COP15 biodiversité : la surconsommation de viande, grande absente des discussions

Cette cause importante de l’érosion de la biodiversité n’apparaît pas explicitement dans le projet d’accord négocié par la communauté internationale.

« Reforester, réensauvager, arrêter de manger de la viande ». Dans la marche pour la nature organisée le 10 décembre à Montréal (Canada), Sylvain Rolland avait un message pour les négociateurs rassemblés au Palais des congrès pour la COP15 biodiversité. « Le moyen d’avoir un impact positif le plus important pour la biodiversité et le climat, c’est d’arrêter de manger de la viande », revendique cet aide à domicile de 55 ans.

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Il n’est pas le seul à faire ce constat. Le changement d’usage des sols – transformer des milieux naturels en terres agricoles par exemple – est une cause importante du déclin de la biodiversité et du réchauffement climatique. Or, 80% des terres agricoles sont utilisées pour élever du bétail ou faire pousser leur alimentation, relevait l’ONU (en anglais) en avril. Un « premier pas logique » pour réduire l’impact de l’agriculture serait donc « une transition vers des régimes plus végétaux », précise ce rapport sur l’usage des sols.

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) et la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) font le même constat.  « C’est l’une des grandes solutions, de passer à des régimes basés sur les plantes, moins sur la viande et le poisson. On ne parle pas de devenir vegan, mais de s’en passer lors de plusieurs repas dans la semaine », détaille Anne Larigauderie, secrétaire exécutive de l’IPBES.

Pourtant, ni le mot « viande » ni le mot « élevage » ne figurent dans le projet de cadre global négocié (PDF, en anglais) à Montréal. Cet accord, discuté jusqu’au 19 décembre, doit permettre d’enrayer la disparition des animaux, des végétaux et des milieux naturels. La question apparaît seulement de manière implicite, dans la « cible 16″, consacrée à la « consommation soutenable ». Dans sa version actuelle, le texte invite à « s’assurer que le public soit encouragé et capable de faire des choix de consommation soutenables », via le cadre réglementaire, l’information et l’éducation. Une mention écrite entre crochets – ce qui signifie qu’elle fait toujours débat – propose de diminuer par deux « l’empreinte globale » des régimes alimentaires.

Comment expliquer un tel décalage ? « C’est un peu comme pour les COP Climat avec les énergies fossiles [pétrole, charbon, gaz], on tourne un peu autour du sujet », constate Carole-Anne Lapierre, analyste en agriculture et systèmes alimentaires à l’ONG québécoise Equiterre. Dans le cénacle onusien, les accords sont adoptés à l’unanimité et il suffit d’une voix, par exemple celle d’un pays producteur de pétrole ou exportateur de bœuf, pour faire achopper le processus.

En 2015, l’Arabie saoudite avait réussi à faire retirer l’expression « énergies fossiles » de l’accord de Paris. Il a fallu attendre 2021 et la COP26 de Glasgow pour que ces mots figurent dans une décision de COP. En novembre, à Charm el-Cheikh, la mention du pétrole et du gaz au côté du charbon a encore été retoquée.

Le sujet de la viande est également sensible dans les sociétés occidentales. « Ce sont des questions qui fâchent, y compris en France », relève Anne Larigauderie. « C’est très difficile d’avancer sur ce sujet, ce n’est pas très vendeur, observe Sylvain Rolland, le manifestant. Au Québec, c’est un gros problème : nos partis écologistes osent à peine en parler ». Mais il compte bien continuer à lutter.


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