Surpopulation carcérale : la contrôleuse des prisons exhorte le gouvernement à « affronter la réalité »

Elle évoque un « cauchemar » dans les prisons françaises. Dans un entretien à l’AFP vendredi 11 novembre, la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté (CGLPL), Dominique Simonnot, exhorte le gouvernement à « affronter la réalité » carcérale et à « agir » contre la surpopulation.  Dominique Simonnot appelle le gouvernement à « faire preuve de courage politique » et soutient l’inscription dans la loi d’une  forme de régulation carcérale. 

A son arrivée à la tête de l’autorité indépendante en 2020, les prisons étaient occupées à 100,7%, avec quelque 61 100 détenus pour 60 650 places. Elles comptent désormais 72 350 détenus, 2 053 matelas posés à même le sol, et le taux d’occupation atteint 119,2% en moyenne, selon les derniers chiffres officiels.

A la maison d’arrêt de Bordeaux-Gradignan, occupée à plus de 200%, « j’ai vu des gens à trois par cellule avec 0,8 m2 d’espace vital par être humain », décrit Dominique Simonnot. La nuit, le troisième détenu dort par terre et se sert d’une porte pour poser son matelas afin de ne « pas respirer des petits cafards au milieu de la poussière », explique-t-elle. « Gradignan, c’est quand même une prison où les surveillants nous ont dit : ‘Moi, détenu, je ne rentrerais pas dans les cellules’ et nous ont parlé de leur détresse. Et où les détenus répondent : ‘Il faut les comprendre, ils sont à bout, on est trop' », souligne l’ancienne journaliste du Canard enchaîné.

Après cette visite, le CGLPL a adressé en juillet des recommandations en urgence, dénonçant des conditions « inhumaines » de détention. Son avis n’est toutefois pas contraignant. A chaque prison épinglée par l’autorité indépendante, il est répondu « ne vous inquiétez pas, une nouvelle prison va sortir de terre ». Mais cette « course à la construction est sans fin et les détenus ne peuvent attendre dans ces conditions », insiste Dominique Simonnot.

A la maison d’arrêt de Fresnes, où l’Etat est condamné à effectuer d’importants travaux de rénovation, Dominique Simonnot a vu un détenu « le dos constellé de boutons » de punaises de lit. La contrôleuse générale des prisons ne compte plus les courriers de prisonniers qui ne vont plus aux toilettes par manque d’intimité et « qui frôlent l’occlusion » intestinale. Ni ceux témoignant des « hurlements » la nuit d’un codétenu atteint de troubles mentaux. Elle évoque aussi le cas d’un homme qui s’est pendu et qu’on doit décrocher. « Il y a une vraie mise en danger », alerte-t-elle.


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