Assassinat de Samuel Paty : le professeur ressentait « une vive inquiétude » selon les derniers éléments de l’enquête

L’enquête sur Samuel Paty a établi que le professeur d’histoire-géographie ressentait une « vive inquiétude » lors des jours précédents son assassinat le 16 octobre 2020 dans les Yvelines, selon le « rapport de synthèse » final de la Sous-direction anti-terroriste (Sdat) daté du 28 juin, dévoilé par Le Parisien lundi 21 novembre (article réservé aux abonnés) que franceinfo a pu consulter.

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L’enquête de la Sdat révèle la « vive inquiétude ressentie par Samuel Paty devant l’ampleur et l’agressivité de la polémique » avant son assassinat par Abdoullakh Anzorov. Le professeur a été poignardé puis décapité aux abords de son collège de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) par M. Anzorov, réfugié russe d’origine tchétchène, qui lui reprochait d’avoir montré en classe des caricatures du prophète Mahomet. Abdoullakh Anzorov, tué peu après par la police, avait revendiqué son geste en se félicitant d’avoir « vengé le prophète ».

Selon le rapport, Samuel Paty « s’en ouvrait à au moins deux collègues, à qui il demandait de le véhiculer au collège et/ou à son domicile », deux jours avant son assassinat. Des propos relatés dans un procès-verbal auquel franceinfo a pu avoir accès. Un professeur d’anglais explique aux enquêteurs avoir raccompagné Samuel Paty à son domicile : « Il était un peu sur une autre planète, je ne le reconnaissais pas, il avait clairement peur. Il était emmitouflé avec son masque, sa capuche, il cachait son visage. » 

« Il m’a dit de ne pas le déposer juste devant chez lui. J’ai essayé de le rassurer en lui disant que j’étais là pour lui, il n’a pas parlé durant le trajet, il était renfermé. »

Un professeur d’anglais, collègue de Samuel Paty

aux enquêteurs

Un autre enseignant raconte quant à lui aux policiers de la sous-direction anti-terroriste, que le vendredi 16 octobre 2020, quelques heures avant son assassinat, Samuel Paty était toujours très préoccupé : « Il m’avait demandé si je pouvais le raccompagner mais j’ai dû lui dire non par rapport à mon emploi du temps, il était très tendu ce jour-là. Il tournait en rond dans la salle des profs. Je pense qu’il ne s’était pas lavé ce jour-là, je veux dire qu’il avait une barbe naissante alors qu’à son habitude il était rasé de près. Je pense clairement qu’il avait des craintes pour sa vie ».

D’après les images de vidéosurveillance, ce 16 octobre, Samuel Paty a, selon le rapport, « rabattu la capuche de son manteau sur la tête dès sa sortie de l’établissement, pour potentiellement se dissimuler ». Les enquêteurs ont également retrouvé un marteau dans son sac à dos, « sans qu’il n’ait été possible de déterminer l’usage auquel il était destiné ». Enfin, le professeur d’histoire a fait des recherches internet le 14 octobre 2020, soit deux jours avant les faits, sur la définition juridique d’une menace à l’ordre public et a effectué des recherches « sur lui-même et la polémique dont il faisait l’objet ».

Pour l’avocate des proches de Samuel Paty, maître Virginie Le Roy, ces éléments montrent « un homme rongé par cette menace qu’il vit – à raison – comme une véritable injustice et puis rien ne se passe ». « Malgré la plainte déposée, malgré l’ambiance au collège, il n’y a pas une mesure de protection qui sera prise à son bénéfice », pointe-t-elle.

Deux ans après les faits, les juges d’instruction antiterroristes ont terminé leurs investigations. Le Parquet national antiterroriste doit rendre dans les prochaines semaines son réquisitoire définitif et le transmettre aux juges d’instruction. Sur ce volet de l’enquête, les auditions se poursuivent. Dans ce dossier, quatorze personnes sont mises en examen dont dix pour « complicité d’assassinat terroriste », trois pour « association de malfaiteurs terroriste criminelle » et une pour « dénonciation calomnieuse ». Six d’entre elles sont en détention provisoire.

Après une plainte de proches de Samuel Paty, une autre enquête préliminaire a été ouverte en avril par le parquet de Paris pour « non-assistance à personne en péril » et « non-empêchement de crime » après une plainte déposée par Me Virginie Le Roy contre les ministères de l’Intérieur et de l’Education nationale.


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