, a tendance à ne sélectionner que des joueurs de la région, car il les connaît », illustre François Da Rocha Carneiro. A partir des années 1930, commence l’avènement des clubs professionnels, à l’image du FC Sochaux, mis sur orbite par l’entreprise Peugeot. « A l’époque, l’équipe de France est constituée pour toute une année, les changements ne se font que sur blessure », précise l’historien, pour expliquer la relative stabilité des forces en présence à cette période. 

Après la Seconde Guerre mondiale, on observe l’émergence à grande vitesse du Stade de Reims et du Lille OSC, devenus les places fortes du foot hexagonal. « C’est à ce moment là que s’impose l’idée qu’il faut que les joueurs aient des automatismes entre eux, et que les sélectionneurs commencent à en prendre beaucoup issus d’un même club en vue », poursuit François Da Rocha Carneiro. Fini le temps de jouer aux marchands de tapis au sein du comité de sélection pour ménager les susceptibilités. Un club comme les Girondins de Bordeaux bondit de 60 sélections cumulées en 1982, année d’une demi-finale de Mondial France-Allemagne entrée dans la légende.

Au moment où l’OM s’installe en tête du classement pour ne plus le quitter, en 1997, la domination des joueurs du championnat de France sur les Bleus se conjugue déjà au passé. L’arrêt Bosman, permettant la libre-circulation des footballeurs dans l’UE, dépeuple progressivement les clubs français de leurs meilleurs joueurs, et donc de leurs internationaux. En 1995, Aimé Jacquet couche sur le papier un onze composé uniquement de joueurs appartenant à des clubs français, face à la Norvège. Cinq ans plus tard, Roger Lemerre compose une équipe évoluant à 100% à l’étranger pour une démonstration 4-0 en Turquie.

Des clubs historiquement pourvoyeurs comme Nantes ou Saint-Etienne se sont mués en pouponnières et voient leurs jeunes pousses s’envoler vers d’autres cieux avant d’avoir accumulé les sélections. Le dernier Canari à avoir porté le maillot des Bleus en match n’est autre que Mickaël Landreau, il y a seize ans. Le dernier Vert ? Stéphane Ruffier (un autre gardien), en 2015. Le dernier Girondin ? Benoît Trémoulinas, en 2013. Le dernier Sochalien ? Marvin « nouveau Zidane » Martin, il y a dix ans. Le dernier Messin ? Robert Pirès, en 1998… Faites la recherche pour votre club dans notre moteur ci-dessous.

« Le modèle, désormais, c’est un parcours à la Griezmann », avance François Da Rocha Carneiro. Un joueur parti avant ses 20 ans à l’étranger, qui explose sans être forcément passé par la Ligue 1. L’exemple du jeune attaquant Mathys Tel, arraché par le Bayern Munich à Rennes cet été, moyennant un chèque de 28 millions d’euros alors qu’il n’a joué qu’une poignée de matchs dans l’élite, est voué à se reproduire.

Si on se penche sur les lieux de naissance des joueurs, les principaux centres urbains du pays voient, sans surprise, naître le plus d’internationaux.

Reste aux recruteurs des clubs étrangers à trouver la perle rare dans les sept départements qui n’ont jamais vu de natif du cru revêtir le maillot bleu. Certes, les Hautes-Alpes, le Gers, le Lot, le Lot-et-Garonne, la Lozère, la Haute-Marne et Mayotte ne figurent pas parmi les départements les plus peuplés, ni, dans le cas de ceux situés dans le Sud-Ouest, des plus portés sur le ballon rond. « Le fait qu’il n’y ait qu’un Fabien Barthez pour gonfler les statistiques de l’Ariège [il est né à Lavelanet] relève de l’exception démographique plus que d’un problème de concurrence avec le rugby », analyse toutefois François Da Rocha Carneiro.

L’exemple récent de Benoît Badiashile, deux capes contre l’Autriche et le Danemark en septembre, montre que rien n’est impossible : le natif de Limoges vient de devenir le premier Haut-Viennois à jouer avec les Bleus.


Méthodologie : Seuls les joueurs qui ont effectivement porté le maillot de l’équipe de France, et qui n’ont pas seulement été appelés (comme le gardien nantais Alban Lafont par exemple), sont comptabilisés. Les clubs qui ont changé de nom apparaissent sous leur dénomination actuelle. Les clubs issus d’une fusion générant une entité nouvelle – comme le Losc, fruit du mariage entre l’Olympique lillois et le SC Fives – redémarrent à zéro, sans reprendre les sélections accumulées par les clubs précédents.


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