Crise énergétique : c’est une « illusion » de penser que l’Europe va réussir à « baisser le prix du gaz » avec sa stratégie actuelle, explique un spécialiste

Les dirigeants de l’Union européenne se retrouvent jeudi à Bruxelles et vont notamment notamment discuter de la crise énergétique liée à la guerre en Ukraine.

« Il ne faut pas se faire d’illusion, que vous achetiez du gaz en commun ou individuellement, le prix du marché restera le même », explique  Philippe Chalmin, professeur d’histoire économique à l’université Paris-Dauphine, jeudi 15 décembre sur franceinfo. Les dirigeants de l’Union européenne se rassemblent jeudi à Bruxelles pour tenter de trouver une réponse commune à l’explosion du prix du gaz et à la crise énergétique provoquée par la guerre en Ukraine. Pour le spécialiste des matières premières et de l’énergie, « la bonne solution pour faire baisser le prix du gaz, c’est de rentrer dans des contrats à long terme ».

« La Chine vient de signer avec le Qatar un contrat qui porte sur 27 ans. En Europe, pour l’instant, on ne s’engage pas sur des contrats à plus de dix ou 15 ans », poursuit Philippe Chalmin. Selon lui, cette stratégie s’explique par l’orientation actuelle du Parlement européen, notamment des Allemands, des Belges et des Néerlandais, qui sont en majorité tournés « vers la fin des énergies fossiles » et la transition énergétique. Une position qui « intéresse beaucoup moins les producteurs », comme le Qatar et l’Australie, compte tenu de « l’importance des investissements », à savoir du coût que représente, par exemple, un train de liquéfaction de gaz naturel.

« On en est réduit, comme on le fait actuellement en Europe, à acheter sur le marché spot », constate Philippe Chalmin. Les prix spot, qui sont les prix établis sur le marché de l’énergie, par les bourses le jour J pour le lendemain, contribuent ainsi à la flambée des prix du gaz pour les ménages et les entreprises. « Sur le marché spot, que vous soyez seul ou en groupe, c’est pareil », ajoute le spécialiste du secteur. Selon lui, « le vrai problème, c’est de savoir quel type de transition énergétique » on souhaite,  si l’on veut ou non « donner au gaz un rôle important, non pas dans les deux trois années à venir, mais dans les 20-30 ans à venir ».

Pour Philippe Chalmin, l’idée de plafonner les prix du gaz est également illusoire. « Vous pouvez toujours dire que vous allez plafonner le prix du gaz, si vous n’en produisez pas, vous ne pouvez que prendre le prix qui est celui du marché », résume le professeur d’histoire économique. « La vraie question, serait d’arriver à décorréler le prix de l’électricité du prix du gaz », explique le professeur d’histoire économique. Ça reviendrait à mettre à plat le fonctionnement du marché de l’électricité en Europe, ce serait une énorme tâche. » Philippe Chalmin s’interroge sur la nécessité, voire la possibilité, de traiter l’électricité comme une matière première comme une autre « et non pas comme un bien public ou un bien commun ».


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