ENQUETE FRANCE 2. « Depuis que je travaille ici, j’ai mal à la poitrine » : au Qatar, plongée dans l’enfer d’une cimenterie liée à des groupes français

De grandes entreprises ont-elles été au courant des conditions de travail indignes sur certains de leurs chantiers au Qatar ? L’Oeil du 20 heures s’est rendu dans une immense cimenterie située à une quarantaine de kilomètres de Doha, appartenant à Beton Qatar. Une entreprise à laquelle auraient fait appel Bouygues et des filiales de Vinci pour mener d’immenses chantiers dans l’Emirat : un quartier d’affaires de Doha, un parc public ou encore une ligne de métro. 

Au milieu du désert, dans le bruit assourdissant des machines qui tournent 24h sur 24, des centaines d’ouvriers africains et asiatiques travaillent et vivent ici. Ramou – son nom a été changé – nous guide vers son dortoir, en réalité des cabanes de chantier, où le sol est parfois couvert de boue. Dans cette pièce d’environ 10 mètres carrés, ils vivent à quatre alors que la loi qatarie impose un minimum de 6 mètre carré par ouvrier. « Là, c’est la cuisine », précise Ramou devant un réchaud de fortune.

Ici, le béton et sa poussière ne s’arrêtent pas aux portes de la chambre. « Si vous ne couvrez pas, tout sera blanc de poussière dès demain, précise notre hôte. Depuis que je travaille ici, j’ai mal à la poitrine. Avant, je n’avais rien« , ajoute-t-il encore. Ramou affirme être payé environ 1000 euros par mois pour 70 heures de travail par semaine, sept jours sur sept, sans un seul jour de repos. Il y a deux ans, il dit avoir été victime d’un accident de travail. Quelques semaines après l’accident, il affirme avoir été contraint de rentrer dans son pays d’origine pour se soigner, à ses frais.

Après notre tournage, nous avons tenté de joindre son employeur, Beton Qatar, la société qui gère la cimenterie. Sans succès. Sur son site internet, l’entreprise présente les chantiers auxquels elle a participé et ses clients au Qatar. Parmi eux, deux groupes français. Bouygues mais aussi des filiales du groupe Vinci : VCGP et QDVC. 

Les groupes français avaient-ils connaissance des conditions de vie et de travail des ouvriers de leur fournisseur, que nous avons rencontrés dans la cimenterie ?Contacté, Bouygues nous indique ne pas vouloir communiquer sur ses chantiers passés. Voici la réponse de Vinci, joint ce mercredi 9 novembre : « On a trouvé dans nos archives des contrats très ponctuels qui remontent à plus de dix ans avec Béton Qatar. Lors de nos chantiers, nous avons mis en place des procédures très strictes avec les sous-traitants, mais on ne peut pas le faire avec tous les fournisseurs. » Vinci précise, par ailleurs, avoir écarté plusieurs entreprises locales qui ne respectaient pas les droits des employés.


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