Suppression de la police des mœurs en Iran : « Pour les manifestantes, c’est une mesure cosmétique », réagit la politiste Mahnaz Shirali

Un geste de communication vis-à-vis de l’Occident, davantage qu’une main tendue aux manifestants. « La police des mœurs (…) a été abolie », a annoncé samedi 3 décembre au soir le procureur général iranien, Mohammad Jafar Montazeri, ajoutant que les autorités avaient demandé à la justice et au Parlement de revoir la loi de 1983 sur le port du voile obligatoire.

L’Iran est confronté à des manifestations quotidiennes depuis la mort, le 16 septembre, de Mahsa Amini, une Kurde iranienne de 22 ans arrêtée par la police des mœurs pour avoir enfreint le code vestimentaire de la République islamique imposant notamment aux femmes de porter le voile en public. Depuis, plus de 300 personnes ont été tuées dans le mouvement de contestation, selon les Gardiens de la Révolution.

« Il ne s’agit pas d’une annonce [la suppression de la police des mœurs] en bonne et due forme », met néanmoins en garde Mahnaz Shirali, sociologue et politiste iranienne, autrice de Fenêtre sur l’Iran, le cri d’un peuple bâillonné (éd. Les Pérégrines). Cette spécialiste du pays estime que cette mesure, qui ne modifiera pas le quotidien des femmes en Iran, ne permettra pas de mettre fin au mouvement de protestation.

Franceinfo : Qu’ont annoncé les autorités iraniennes samedi ?

Mahnaz Shirali : L’annonce de la suppression de la police des mœurs qui a été faite par le procureur général Mohammad Jafar Montazeri n’est pas une annonce en bonne et due forme. Pour que la police des mœurs soit supprimée, il aurait fallu qu’une loi soit votée par le Parlement iranien. Là, le sujet est évoqué de manière ambigüe.

« Il ne s’agit pas d’une annonce officielle, cela relève davantage d’une rumeur, pour donner le change vis-à-vis de la communauté internationale après deux mois et demi de manifestations. »

Mahnaz Shirali, spécialiste de l’Iran

à franceinfo

Je suis d’ailleurs très surprise de l’ampleur que prend cette annonce en France et aux Etats-Unis, puisque les Iraniennes qui manifestent n’y attachent aucune importance.

Cela ne présage donc pas d’un réel changement en matière de droits des femmes en Iran ? 

Non, absolument pas. Par le passé, la République islamiste a déjà aboli la police des mœurs, mais elle renaît toujours de ses cendres.

« Le nom change, la couleur des uniformes change, mais elle reste le bras répressif de la République islamique. Et le régime ne peut pas vivre sans. » 

Mahnaz Shirali, spécialiste de l’Iran

à franceinfo

Même si la police des mœurs était réellement supprimée, la violence envers les femmes en Iran est institutionnalisée, donc elle ne cesserait pas. Les lois ne soutiennent pas les femmes, n’importe quel membre des bassidji [milices placées sous l’autorité des Gardiens de la Révolution] pourrait kidnapper, frapper, violer une femme sans être retrouvé. Au moins, avec la police des mœurs, les proches des femmes arrêtées savaient où les retrouver. Son abolition, si elle existe, risque de créer une situation encore plus chaotique qu’aujourd’hui. 

Ce geste des autorités iraniennes est-il en mesure d’apaiser le mouvement de contestation ?

Non. Dès hier soir, les manifestantes estimaient qu’il s’agissait d’une mesure cosmétique. Elles revendiquent la suppression de la République islamique, et non la simple suppression de la police des mœurs. Par ailleurs, il y a une fausse interprétation du mouvement à l’étranger. Les Occidentaux pensent qu’il s’agit d’une révolution féministe, pour la cause des femmes, comme si tout le reste allait bien. Ce n’est pas le cas, tout est lié : beaucoup de slogans font ainsi référence à la pauvreté et à la nourriture, car le peuple est affamé. Ces revendications là ne seront pas satisfaites par l’annonce de samedi.


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