Trois choses à savoir sur Viktor Bout, le trafiquant d’armes russe échangé contre la basketteuse Brittney Griner

La Russie a accepté jeudi d’échanger la prisonnière américaine contre ce citoyen russe détenu aux Etats-Unis depuis 2011.

Une étoile du basketball contre un marchand d’armes. L’Américaine Brittney Griner, joueuse professionnelle du club de basket d’Iekaterinbourg (Russie) a été libérée jeudi 8 décembre dans le cadre d’un échange de prisonniers avec Viktor Bout, 55 ans, trafiquant russe emprisonné depuis onze ans aux Etats-Unis. Un soulagement pour la famille de la sportive, mais une perte pour la justice américaine, qui considérait Viktor Bout comme l’un des plus dangereux trafiquants d’armes au monde. Franceinfo retrace le parcours de cet ancien pilote, accusé d’avoir armé de nombreux criminels de guerre autour du globe.

1 Un officier soviétique devenu « marchand de mort »

Natif de Douchanbé, la capitale de l’actuel Tadjikistan, Viktor Bout étudie à l’Institut militaire des langues étrangères de Moscou, une institution qui forme notamment les agents des services de renseignement militaire de l’ex-URSS, souligne RFI. L’homme parle six langues, rappelait en 2010 le Guardian (en anglais). Traducteur et radio de l’armée de l’air soviétique, il mène de nombreuses missions à l’étranger à la fin des années 1980. On le soupçonne d’avoir été membre des services de renseignement militaires.

En 1991, Viktor Bout profite de la chute de l’Union soviétique pour quitter l’armée et se lancer dans de nouvelles activités lucratives. Selon ses accusateurs, il utilise le chaos régnant dans l’ex-URSS pour acheter des armes à bas prix sur des bases militaires désorganisées et auprès d’officiers avides d’argent facile. Coup de génie, il bâtit sa propre flotte d’avions, pour livrer ses cargaisons.

Viktor Bout est accusé d’avoir développé un réseau de vente d’armes à destination, notamment de pays d’Afrique sous embargo international, comme l’Angola, le Libéria, le Rwanda ou encore la République démocratique du Congo. « Viktor Bout était prêt à vendre un arsenal d’armes à faire pâlir certains petits pays », a notamment déclaré le procureur américain Preet Bharara, cité par le New York Times (en anglais), lors du procès de Bout en 2011.

Puisant dans les stocks d’armes d’anciennes républiques soviétiques, il revend fusils, explosifs et véhicules militaires aux groupes armés les plus offrants, gagnant au passage son surnom de « marchand de mort ». Ses avions approvisionnent les talibans afghans en armes, permettent à Mobutu Sese Seko, « Roi du Zaïre », de fuir la guerre civile, mais transportent aussi de l’aide humanitaire pour les Nations unies, rappelle Le Monde.

Le journaliste américain Douglas Farah, co-auteur en 2008 du livre-enquête Merchant of Death (Marchand de Mort), décrit Viktor Bout comme « un officier soviétique qui a su saisir la chance présentée par trois facteurs nés de l’effondrement de l’Union soviétique : des avions abandonnés sur des pistes entre Moscou et Kiev (…), d’énormes stocks d’armes gardés par des soldats que personne ne payait, et l’explosion de la demande en armes ». Le scénario du film américain Lord of War, sorti en 2005 et dans lequel Nicolas Cage incarne un trafiquant traqué par Interpol, est librement inspiré de sa vie.

2 Il purgeait une peine de 25 ans de prison aux Etats-Unis

Après des années de traque par les services de renseignement occidentaux, et sous le coup d’un mandat d’arrêt international, Viktor Bout est interpellé en Thaïlande en 2008, lors d’une opération de la DEA, l’agence anti-drogue américaine, qui le prend au piège. Il a jusque-là réussi à échapper aux polices du monde entier grâce à de nombreux faux passeports, des amis haut placés dans l’administration russe, ainsi que son immense flotte d’avions cargo. Selon l’accusation, il a accepté de vendre un arsenal de fusils et de missiles à ces agents américains, qui se faisaient passer pour des guérilleros des Forces armées révolutionnaires de Colombie souhaitant abattre les hélicoptères américains qui aidaient l’armée colombienne.

Viktor Bout est extradé en 2010 de Thaïlande dans un jet spécialement affrété par les Etats-Unis. Reconnu coupable de trafic d’armes en 2011, il a été condamné l’année suivante à New York à 25 ans de prison. « Je ne suis pas coupable, je n’ai jamais eu l’intention de tuer qui que ce soit, je n’ai jamais eu l’intention de vendre des armes à qui que ce soit, Dieu sait la vérité », lance-t-il avant l’énoncé du verdict.

Son épouse, Alla Bout, le décrit comme un « homme d’affaires honnête et un grand patriote, condamné pour des crimes qu’il n’a pas commis », dans la préface de l’ouvrage du journaliste russe Alexandre Gassiouk, paru en 2021 et qui entend raconter « la vraie histoire » du « Marchand de mort ». « Le mythe créé sur Bout par les Etats-Unis est indécemment primitif : un mauvais gars russe vendait illégalement des armes et essayait de nuire à l’Amérique, mais les bons gars américains y ont mis fin », affirme l’auteur.

3 Un échange de détenus envisagé depuis août

Dès la sentence prononcée aux Etats-Unis, le ministère russe des Affaires étrangères, qui qualifie le verdict de « politique », promet de tout faire pour obtenir le retour de Viktor Bout en Russie. Depuis, Moscou n’a eu de cesse de fustiger l’incarcération du marchand d’armes.

En août dernier, les Etats-Unis ont officiellement formulé une offre d’échange mentionnant Viktor Bout, afin de faire libérer Brittney Griner, mais aussi Paul Whelan, un ancien militaire américain de 52 ans détenu dans une affaire d’espionnage supposé. Le 5 août, au lendemain de la condamnation de Brittney Griner, la Russie a dit être « prête » à discuter d’un échange de prisonniers avec les Etats-Unis. Selon certains experts, Viktor Bout pourrait détenir des secrets militaires et des informations sur l’ex-KGB (les services secrets soviétiques) que Moscou ne veut pas voir s’ébruiter, rappelle Jeune Afrique (article payant).

Si l’échange a finalement eu lieu, l’opération n’a concerné que la joueuse de basketball, au grand dam de la famille de Paul Whelan, en colonie pénitentiaire russe depuis quatre ans. « Même si nous avons échoué à obtenir la libération de Paul, nous n’abandonnerons jamais », a assuré jeudi le président américain, Joe Biden.


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