TEMOIGNAGES. Six fans racontent comment la série a rendu plus belle leur vie : « On avait l’impression d’appartenir à une famille »

Le Bar du Mistral ferme ses portes. Après 18 saisons et 4 665 épisodes tournés, la série Plus belle la vie s’arrête le 18 novembre. La série de France 3 a su trouver sa place et son public au fil des années. Une solide communauté de téléspectateurs avait rendez-vous tous les soirs avec Mirta, Roland, Thomas, Samia, Charles ou Céline. Au plus fort du succès de la série, en 2008, ils étaient jusqu’à six millions à se retrouver, du lundi au vendredi, devant leur écran pour suivre ces tranches de vie méditerranéennes. Abordant des thèmes de société majeurs (racisme, homosexualité, handicap…), le feuilleton a pu avoir une influence majeure dans la vie de certains fans. Six d’entre eux racontent leur expérience personnelle à franceinfo.

Angélique, 27 ans, Bar-le-Duc (Meuse) : « La série m’a aidé à accepter l’idée d’être mère »

« J’ai vu le premier épisode avec la nounou qui me gardait [en 2004] et je n’ai jamais lâché. Je suis tombée enceinte en terminale, en 2015. Au même moment, dans la série, le personnage d’Emma (jouée par Pauline Bression) attendait aussi un enfant. Elle était également lycéenne et, comme elle, je ne savais pas quelle décision prendre sur ma grossesse. On me disait que j’étais trop jeune pour être mère, pour assumer cet enfant. On évoquait mon avenir incertain. Ma mère a été dure avec moi, comme celle d’Emma. Elle n’a pas accepté ma grossesse et j’ai dû partir vivre chez mon compagnon de l’époque.

On a beaucoup discuté lui et moi et quand j’ai vu que le couple dans la série y arrivait, je me suis dit que je pouvais aussi le faire. On voyait les personnages assumer cette grossesse. Ils m’ont aidé à accepter l’idée d’être mère et à ne pas me sentir mal.

« Si ma fille Emma est là, c’est grâce au personnage d’Emma. »

Angélique, fan de « Plus belle la vie »

à franceinfo

Avec ma mère, la situation s’est apaisée à la naissance de ma fille. Elle savait que je m’étais identifiée au personnage d’Emma, mais pour elle, j’étais encore trop jeune pour être maman. La série a permis de lui faire prendre conscience du bonheur qu’on pouvait en tirer. Aujourd’hui, ma fille regarde de temps en temps la série. Elle est encore petite, mais quand elle sera plus grande, je regarderai de nouveau la série avec elle avec plaisir. »

Laëtitia, 36 ans, Valence (Drôme) : « Cette série, c’est toute ma vie »

« J’ai découvert cette série adolescente. Mais je devais me coucher à 20 heures. Pour que ma mère me laisse regarder, il fallait que mes devoirs soient faits. Une fois adulte, je me suis rappelée de mon adolescence où je me faisais harceler, comme certains personnages. J’avais très peu d’amis, je subissais du harcèlement moral, notamment parce que j’étais fan de la chanteuse Lorie. J’intériorisais tout, je n’avais pas confiance en moi. Cela m’a conduit en échec scolaire.

En découvrant tous les épisodes, j’ai pris exemple sur des personnages forts, comme Thomas (Laurent Kérusoré), le barman homosexuel, ou Johanna (Dounia Coesens), une adolescente tombée enceinte. Elle était en totale opposition avec ce que j’ai été. Si j’avais eu son caractère, je n’aurais sans doute pas eu tous ces problèmes. J’ai alors voulu rencontrer tous les acteurs de la série. C’est un défi personnel que je me suis lancée et j’y suis parvenue.

« ‘Plus belle la vie’ m’a redonné confiance en moi. Je me suis relevée grâce à la série. »

Laëtitia, fan de « Plus belle la vie »

à franceinfo

Je faisais un pèlerinage plusieurs fois par an devant les studios de la Belle de Mai. j’ai pu discuter avec Laurent Kérusoré qui, lui aussi, a été harcelé à cause de son homosexualité. Mon histoire l’a touché. J’étais à Marseille pour les derniers jours de tournage, ça a été émotion, larmes et mouchoirs à gogo. C’est toute ma vie. Je voulais montrer mon soutien et les accompagner jusqu’au bout. »

Liliane, 67 ans, Fegersheim (Bas-Rhin) : « Mon fils trisomique est plus autonome grâce à cette série »

« Je suis la maman d’Alexis, âgé de 31 ans, qui est trisomique. On a commencé à regarder en 2008. Un jour, je participe à un concours pour visiter les studios. Habituellement, je ne gagne jamais, mais là, j’ai gagné. Sa passion a commencé comme ça. A cette époque, il a 17 ans. Il ne sait ni lire ni écrire. J’ai commencé à lui faire faire des exercices, lui faire écrire ou lire des phrases en rapport avec la série. Cette technique a eu des résultats probants, c’est devenu un rituel qu’il aimait beaucoup. A travers ces exercices, je voulais qu’il puisse se débrouiller dans la vie de tous les jours. Il était très timide, avait du mal à s’ouvrir aux autres. Cette série lui a apporté beaucoup d’autonomie.

