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Astrologie : pourquoi il ne faut pas prendre les horoscopes (trop) au sérieux

À l’approche du Nouvel An, les astrologues rivalisent de projections sur les réseaux sociaux pour l’année 2023. Mais comment ces thèmes astraux sont-ils élaborés ? Et peut-on leur accorder un quelconque crédit ? franceinfo a interrogé un astrophysicien et deux spécialistes de l’astrologie.

En 2023, « il y a des évolutions planétaires extrêmement importantes qui vont se présenter dans le ciel collectivement… Platon va entrer dans le signe du verseau », annonce sur sa chaîne Youtube Jean-Yves Espié, « astrologue depuis trente ans ». Avec « humilité », dit-il, il avance cette hypothèse : « On peut imaginer qu’on va aller vers un monde qui va faire plus de place à l’humain, plus de sobriété… »

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En cette fin d’année, les conseils et prévisions astrologiques pullulent sur les réseaux sociaux, de l’analyse généraliste jusqu’au thème astral le plus personnalisé (et souvent payant). Mais sur quelles données s’appuient ces prévisionnistes dont le style n’a plus rien à voir avec Madame Irma ? L’astrologie n’a-t-elle vraiment aucune base scientifique ? 

« Il y a une partie de l’astrologie qui est purement factuelle, qui relève de l’astronomie, explique Philippe Zarka, astrophysicien, directeur de recherches au CNRS, c’est l’établissement de l’horoscope ». C’est-à-dire une « carte du ciel » où sont représentées la Lune, le soleil et les huit planètes dont Pluton « qui n’est plus une planète, mais une planète naine », précise le scientifique coauteur de L’astrologie est-elle une imposture ? Ces astres se déplacent autour des 12 signes du Zodiaque « nommés d’après les constellations d’arrière-plan à l’époque des débuts de l’astrologie », ajoute le scientifique. Pour déterminer l’horoscope d’un jour précis, les astrologues utilisent l’éphéméride, « c’est-à-dire des données sur la position des planètes de la Lune et du Soleil dans le ciel » à cette date.

« Il n’y a rien de faux dans l’horoscope. Par contre, à partir du moment où l’astrologue se met à interpréter l’horoscope, c’est là où sa démarche diverge complètement de la démarche astronomique et scientifique. »

Philippe Zarka, astrophysicien

à franceinfo

Kristina Mossessants, astrologue parisienne, préfère, elle, parler de « discipline hermétique et ésotérique ». À l’heure des générateurs automatiques d’horoscope, elle estime que « l’art de l’astrologue est de pouvoir croiser les différences informations, de pouvoir synthétiser. » « En se basant sur les éphémérides, on sait dans quel signe va transiter, par exemple Jupiter et Saturne, les différentes planètes, on va dire majeures, et on va voir sur quels signes elles vont avoir une influence particulière », détaille la créatrice de la chaîne Youtube Andromeda Astrologue. Elle dit avoir suivi plusieurs formations dispensées notamment par une école russe d’astrologie.

Reste une question : les planètes ont-elles une influence sur la vie humaine ? « Certains astres ont clairement un effet sur Terre », rappelle Philippe Zarka. « Si vous enlevez le soleil, il n’y a plus de vie sur Terre. La lumière du soleil, c’est la source d’énergie principale pour la vie sur Terre, quasiment unique. Si vous enlevez la lune, il n’y a plus de marées par exemple… » Les astrologues vont « extrapoler de manière excessive, exagérer l’influence des astres », observe-t-il. Ou « postuler l’influence d’astres, qui, n’en ont pas du tout » comme Mars ou Jupiter « qui n’ont aucune influence sur ce qui se passe sur Terre », qu’elle soit gravitationnelle ou électromagnétique. 

Kristina Mossessants ne fait pas de « prédictions mais des prévisions, tient-elle à nuancer. On va créer différentes possibilités d’interprétation ». Pour réaliser le thème astral de ses clients, l’astrologue fait également intervenir « les maisons astrologiques » qui vont « indiquer les domaines de relation, le domaine des finances, le domaine de la carrière, des enfants, etc ». Catherine Viguié, productrice de la chronique horoscope de France Bleu depuis 2019 abonde : « C’est très important, par exemple, pour les prévisions de l’année, on prend la carte du ciel et on dit ‘Tiens, Jupiter va être dans votre secteur [ou maison] 10, professionnel. Donc il y a une évolution ».

Ces maisons sont « totalement arbitraires », rétorque Philippe Zarka. Elles ont été inventées, explique-t-il, par les astrologues qui estimaient que les astres se déplaçaient trop lentement. « Ce n’était pas très pratique pour faire des prédictions et, du coup, plein de gens nés le même jour auraient eu les mêmes horoscopes. Les astrologues ont donc rajouté un découpage local [qui varie en fonction de la latitude] du ciel en quartiers d’orange, on appelle ça les maisons ». Les astres « vont parcourir les 12 maisons en 24h, donc ça fait 120 configurations en 24 heures », ajoute l’astrophysicien.

« C’est un vrai travail, un travail prenant où il ne faut pas se planter », défend Catherine Viguier. Elle aussi a suivi plusieurs formations en astrologie. Lorsqu’on lui fait remarquer qu’il n’y a pas de preuve scientifique, la chroniqueuse, qui se dit issue d’une famille « très cartésienne », assure que l’astrologie « n’est pas une croyance ». « Il y a la preuve en travaillant qu’il y a vraiment quelque chose, avance-t-elle. Je suis la première étonnée de la cohérence de mon travail. Par exemple, dans un événement, quand je dis à une personne qu’il peut se passer quelque chose dans tel domaine et qu’elle me dit ‘Ecoute, oui, effectivement' ».

« Pourquoi les gens reviennent-ils ? C’est que je ne dis pas n’importe quoi. »

Catherine Viguier, productrice de la chronique horoscope sur France Bleu

à franceinfo

Philippe Zarka s’inquiète de la tendance qu’ont certains astrologues à s’ériger en psychologues. « Le consultant se retrouve dans ce que certains sociologues et psychologues ont appelé la situation d’attente croyante. On attend la vérité révélée par la position des astres et ensuite on se conforme. Et on sait que les prédictions sont parfois autoréalisatrices. » Si l’astrophysicien et son confrère Daniel Kunth se sont intéressés aux horoscopes, c’est aussi et surtout parce qu’ils ont constaté « qu’il y a souvent dans l’esprit des gens une confusion entre astronomie et astrologie ». Une confusion entretenue, selon lui, par les astrologues « pour avoir une sorte de vernis scientifique de leur pratique. »


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