Maladie d’Alzheimer. Quand la doll therapy ou médiation par les poupées apaise les malades dans les Ehpad

La doll therapy ou thérapie par les poupées est une pratique qui est de plus en plus présente dans les unités Alzheimer des Ehpad. Un outil thérapeutique supplémentaire qui joue sur le bien-être des aînés et qui permet d’éviter la prise de médicaments. Un établissement à Liffré, en Ille-et-Vilaine, l’utilise depuis plusieurs mois.

« Faut le voir pour le croire, et le pratiquer ». Plusieurs mois après avoir testé la doll therapy, Karine Deroy n’en revient toujours pas. Cette aide-soignante et assistante de soins est la référente de l’unité Alzheimer au sein de l’Ehpad associatif Maison Saint-Michel à Liffré, près de Rennes.

Depuis avril dernier, elle pratique la doll therapy ou médiation par les poupées auprès de certains des pensionnaires de son unité atteints de maladies de type Alzheimer. Une approche non médicamenteuse qui permet d’apaiser ces personnes présentant des troubles cognitifs.

Lors de notre première approche avec les pensionnaires, deux de mes collègues et moi-même avons pleuré devant les réactions des séniors. Je ne pensais pas que le simple fait d’arriver avec des poupées dans les bras pouvait avoir cet effet bénéfique sur eux.

Karine Deroy,

Aide-soignante référente de l’unité Alzheimer à l’Ehpad Maison Saint-Michel à Liffré

Cette première approche, Karine Deroy s’en souvient bien. C’est elle qui avait sollicité sa direction pour que neuf soignants de son service soient formés à cette doll therapy.

« Après les cours théoriques de la formation, nous sommes allés dans le service avec des poupées réalistes dans les bras. Très rapidement, les personnes âgées sont venues vers nous et nous ont posé des questions avant de nous demander de prendre les poupées dans les bras. On n’a pas eu besoin d’aller vers eux. Surtout, on disait bien à ces séniors, qui sont naturellement désorientés, qu’il s’agissait de poupées et non pas de bébés. Il ne faut surtout pas leur mentir et les infantiliser » se remémore l’aide-soignante. 

Et de vanter les mérites de cette méthode de médiation. « Tout de suite, les personnes âgées ont le sourire. Ça les apaise et c’est évident que cela favorise leur bien-être. Ce sont des personnes qui sont angoissées de nature et là, on sent bien qu’elles sont plus calmes, qu’elles déambulent moins et qu’elles crient beaucoup moins pour certaines d’entre elles. Et tous ces effets bénéfiques sans médicaments, c’est vraiment bluffant » insiste Karine Deroy.

La formation de deux jours suivie par les soignants de l’unité Alzheimer de cet Ehpad de Liffré a été dispensée par Adeline Ginguéné, une thérapeute spécialisée dans la doll thérapie.

Pour elle, cette pratique, qui est utilisée depuis plusieurs années dans de nombreux pays, n’est pas assez développée en France, alors que des études et des grands noms de la gérontologie la qualifient de bénéfique et d’efficace pour les aînés atteints de maladies neurodégénératives comme Alzheimer.

La poupée est un outil utilisé à des moments-clés pour agir sur l’humeur, le moral des personnes et sur leurs troubles psychologiques et comportementaux comme la déambulation, l’agitation excessive.

Adeline Ginguéné,

thérapeute, formatrice en doll therapy

Adeline Ginguéné insiste sur le fait que la doll therapy ne s’improvise pas et qu’il est important que les soignants soient formés pour bien intégrer que cette approche ne consiste surtout pas à laisser les séniors jouer à la poupée.

Elle rappelle, comme Karine Deroy, qu’il ne s’agit pas d’infantiliser les malades, mais de les soulager. De même, la méthode n’est pas conseillée à des aînés ayant eu des problèmes avec des bébés dans leur existence.

« Certaines personnes troublées vont bien voir une poupée classique et d’autres vont être convaincues que c’est un bébé. Dans ce cas-là, il ne faut pas les contredire, car on pourrait rentrer en conflit, l’objectif étant avant tout de leur faire passer un bon moment et d’entrer en contact avec elles. Chaque geste, chaque mot doit être calculé ».

Tous les aînés ne sont pas sensibles à cette approche thérapeutique. Certains peuvent être plus réactifs à la musico-thérapie ou à la médiation animale. « La technique touche à la notion de réminiscence, aux souvenirs de la personne âgée. Le faciès et la texture des poupées jouent. Certains séniors se mettent même à raconter des histoires aux poupées. La méthode fait aussi appel à la notion d’attachement, le besoin de sécurité et l’envie de prendre soin d’autrui ou d’autre chose. C’est une des raisons pour lesquelles certaines personnes collent la poupée à elles. La poupée est un objet transitionnel rassurant » ajoute Adeline Ginguéné.

Si, pour certains proches, il peut parfois être troublant de voir sa grand-mère ou son grand-père s’occuper d’une poupée, Karine Deroy, l’aide-soignante de l’Ehpad Maison Saint-Michel, n’a pas eu de retour négatif de l’entourage de ses pensionnaires, bien au contraire. 

Depuis la formation en avril dernier, elle a installé trois poupées réalistes dans une petite pièce, avec des « petites chaises et un landau ancien avec des grandes roues » où les résidents peuvent venir à leur guise s’occuper des poupées. La direction de l’Ehpad envisage même d’acheter de nouvelles poupées « empathiques ».


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