On est allé régulièrement sur le lieu de tournage. Au fur et à mesure, il est devenu une sorte de ‘mascotte’. Les vigiles des studios, les acteurs, tous le reconnaissaient. Désormais, quand on va à Marseille, il sait aller tout seul à pied de l’hôtel jusqu’aux studios. Il a même participé à un petit épisode sur le handicap avec Pauline Bression qui joue Emma dans la série. Il a hurlé de joie quand on lui a proposé cela. Il m’a impressionné sur le tournage, il a été très patient. A chaque fois, aller sur le tournage était un plaisir pour lui. Je le voyais heureux. Il me dit qu’il aime cette série parce que : ‘C’est la vraie vie’. »

Elodie, 36 ans, Montpellier (Hérault) : « La série m’a permis de nouer des amitiés »

« J’ai commencé à regarder Plus belle la vie dès le premier épisode. Cette série m’a aidé à traverser des périodes compliquées de ma vie, notamment en 2008, où j’ai fait une grosse dépression. J’étais étudiante pour devenir enseignante, j’étais en train de sombrer. J’allais régulièrement sur le forum de la série, je discutais des épisodes avec des fans, ça m’a permis de nouer des liens d’amitié. Parfois, les discussions dérivaient sur nos vies personnelles.

« C’était vraiment un groupe d’entraide, on avait l’impression d’appartenir à une vraie famille. »

Elodie, fan de « Plus belle la vie »

à franceinfo

A cette époque, la relation entre le personnage de Samia et Boher m’a touchée. Ils étaient comme chien et chat, on voulait les voir ensemble. J’avais trouvé cette histoire belle, une preuve que l’amour triomphe des différences. J’aime beaucoup le commissariat dans la série, j’ai même créé un compte Twitter dédié à ce lieu et ces personnages. Pour l’animer, je me suis même mise au montage. Ça reste artisanal, mais c’était très marrant à faire. Cela m’a donné envie de me perfectionner dans le montage. Après la fin de la série, je vais entreprendre une formation. »

Emilie, 43 ans, Vertou (Loire-Atlantique) : « La série a fait avancer la femme que je suis« 

« J’ai commencé à regarder Plus belle la vie en 2006 avec mon mari. C’est devenu un rendez-vous quotidien. Cette série a fait remonter des choses en moi, notamment lorsque j’ai vu l’épisode avec un personnage est asexué. Je le regarde avec mon compagnon, il sent que quelque chose ne va pas. Je suis quelqu’un de joyeux, dynamique habituellement, mais là, je suis renfermée. Le lendemain, je fonds en larmes. Je raconte que l’épisode de la veille m’a chamboulée, il m’a dit qu’il était prêt à m’écouter. Quelques jours après, je lui ai raconté que j’ai été victime d’une agression sexuelle quand j’étais enfant.

Je n’avais pas oublié l’agression, mais mon corps faisait un ‘blackout’, je ne pouvais pas en parler. Mon compagnon m’a conseillé d’aller voir un psychologue. J’ai fait plusieurs séances qui m’ont aidée à mettre des mots sur ce traumatisme. 

« J’étais dans le déni, je voulais croire qu’il ne m’était rien arrivé. ‘Plus belle la vie’ a agi comme un déclic. »

Emilie, fan de « Plus belle la vie »

à franceinfo

Grâce à ses séances, j’ai même pu porter plainte. Cela n’a rien donné parce que les faits sont prescrits, mais ça m’a aidé à aller mieux. Grâce à mon mari, ma psychologue, j’en parle désormais plus ouvertement. Cet épisode fait partie de ma vie, il a contribué à faire avancer la femme que je suis aujourd’hui. »

Auguste, 26 ans, Poitiers (Vienne) : « Je remercie la série d’avoir fait connaître la transidentité« 

« Dès le 30 août 2004, Plus belle la vie est devenue un rendez-vous. Cela a duré quelques années. Il fallait manger en vitesse ou finir son assiette devant la télévision. J’ai 15 ans et je sens qu’intérieurement il se passe quelque chose, mais je ne me pose pas trop de questions. Je ne me doute de rien. J’étais attirée par les filles, j’avais fait un premier coming out, mais c’est avec les réseaux sociaux que je découvre la transidentité.

En 2018, je savais que j’étais trans, j’avais fait un deuxième coming out auprès de mes amis proches, mais j’avais peur de l’annoncer à ma mère. Puis, un jour elle m’appelle et évoque l’épisode de Plus belle la vie qu’elle a vu la veille. Elle me parle d’un personnage transgenre et me demande si je vis la même chose. Je laisse un blanc de plusieurs secondes. Que dois-je répondre ? Je lâche un ‘oui’ et elle rétorque : ‘Je le savais’. Ça a été un torrent d’émotions, elle me dit qu’elle m’aime très fort, qu’elle est fière et qu’elle a toujours voulu avoir un fils.

« Plus belle la vie m’a permis de m’assumer, si elle n’avait pas existé, mon coming out aurait pu plus mal se passer. »

Auguste, fan de « Plus belle la vie »

à franceinfo

Cette discussion avec ma mère a tout déclenché, j’en ai parlé sur Twitter. J’ai parfois conseillé de regarder les épisodes qui traitaient de ce thème pour aider des personnes qui vivaient la même chose que moi. La série ne traite pas du sujet en profondeur, mais elle le fait de manière simple, juste, sans dramatiser. Je remercie la série d’avoir fait connaître la transidentité, ça a changé ma vie. »


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